‹ Étude sur l'histoire des sarcophages chrétiensChapitre 3 sur 69 · MATERNE · texte numérisé non relu

MATERNE

IN PAGE

La même décoration revient, avec une forme rudimentaire, sur des sarcophages à strigilles où Ton voit seulement, au-dessous de Vimago ctypeafa, le groupe des Amours pressant le raisin dans une cuve. Voir des exemples au musée profane du Latran et dans le trophée à l'entrée du jardin du palais Farnèse, à Rome.

C'était là un sujet gracieux et d'un heureux effet décoratif, mais dont les exemplaires ne se retrouvent nulle part en plus grand nombre que dans certaines catacombes chrétiennes. Ici encore, les fidèles ont pu trouver une secrète correspondance entre le bas-relief qu'un marchand païen leur offrait et quelques images depuis longtemps employées par la Bible. Les psaumes, les proprophéties ont tiré de la vigne plusieurs comparaisons. Dans un passage bien connu de l'évangile selon saint Jean (Joan., XV, 1-5), Jésus devient la vraie vigne, le cep divin .dont les apôtres sont les branches. Les auteurs apostoliques ont continué à se servir de ces similitudes (1). La vigne sculptée sur le marbre des tombes devait tout naturellement rappeler aux esprits quelqu'une de ces analogies familières , et ce n'eat pas sans arrière-pensée que les chrétiens l'ont choisie si souvent pour orner leurs sépultures. Là se borne d'ailleurs la portée symbolique que l'on peut attribuer à ces représentations; et, dans ce cas encore, il faut se garder de caractère vague rien préciser. Aussi bien les métaphores évangéliques elles- symbolisme. mêmes parlent-elles de la vigne dans des acceptions très différentes. Tantôt c'est le Sauveur qu'elle figure et tantôt son Eglise; d'autres fois elle n'intervient que pour servir de cadre à une parabole. Ces divers passages laissent eu somme une impression assez confuse, que les chrétiens pouvaient retrouver telle quelle devant les bas-reliefs qu'ils avaient choisis. Quant à voir, comme on l'a fait, un sens spécial dans les muids, dans les tonneaux , dans la cuve où l'on presse le raisin (2), etc., c'est ce qui nous paraît peu admissible. Tout au plus pourrait-on expliquer un symbolisme aussi rigoureux si les premières scènes de vendanges étaient l'œuvre de mains chrétiennes. Mais, sans aucun doute possible , le type s'en est établi dans les ateliers païens. Or , si l'on peut admettre qu'une certaine correspondance se soit rencontrée entre un ouvrage de ces ateliers et telles ou telles images familières aux chrétiens , il ne s'ensuit nullement que l'on doive reconnaître une valeur significative à chaque détail en particulier. Une coïncidence aussi complète deviendrait véritablement

(1) On en trouvera un certain nombre recueiUies à l'article Vigne dans le dictionnaire de l'abbé Martigny.

(2) Garrucci, StoriadelV arte cristiana^ Introduction. « Il moggio, le botte, il tino da pigiar l'uvo hanno anche essi il loro significato simbolico... Il tino, a parère di san Girolamo , dimostra « mysterium passionis et resurrectionis Christi... », etc. La comparaison, employée une fois par un auteur de la fin du quatrième siècle , ne prouve guère pour des sarcophages exécutés, plus d'un siècle auparavant , dans des ateliers païens.

Sujets exceptionnels attestant

également une intention symbolique.

Ulysse et les Sirènes.

Eios et Psyché»

merveilleuse. Il faudra, pour la prouver, des textes plus décisifs, et ceux que Toq a apportés jusqu*à présent ne concluent guère. D'ailleurs , où s'arrêter dans la voie de semblables explications ? Si les tonneaux ont leur sens mystique, l'échelle qu*on voit toujours appuyée contre un des ceps aura le sien pareillement ; les Amours qui interviennent ici encore et remplissent le rôle de vendangeurs ne resteront pas indifférents. Les moindres accessoires prendront le même droit à être interprétés. C'est là, comme il nous semble, Técueil du système, et les partisans de ce symbolisme minutieux expliquent trop ou n'expliquent pas assez.

