‹ Étude sur l'hérédité des tumeurs malignesChapitre 16 sur 17 · LM · texte numérisé non relu

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“pour le cancer du sein. Si l’on se rapporte aux statistiques générales de mortalité par cancer, le cancer du sein est représenté par un coefficient 1, le cancer de l'utérus par 2, et celui de l’estomac par 4.

On devrait donc admettre dans les familles analysées par Wesselink, l’existence d’influences spéciales portant ce coefficient à la valeur 8.

Les statistiques les meilleures ne sont au fond jamais très bonnes, car elles portent toujours sur un trop petit nombre d’individus, d’âges différents, et elles sont faites dans des conditions différentes. Et il serait “des plus intéressant de tenter une contre-épreuve, et d’opposer à ces statistiques celle du pourcentage de parents cancéreux chez des malades quelconques.

L’argument tiré des statistiques perd une partie de sa valeur, étant donnée la grande fréquence du cancer, car on pourrait avoir quelquefois des coïncidences, au lieu de transmissions véritables.

L'étude des séries familiales serait plus convaincante, mais encore là, les adversaires de l’hérédité ‘des cancers, peuvent invoquer la simple coïncidence.

D'ailleurs, si dans ces cas, on admet la transmission directe, on pourrait se demander pourquoi la règle n’est pas absolue.

C’est qu’en réalité, le problème est extrêmement complexe ; l’étiologie du cancer est encore pleine d’obs-

curités, mais tout laisse prévoir que celui-ci est la

dre

résultante de processus divers, qui ne se déclanchent pas toujours simultanément.

La génétique expérimentale, avec le riche matériel d’observations qu’elle offre, va nous permettre de débrouiller un peu la question, et de concilier des faits d’allure contradictoire

Miss Slye conclut des croisements multiples qu’elle a faits, que le cancer se comporte comme un caractère récessif, l’absence de cancer étant dominante. Dans ses travaux, comme dans ceux de Miss Linch, de Léo Loeb, de nombreux faits de détail ont montré que le caractère «cancer », ou son allélomorphe « non-cancer » : étaient conditionnés par toute une série de facteurs. La précocité de l’affection, dans les lignées où elle a un caractère tout à fait grave, montre bien qu'il y a des facteurs d’intensité en jeu.

On a reconnu dans certains cas que le cancer des souris est sex-linked ; il y aurait donc un facteur sexlinked parmi les multiples facteurs qui le déterminent.

On doit prendre ces faits expérimentaux en considération, et distinguer dans l’hérédité cancéreuse deux modalités

1° Hérédité directe : transmission des parents aux enfants de la cause de la maladie.

20 Hérédité de prédisposition; transmission d’un état défini des humeurs de l’organisme ou de ses

cellules, qui permettra un développement ultérieur de

AD

la tumeur, dont le déterminisme nous échappe encore.

On a rapporté plus haut 3 cas d’hérédité directe dans lesquels, la femme, pendant la grossesse, a un cancer en évolution, les agents pathogènes passent à travers le filtre placentaire, et l’enfant, quelques mois après, meurt du cancer. Il est intéressant de signaler à ce propos, que Mademoiselle Mendeleef a constaté chez la souris, qu’un principe physico-chimique, isolable, du cancer, est effectivement transmis aux embryons, même lorsqu'il y a régression temporaire de la tumeur maternelle sous l’influence de la grossesse.

Mais ces cas d’hérédité indiscutable, à évolution rapide, sont rares, et dansla plus part des cas on ne peut guère parler que ‘d’une hérédité de prédisposition, qui se manifestera ou ne se manifestera pas suivant : les circonstances, mais dont les résultats de la génétique permettent de comprendre l'influence latente.

Vigne, qui s’est prononcé en faveur de cette hérédité de prédisposition, déclare qu’il ne peut encore actuellement appliquer au cas de l’homme les conclusions de Maud Slye, ceci parce qu’elle a croisé des individus consanguins. Il est cependant infiniment probable qu’elle aboutirait aux mêmes conclusions pour l’homme, si les conditions de reproduction étaient les mêmes. Miss Slye considère le facteur « cancer » comme récessif, et l’union consanguine a pour effet

d'augmenter considérablement les probabilités de

formation des homozygotes récessifs, comme nous l’avons déjà vu. fs

Chez l’homme, l’union consanguine étant extrêmement rare, et le nombre des facteurs constituant le. génotype pratiquement infini, il est extrêmement diffificile de savoir comment se comportera chez lui un. caractère récessif, et comment il sera transmis à la descendance, puisque le caractère essentiel du facteur récessif est de ne pas se manifester chez les hybrides.

Maud Slye, en croisant des hybrides avec des individus porteurs du caractère dominant« non-cancer », a réussi à éviter la maladie pendant 25 générations successives, et à la faire réapparaître immanquablement, en croisant la descendance hybride avec un individu porteur du caractère récessif « cancer ».

On comprend ainsi que le caractère «cancer » puisse rester potentiellement présent à travers les générations, et réapparaître ensuite, au hasard des croisements.

De plus, étant donné le nombre des facteurs que l’on soupçonne participer à la réalisation du caractère « cancer », où « non-cancer », la prédisposition cancéreuse n’est peut être pas la même chez tous les individus renfermant le caractère « cancer » à l’état latent.

D'ailleurs, il n’y a pas un cancer, mais toute une

série de cancers. ï

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