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(3) V. Garrucci , Sioria delV arte cristiana , tome V, planches 362 , II et 362 , III.
(4) V., par exemple, à Rome, dans la cour du palais Randanini.
Saisons, Victoires, Muses, génies des fleuves, génies de la Mort, Figurea^aiiégori- Amours enfin , — car , dans les scènes de moissons ou de ven- représentées
BUT les
danges, ce sont de véritables Amours qui cueillent les grappes ou sarcophages, récoltent les épis, — tous ces personnages avaient-ils un sens bien déterminé, et faut-il toujours voir en eux, comme on l'a fait quelquefois , des divinités symboliques présidant au cours de la vie humaine? Ce qui est certain, c'est que les chrétiens ne firent pas difiîculté d'employer les sarcophages où ils figuraient. La plupart de ces images ne semblent doue avoir été que des lieux communs artistiques , et les victoires qui soutiennent le clypeus n'ont plus rien à voir avec la déesse qui avait sa statue au Sénat. Des représentations semblables s'étaient introduites dans les fresques des Catacombes, et l'on trouve, sur une voûte du cimetière de Thrason, les Victoires ailées tenant une couronne et un buste d'athlète (1). Les Juifs, dont la religion s'opposait d'une manière bien plus expresse aux images de ce genre, les ont cependant admises eux aussi dans des chambres sépulcrales (2). Leur peintre Eudoxius , dont Tépitaphe est conservée au cimetière hébraïque de la voie Appienne, a dû plus d'une fois y reproduire sans scrupule ce qu'il avait appris dans les ateliers de son époque, tant il est vrai que ces motifs consacrés par la peinture et la sculpture décoratives n'ont aucun sens religieux (3), qu'ils appartiennent à tous et que tous s'en servent indifféremment. C'est ainsi que les Amours , à force de se multiplier dans les œuvres des peintres et des poètes , avaient fini par perdre entièrement leur caractère mythologique. Les vers d'Ovide et les fresques de Pompéi ne leur ont plus rien laissé de leur divinité. Au moins l'Eglise fut-elle de cet avis , et leur permit-elle de faucher leurs gerbes ou de presser leurs vendanges sur les tombeaux de ses fidèles. De même pour les Fleuves , de même pour les Muses ,
Elles
sont devenues des
lieux communs
de
décoration.
(1) Bottari , pi. 160 ; Garrucci . pi. 68, n» 3.
(2) Ces motifs de décoration figurent dans une chambre du cimetière hébraïque qui se trouve dans la vigna Rondanini , sur la voie Appienne.
(3) On peut citer, parmi les peintures du même genre , celle qu'a donnée Garrucci {Storia delV arte cristianaf pi. 13, I), et qui , placée au centre d'une voûte, représente une femme étendue à terre, nue, sauf le bas du corps, qui est couvert d'un pallium , et tenant à la main une corbeille de fruits. Une autre peinture, dont une bonne photographie a été publiée par RoUer (Voyez à la pi. 29), nous montre une petite figure, à ailes de papillon, tenant une corbeille, et des Amours nus cueillant des fleurs. (Cette peinture se trouve au cimetière de Domitille.) Un reste de décoration en stuc, au cimetière de Priscille, est formé par le bas du corps d'un personnage vêtu d'un long vêtement flottant et s'appuyant sur une massue. C'est un Hercule ou un Esculape.
Le génie au flambeau renversé , le génie des Saisons.
Caractère abstrait de ces figures.
Prédominance de certains sujets
parmi
les sarcophages
que les chrétiens
ont choisis.
Raison de cette
prédominance.
L'intention symbolique.
qu'il est plus rare, d'ailleurs (1) , de rencontrer sur les sarcophages des chrétiens. Quant à ces figures qui, dans les bas-reliefs sépulcraux , semblent répondre à une intention un peu plus déterminée, comme les génies des Saisons ou ceux qui tiennent la torche renversée, ce ne furent jamais là des dieux véritables : ce sont tout au plus de vivantes allégories. Ils ont ce caractère vague et abstrait que l'esprit romain laissait volontiers à ses créations. En Grèce, la foule des dieux inférieurs, les nymphes, les satyres ont leur physionomie accusée, leur existence propre aussi complète que celle de Zeus ou d'Aphrodite. Mais ces génies romains dont nous parlons existaient à peine. Les chrétiens purent les accepter : ils n'étaient pas dangereux. Ce qu'ils figurent aux yeux , c'est l'expression symbolique d'un sentiment humain , bien plutôt que l'image d'un être divin supérieur à l'homme; s'il avait un nom, le génie au flambeau renversé devrait s'appeler non pas le dieu de la mort, mais la tristesse de la mort , ce qui est bien différent, et lui donne droit de figurer sur la tombe de tout homme, quelle qu'ait été sa religion.
Ainsi les premiers sarcophages dont se soient servis les fidèles ont été exécutés en dehors de toute idée religieuse dans les ateliers romains. Ils n'offrent donc aucune représentation chrétienne. C'est seulement d'après le lieu où on les a retrouvés que nous pouvons savoir si le corps qu'ils renfermaient avait ou non reçu le baptême. Chacun d'eux, pris à part, n'a donc rien à nous apprendre sur les chrétiens du second ou du troisième siècle. Toutefois, si on rapproche les uns des autres ces fragments indifférents, si on les considère dans leur ensemble et qu'on cherche à les grouper selon les scènes qu'ils présentent, on s'apercevra que certains motifs reviennent avec une fréquence qui ne peut être fortuite. Là prédilection que les chrétiens ont témoignée pour ces sujets est un fait qui a sa raison d'être et dont il faut dire quelques mots.