L'abondance même des dauphins ou des scènes de vendanges trouvés dans les Catacombes, la prédilection qu'on avait manifestement témoignée pour ces motifs , nous avaient d'abord fait pressentir leur valeur allégorique. D'autrefois , une valeur semblable nous est attestée par la rareté même de certains sujets, par le caractère singulier et exceptionnel qu'ils présentent. De ce nombre est le bas-relief bien connu où l'on voit Ulysse attaché au mât de son navire, et les Sirènes chantant dans la mer. Soit que le personnage ainsi représenté ait pu véritablement faire penser à Jésus crucifié, soit plutôt qu'on ait été séduit par la portée morale du vieux mythe homérique, toujours est-il qu'une intention particulière doit avoir présidé au choix de ce motif très peu commun (1). C'est une intention analogue qui a permis quelquefois aux chrétiens d'employer sur leurs tombes le groupe d'Eros embrassant Psyché, si souvent reproduit par les artistes du troisième siècle. Alors, sans doute, le caractère mythologique de la composition disparaissait pour eux devant l'idée mystique que les païens euxmêmes s'étaient accoutumés à y voir, et qui se dégage si aisément du beau récit d'Apulée. Toutefois , ce ne furent là que des tentative9 isolées, et que le grand nombre des fidèles n'imita point. Elles en sont d'autant plus curieuses, et servent à nous montrer qu'à côté de emblèmes officiels , admis et compris par tous , il pouvait s'en rencontrer une foule d'autres que chacun imaginait à sa guise et selon son goût particulier. Le chrétien scrupuleux qui fit couvrir de chaux la figure de Psyché (2), et ceux qui la choisirent pour orner leurs tombes , entendaient assurément le

(1) Il a été trouvé deux fois aux Catacombes , dans la crypte de Lucine et dans celle d'Eusèbe. Ces deux exemplaires se trouvent : Tun au musée profane de Latran, l'autre à l'Oratoire de Saint-Sixte. (V. Garrucci, 395 , 395, 1 et 2.)

(2) V. de Rossi , Roma soterranea , t. Il , p. t70.

symbolisme d'une manière différente. On ne peut donc être assuré de ne rien omettre en énumérant ces multiples associations d'idées que les. bas-reliefs des sarcophages ont suggérées aux fidèles ; et quelques-unes nous échapperont toujours, comme elles ont échappé peut-être aux contemporains euxmêmes.

Cette série de représentations , indifférentes à l'origine , mais souvent choisies avec une arrière-pensée, appartiennent ainsi d'une certaine manière à l'histoire du bas-relief chrétien. Elles lui tracent la route à suivre, elles lui fournissent les éléments qu'il emploiera pour se constituer une existence propre. Du jour où cette intention, qui se manifestait seulement dans le choix des sujets, guidera la main d'un artiste chrétien, et modifiera plus ou moins les représentations traditionnelles, du jour où le symbolisme, au lieu d'être seulement dans l'esprit des fidèles, se traduira réellement dans le marbre des sépultures et leur donnera ainsi un caractère nouveau, dès lors , l'art chrétien du bas-relief aura commencé. On le voit, cet art ne naît pas brusquement , créant du premier coup des formes nouvelles , improvisant des sujets , comme l'avait fait jusqu'à un certain point la peinture. Il n'invente point les figures ni les scènes qu'il emploie, et qui restent en nombre très limité : il accepte celles qui existaient avant lui , et se contente de les approprier plus nettement à l'esprit de l'Eglise, d'y rendre plus manifeste l'expression mystique qu'on leur avait prêtée gratuitement. L'aspect de ces premières œuvres chrétiennes ne sera donc pas encore chrétien au sens strict du mot. On n'y voit ni Jésus , ni les apôtres, ni les miracles de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Nous sommes là en présence d'un art abstrait, et qui se consacre avant tout à figurer des idées. Ce caractère allégorique lui était en quelque sorte imposé par ses origines mêmes. C'est parce que les premiers sarcophages des fidèles ont été choisis dans des ateliers païens que la sculpture chrétienne commencera par être toute symbolique, et que, pour incarner ce symbolisme lui-même , elle n'ira pas demander ses motifs à l'histoire sacrée. En cela, elle diffère de la peinture. La peinture, à cette époque, procède aussi par allusions, et veut parler aux esprits plutôt qu'aux yeux. Mais, d'ordinaire, dans les fresques des Catacombes, non seulement le sens caché est chrétien , la scène visible l'est au même titre. Le fond et la forme appartiennent également à la foi nouvelle; et s'il s'agit, par exemple, de représenter les sacrements , on verra Moïse frappant le rocher, Jonas rejeté par le monstre , le paralytique emportant son

