CHAPITRE IV
Observations chez les animaux
Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, on a considéré le cancer comme une affection propre à l’espèce humaine.
Au début du XIXe siècle, on reconnaît l’existence du cancer chez les animaux, et Dupuy, de l'Ecole d’Alfort, publie en 1817 une première étude sur les tumeurs des animaux domestiques, mais il ne semble pas avoir bien distingué les tumeurs bénignes ou malignes.
Depuis cette époque, les recherches poursuivies dans les Ecoles vétérinaires ont montré la très large diffusion du cancer dans toute la série animale, et ouvert à la recherche expérimentale un champ très vaste.
On a constaté la formation de cancers spontanés chez un très grand nombre d’espèces ; les animaux
domestiques ont été particulièrement étudiés; les
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rongeurs aussi. On a pu observer des cancers chez les animaux sauvages, les oiseaux, chez les animaux à sang froid, et même chez les invertébrés.
Tous les auteurs sont d’accord actuellement pour admettre l’identité absolue du cancer de l’homme et de celui des animaux ; siège également varié; mêmes caractères anatomo-pathologiques, même pathogénie, même évolution, même généralisation.
L'étude du cancer des animaux, surtout dans ses formes les plus récentes, est susceptible de fournir des données extrêmement intéressantes au point de vue de l’hérédité des tumeurs chez l’homme.
En effet, les animaux, à vie généralement plus courte que celle de l’homme, permettent d’étendre l’obsercation des lignées où l’on constate la réapparition des tumeurs, à un nombre plus élevé de générations. Les portées sont plus nombreuses, ce qui multiplie d'autant l'intérêt. Enfin, et surtout l’expérimentation est possible.
Un certain nombre d’observations concernent l’apparition de tumeurs spontanées dans des lignées d'animaux de laboratoire : souris et rats.
Borrel a gardé pendant 2 ou 3 ans des lignées provenant de mères cancéreuses, et bien que celles-ci se soient abondamment multipliées, il n’a pas pu constater, dans son élevage, l’apparition de tumeurs
spontanées. Les résultats de Bashford ne sont pas
concluants, mais il a poursuivi ses recherches sans des méthodes assez précises. On trouve des faits plus intéressants dans les travaux de Tysser, qui ont montré que certaines races de souris ont une plus grande aptitude à présenter des cancers, mais iln’a étudiéqu’un trop petit nombre d’animaux.
Lathrop et Léo Lœb, puis L. Loeb seul, ont étudié des lignées de souris, comprenant un total de 12.000 souris femelles. Il conclut que la proportion des cancers de chaque lignée est caractéristique et se transmet héréditairement aux générations successives, généralement avec une surprenante régularité. Le pourcentage de sensibilité varie dans les différentes lignées de 0 à presque 100% .
Le pourcentage des tumeurs peut également varier à l’intérieur d’une lignée, suivant :
19 La décroissance de la fécondité, et l’affaiblissement général à la suite de trop nombreux croisements réciproques.
20 La sélection inévitable qui se produit dans la lignée elle-même.
L'âge auquel la tumeur apparaît est aussi caractéristique de différentes lignées, et les différences sont transmises. Dans les lignées où les tumeurs sont très nombreuses, elles apparaissent généralement plus précocement.
Les recherches les plus importantes sur les tumeurs
Spontanées chez les souris, sont celles de Miss Slye, qui, en 17 ans, a étudié plus de 34 000 animaux. Elle a eu des lignées qui ont produit régulièrement 100 % de cancéreux. D’autres lignées ont donné aussi des proportions caractéristiques, mais différentes. De plus, la localisation paraît variable à l’intérieur de la lignée.
L'étude de Drosophila melanogaster (mouche du vinaigre) apporte également des renseignements intéressants sur l’hérédité des tumeurs. Bridges, dès 1916, à signalé l’apparition dans une race d’une mutation provoquant la mort de la moitié des mâles. Cette mutation serait la conséquence d’un facteur «lethal7» situé dans le chromosome X.
Les mâles qui ont ce facteur meurent à l’état de larves envahies par des tumeurs mélaniques. Ces tumeurs sont nombreuses et forment des métastases. Des expériences de Stark semblent indiquer que la mort est due à une intoxication par ces néoplasmes. La tumeur peut être inoculée et se développe chez le sujet traité au point de l’inoculation.
Les mêmes lignées montrent souvent ausi une tumeur bénigne, aussi répandue dans les 2 sexes.
Stark a opéré des larves qui se transforment en mouches adultes saines, mais transmettent pourtant leur caractère pathologique à leurs descendants.
D’autres auteurs ont étudié la réceptivité de divers
animaux aux greffes de tumeurs malignes.
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Miss Lynch a ainsi trouvé que certaines lignées sont réceptives, d’autres réfractaires, et que le caractère se transmet.
Mais il importe de remarquer que la tumeur ne gagne pas le tissu de l’hôte. C’est toujours le même tissu initial qui se multiplie.
Des expériences analogues ont été faites plus récemment par Mme Dobrovolskaïa-Zavadskaïa, avec des résultats analogues.
On a retrouvé la même sensibilité héréditaire pour les tumeurs engendrées chez les souris par application de goudron, ou d’autres substances irritantes.
Nous allons reprendre l’examen de ces observations dans le chapitre suivant, où nous nous placerons au
point de vue de la théorie mendelienne.