On sait combien, aux premiers siècles de l'Eglise, les esprits furent ingénieux à trouver, dans les mots ou dans les choses , de ces rapprochements symboliques qui en font pour les initiés une cause perpétuelle d'édification et de pieuses pensées. Les objets les plus indifférents en eux-mêmes sont parfois sanctifiés ainsi par les idées qu'ils suggèrent, par les souvenirs qu'ils éveillent. Dans un passage bien souvent cité , saint Clément d'Alexandrie recommande aux fidèles cette science de l'allusion qui ramène à
(l) V. Garnicci, tav. 296, 4; 359, 3.
tout propos les âmes vers le Seigneur. II s'agit des emblèmes gravés sur les anneaux. « Si on y a représenté un pécheur , on se souviendra de Tapôtre et des enfants retirés de Teau (1). » On le voit , ce dont il est question ; ce n'est pas seulement de créer des symboles, c'est aussi d'en accepter de tout faits, de mettre à profit ce qu'on a sous les yeux , et d'en tirer parti en quelque sorte pour s'élever jusqu'au monde des choses invisibles. Cette disposition spéciale de la pensée était commune chez les premiers chrétiens. Ils l'ont apportée dans toutes les choses de la vie ; ils ne l'ont point dépouillée pour aller choisir leurs tombes à l'ofûcine. Les dauphins et les scènes de vendanges se prêtaient le mieux sans doute à ces correspondances mystiques que l'on savait retrouver un peu partout , et même dans les œuvres les plus banales de l'industrie romaine. Aussi les voyons-nous sans cesse revenir sur le couvercle ou sur le corps même des sarcophages que les chrétiens ont employés. U faut insister sur une préférence si marquée : elle a son intérêt pour l'étude du symbolisme et pour l'histoire de la sculpture chrétienne.
Ce n'est pas le dauphin , c'est , comme on sait, le poisson qui Les figures de fut le symbole primitif; c'est le poisson qui figure, associé ou "^
non à l'ancre , sur les monuments les plus anciens. Un peu plus tard cependant (2) , nous trouvons à sa place , sur quelques œuvres exécutées par des fidèles, un dauphin emblématique, qui est venu s'adapter ainsi au même symbolisme. Or , si l'on cherche pourquoi deux signes très distincts ont été pris comme équivalents et comment s'est opérée la substitution , ne sera-t-il pas raisonnable de l'attribuer à l'influence de ces bas-reliefs indifTérents qui furent introduits aux Catacombes , et du sens caché que les chrétiens se sont plu à leur donner? Le rapprochement entre le poisson et le dauphin devait se faire assez aisément. Les fables mêmes qui avaient couru sur celui-ci, la légende du dauphin ami de l'homme et sauveur des naufragés rendaient l'assimilation plus facile encore (3). Nul doute qu'elle n'ait eu lieu, et qu'ainsi n'ait pris naissance un emblème de plus , que les chrétiens n'avaient pas imaginé eux-mêmes comme celui du poisson, mais qu'ils unirent par s'approprier. D'ailleurs , si , à l'époque même où remontent les sarcophages dont nous parlons, il se trouvait qu'une œuvre
(1) Pxdagogtis , III , 4.
(^) Voyez quelques-uns de ces monuments dans le Bulletin d'archéologie chrétienne, an. 1870, fascic. III, tav. IV.
(3) De Rossi, Bulletin, 1870, fascic. III.
8 ÉTUDB SUR l'histoire
proprement chrétienne eût adopté et reproduit de propos délibéré ce symbolisme de rencontre et d'occasion , la preuve serait faite d'une manière positive. Or, une inscription trouvée au cimetière de Prétextât, et qui appartient à la fin du second siècle ou tout au moins ati début du troisième (1) , porte précisément , à ses deux extrémités , la figure de l'ancre et celle du dauphin. Ici , l'intention n'est pas douteuse. Le même cimetière renferme plusieurs fragments de sarcophages où les dauphins sont représentés , soit seuls, soit accostant un trident, il est bien malaisé de croire que la valeur emblématique donnée à la figure gravée qui accompagne l'inscription n'ait pas été attribuée aux bas-reliefs semblables qu'on pouvait voir tout à côté. Ainsi donc, Tt^ôuç mystique représentait le Christ; — le dauphin fit songer à rt^^uç. C'était là un symbolisme à double degré pour ainsi dire, auquel nous devons laisser le caractère vague et flottant qu'il comporte. Sinon , certains détails purement pittoresques deviendraient assez embarrassants, et Ton aurait peine à expliquer pourquoi, sur certains couvercles, les dauphins sont occupés à manger une sorte de crabe (2), ou servent de montures à ces petites figures d'Amours (3) dont nous avons déjà fait mention.
Les scènes de A côté dcs débris OÙ figure le dauphin , nous rencontrons tout \ en anges. g^yggj^ fréquemment ceux où l'on a reproduit, d'après un type à peu près uniforme (4), les différentes scènes de la vendange.
(1) De Rossi, Bulletin, 1870, p. 61.
(2) Garrucci, pi. 368, 3.
(3) Sur un couvercle qui se trouve, à Rome, dans la collection de Ms' de Waal.
(4) La composition est , en effet , presque toujours la môme; On en trouvera un exemple , d'un bon style, sur un couvercle un peu perdu au musée du Capitole. Le travail est « païen. » Voici l'inscription, qui est chrétienne :
AVRELIA
SVSILLA