Formation

de Tart chrétien

du

bas-relief.

Caractère allégorique lui venant de ses origines mêmes.

En quoi

il diffère de la

peinture.

ÉTUDB SUR l'histoire

Obscurité

de

cette histoire.

On commence vraisemblablement par reproduire

tels quels

des modèles

existants,

surtout ceux auxquels on a attaché une valeur symbolique.

lit, qui viennent fournir l'enveloppe extérieure du symbole (1). Ce n'est pas ainsi que commence la sculpture , et , par Thistoire même de ses débuts, on sent bien qu'elle ne pouvait pas commencer ainsi. Elle est née avec des habitudes prises , des traditions reçues : elle continuera à user des emblèmes que le hasard lui avait fournis sur les sarcophages mêmes des païens. Sans doute , elle subira l'influence des peintures, mais d'une manière limitée et secondaire. Elle leur empruntera tels ou tels personnages consacrés, qu'elle pourra faire rentrer dans son cadre traditionnel, et dont elle se servira pour imprimer la marque chrétienne sur des scènes indifférentes. Mais, dans la première période, la seule dont nous parlions en ce moment, elle ne transcrira point, d'après les fresques, de grandes scènes bibliques ou évangéliques. Elle gardera, dans l'ensemble, son langage indirect et détourné, ses allures^discrètes et un peu vagues. Elle débutera par les paraboles et par les images.

Une histoire de ce genre reste forcément obscure en bien des points. Nous n'avons pas de renseignements (2) sur ces premiers sculpteurs chrétiens qui transformèrent peu à peu les modèles antiques. C'était, d'ailleurs, un art bien humble que le leur, qui touchait à l'industrie, et qui semble n'avoir produit aucun chefd'œuvre ni rendu célèbre aucun nom. Toutefois, les fragments parvenus jusqu'à nous peuvent nous donner quelque idée de ce qui s'est passé dans ces ateliers inconnus. Et d'abord , il est évident que, dès les premiers jours, on a dû y reproduire tels quels les modèles de sarcophages purement décoratifs, dont nous avons cité quelques-uns, les Victoires soutenant le clypeuSy les Saisons, les génies tenant la torche, etc.

S'il était besoin ici d'une démonstration, il suffirait de rappeler que plus tard, dans le courant du quatrième siècle , à l'époque où la sculpture chrétienne est pleinement constituée, nous voyons ces mêmes motifs revenir soit seuls, soit associés à d'autres figures d'un tout autre caractère, et nous attesterainsi la persistance d'une tradition ininterrompue. Il n'est pas douteux non plus qu'on n'ait reproduit fort souvent les bas-reliefs auxquels on avait déjà prêté une signification mystique. Parmi les nombreuses scènes de vendanges qu'on|retrouve aux Catacombes, quelques-unes, sans doute,

(1) Au cimetière de Calliste.

(2) Ce n'est qu'au cinquième siècle que nous trouvons le nom d'unlde ces artistes , ce Daniel qui semble avoir eu , à Ravenne , une école spéciale oU se forma un st/le particulier.

proviennent d'officines chrétiennes. Peut-être aussi doit-on voir la trace de scrupules chrétiens sur un sarcophage où des travailleurs vêtus (Je la tunique exomidienne, remplacent les Amours habituels dans ToBuvre de la vendange (1). De même pour un autre sujet dont nous n'avons pas encore parlé , parce qu'il était fort rare sur les sorcophages païens : c'est un repas où d'ordinaire prennent place scène» de repa». trois ou quatre personnages étendus autour d'une table en hémicycle, tandis qu'un serviteur apporte un plat. Ces représentations sont d'ordinaire en petites dimensions et figurent sur les couvercles. Ici, le rapprochement symbolique sautait aux yeux : les peintures des Catacombes ont reproduit souvent des images analogues rappelant l'agape ou le festin eucharistique. Les artistes chrétiens n'avaient donc qu'à transcrire cette scène , et il semble qu'à un moment donné , c'ait été là une de leurs besognes favorites. En effet, parmi les ouvrages de ce genre qui nous restent, le plus grand nombre est travaillé dans le même style et semble remonter à la même date. En général le relief est faible ; Texécution assez négligée , gâtée par l'abus du trépan , ne porte pas cependant la trace si aisément reconnaissable des procédés employés au quatrième siècle , et nous reporte à peu près à la seconde moitié du troisième (2).

Mais si, dans ces sujets, nous pouvons déjà soupçonner la main introduction d'artistes chrétiens , l'art chrétien pourtant n'y apparaît pas en- ^ ^^menr°^'^* core, et c'est ailleurs qu'il faut chercher ses premières manifes- Le'^BoVIpMteur. tations. Elles se retrouvent peut-être sur ces sarcophages où, parmi les motifs anciens, est venu prendre place un type nouveau, déjà familier à la peinture , et qui donne à l'ouvrage son caractère spécial. Il s'agit du Bon Pasteur. On sait l'importance qu'a eue chez les chrétiens cette figure symbolique. Un monument d'un caractère tout particulier , et qui ne peut prendre place dans cette histoire qu'à titre d'exception, — le sarcophage de Livia Primitiva (3), — nous montre le Pasteur divin placé entre les antiques

(l)Bottari, pi. 37, n° 3.

(2) Un fragment inédit , et qui peut remonter au quatrième siècle , donne une curieuse variante de cette scène. A côté des personnages étendus devant la table habituelle, on voit une figure de Moïse debout, avec le bras levé et la baguette à la main. Les eaux mystiques jaillissent au-dessus des convives. Ici, ridée symbolique de la scène est nettement accusée ; elle s'incarne dans une figure visible. C'est une représentation exceptionnelle , mais qui montre bien le sens attribué de bonne heure à ces scènes de repas.

(3) Conservé au musée du Louvre. Il est gravé dans l'Etude sur les sarcophages d'Arles, de Le Blant , p. iv.

ÉTUDB SUR l'histoire

Raisons qui ont amené

le choix de cette figure.

Exemples du Bon Pasteur

ajouté sur les différents

emblèmes de Tancre et du poisson. Les rares essais de la statuaire chrétieDoe vers cette époque ont eu précisément pour but de figurer le même type. Deux de ces marbres sont au musée du Latran^ et Tun d'eux est d'un excellent style. Toutefois ce ne sont là que des œuvres isolées. Le Bon Pasteur appartient avant tout à la peinture. C'est elle qui l'a sinon créé, — la question est difficile à résoudre, — du moins multiplié et rendu populaire de très bonne heure. C'est à elle, selon toute vraisemblance, que les auteurs des sarcophages l'ont emprunté.

Or, si, entre tous les modèles que pouvait fournir un art voisin, les sculpteurs ont d'abord choisi le Bon Pasteur presque seul pour ajouter un motif de plus au répertoire de l'Ecole , il y eut là une raison , instinctive peut-être, mais dont on se rendra compte aisément. Sans doute, le Berger rapportant la brebis sur les épaules est le symbole même du Christ, et à ce titre nulle figure ne convenait mieux à une tombe chrétienne. Mais ce n'est pas tout : nulle aussi ne pouvait s'allier plus facilement et plus heureusement avec les autres motifs des bas-reliefs funéraires. Que ceux qui Tout imaginée se fussent ou non souvenus des anciennes statues criophores, peu nous importe ici. Ce qui est certain, c'est que d'une part, le jeune homme vêtu de Texomis pastorale, l'épaule nue, les jambes découvertes, soutenant, dans une attitude gracieuse l'animal placé sur son dos, et, d'autre part, ces beaux génies des Saisons, ces Endymions accoudés devant leur troupeau, et un grand nombre de ces personnages décoratifs qui plaisaient tant aux sculpteurs, proviennent d'une inspiration artistique toute semblable, et offrent aux yeux une sorte de parenté , un air de famille qu'il est aisé de reconnaître. A cette convenance extérieure , répond une harmonie plus intime qui s'établissait entre le symbolisme du Pasteur et celui que les chrétiens avaient attribué aux représentations indifférentes. Des deux côtés , c'était le même genre d'allusions, c'étaient des images simples, étrangères par elles-mêmes aux choses de la foi, et qui cependant leur servaient d'interprètes. Les scènes bibliques des peintures, bien que tout imprégnées aussi d'esprit symbolique, auraient été pourtant en rapport moins exact avec ce système d'allégories. Leurs personnages trop vivants , trop réels, auraient mis là une espèce de désaccord que l'on sut éviter; et le Bon Pasteur vint prendre, au milieu des motifs traditionnels du sarcophage , une place qui se faisait tout naturellement.

Nous citerons ici quelques exemples de cette innovation. Le Bon Pasteur fut sculpté au centre, sur des tombes dont les deux

extrémités portent les génies àla torche inclin ée(l). Il occupe une position identique entre les deux lions qui dévorent la biche (2J ou qui tiennent Tanneau dans la gueule (3). Nous le voyons de même figurer parmi les génies des Saisons. Tantôt il est confondu avec eux et n'a point le poste central (4) ; tantôt au contraire, sur des sarcophages divisés en cinq arcades y il est sous Tarcade du milieu (5) : souvenir évident de ces tombes païennes où l'on trouve à la même place , escortée des mêmes génies , l'image de quelque divinité , — d'une Vénus marine par exemple (6). Un bas-relief, assez singulier d'aspect, associe le Bon Pasteur au groupe d'Eros et de Psyché (7). Une autre tombe , remarquable aussi par le mélange de représentations, présente sur son couvercle le Soleil, la Lune, des vendanges et une course de chars : le Bon Pasteur s'y trouve (8) en petites dimensions dans l'espace ovale que laissent au centres des strigilles opposés, — « la mandorla. » Parmi ces tentatives , quelquefois un peu gauches , que les sculpteurs ont faites pour imprimer ainsi la marque chrétienne sur les œuvres qu'ils avaient appris à exécuter, il faut faire mention d'un sarcophage resté à l'état d'ébauche, et qui devait représenter selon le type ordinaire une scène de vendanges. Les détails sont ceux que l'on connaît. Des Amours foulent le raisin dans une Cuve, d'autres apportent les corbeilles, etc. Seulement on voit intervenir au milieu, d'une manière un peu inattendue, le Bon Pasteur, qui occupe toute la hauteur du marbre (9). Le type nouveau et les formules anciennes sont ainsi employés côte à côte.

Le Bon Pasteur n'est pas, dans cette période initiale, le seul emprunt que les sculpteurs aient fait aux peintres. La figure de femme voilée, amplement drapée, et levant les deux mains dans

types de sarcophages

existants.

Autre emprunt

fait

aitx peintures.

L'orante.

(1) Garrucci, 297, l et 403, 1.

(2) Notre Catalogue donnera un sarcophage inédit de ce modèle qui se trouve à l'évêché de Porto.

(3) Garrucci, 295,2.

(i) Sur un sarcophage inédit qui sert de fontaine dans la cour d'une maison de Rome, via Torre-Argentida. Voyez aussi Garrucci, 359, 3 : un sarcophage oU le Bon Pasteur figure avec deux Muses , un autre berger et deux génies des Saisons.

(5) Au musée chrétien du Latran. (Garrucci , 302, 1.)

(6) A la vigna Pacca. (V. Matz et Ouhn, ouvrage cité, n» 3010.)

(7) Garrucci, 395, 3.

(8) Id., 296, 4.

(9) Dans la cour du palais MeroUi , à Rome. Ce sarcophage a été publié par Matz et Duhn (2773) , mais le caractère chrétien leur en a échappé.

Tattitude de la prière , — l'Oraate , comme on s'est accoutumé à rappeler, — se trouvait fréquemment représentée sur les voûtes des Catacombes : elle aussi fut choisie pour la décoration des urnes sépulcrales. C'était là un type simple , et qui ne déroutait pas les procédés assez limités des sculpteurs. Elle fut , avec le Bon Pasteur , une des premières figures qui distinguèrent le sar- Les traditions cophage Chrétien dé ses modèles. Toutefois, il est intéressant de ont pârfoj's^aitéré coustater commcut , alors même qu*ils transcrivaient ce person- ^®deS?orantel^° uago d'après los fresques, les artistes se sont, à leurs débuts, rapprochés des sculptures antérieures. Sur un sarcophage romain d*un beau style, où Torante fait pendant à un berger, elle n'a pas les mains étendues à la manière chrétienne (1) : elle ne lève qu'un seul bras et rappelle ainsi, comme on l'a fait observer (2) , les statues de la Pietas,

C'est d'ailleurs une particularité assez rare , mais qui toujours coïncide avec un style fort ancien (3). On saisit là , en quelque sorte, la transition sur le fait, on assiste à l'embarras du sculpteur qui essaie un type nouveau pour son art et qui lui cherche des analogues dans cet art même.

maSè^rdonton L'oraute , SOUS sa forme la plus ordinaire, fut souvent placée place l'orante. eu correspondaucc avec le Bon Pasteur, chacun d'eux occupant un bout delà face antérieure (4). Parfois ainsi réuuis, ils encadrent une scène de lecture (5). Parfois l'orante figure seule dans la a mandorla » au centre des strigilles (6), Derrière elle , on voit fréquemment retomber cette draperie à grands plis , nouée aux deux coins , sur laquelle les sculpteurs avaient souvent détaché leurs figures isolées. Un sarcophage d'un caractère assez peu commun d'ailleurs et encore inédit nous montre une figure en

(1) A Rome, au palaizetto Poli. V. aussi Garrucci, 358, 2, et un sarcophage chrétien qui se trouve à Florence, dans les jardins Boboli : l'orante , ainsi dissimulée , 7 fait pendant à un pécheur ; sous le clypeus figure une scène pastorale.

(2) V. de Rossi, Bulletin, 1866, p. 47.

(3) La tombe du palais Poli porte l'inscription suivante , très simple et d'un caractère très ancien :

lANVA RI IN PA CE DOM.

(4) Garrucci, 297, 3; 360, 2. Bottari, 38, etc.

(5) V. un sarcophage conservé à Rome dans la cour du palais Rondanini. (Garrucci , 370, 4.)

(6) V. un sarcophage , laissé à sa place primitive , ' dans là basilique de Sainte-Pétronille.

prière à qui la colombe vient apporter une petite branche d'arbre (1).

Deux autres personnages beaucoup plus rares ont encore été Emprunts de , empruntés à la peinture ; le Pêcheur et TOrphée. Notre catalogue Le pêcheur. donnera deux exemples nouveaux du premier, — le second se l^^p'^^^trouve deux fois au musée du Latran (2). Remarquons-le : ces motifs étaient parmi les moins fréquents des fresques souterraines, etrOrphée surtout est dans les Catacombes aussi exceptionnel qu'il est célèbre (3). Mais Tun et Tautre présentaient justement le même genre de symbolisme que les bas-reliefs des sarcophages. Voilà pourquoi Ton fit ces tentatives, qui eurent d'ailleurs un succès assez restreint.

En somme, c'est, avec Forante, le Bon Pasteur qui tient de , ^^^]^

^ ' ' ^ du Bon Pasteur

beaucoup le premier rang parmi ces divers emprunts ; c'est lui dans

. j 1,1 . . . j j. 1 i jv le développement

qui, dans 1 histoire de ce développement que nous essayons d in- de lart chrétien diquer, a eu le rôle le plus actif ; et c'est à ce rôle qu'il nous faut maintenant en venir. Nous avons vu le Pasteur s'ajouter aur autres motifs de décoration d'une manière fort convenable et fort heureuse sans doute, mais sans s'y mêler tout à fait, sans former une scène avec eux. Mais il se trouvait, parmi les bas-reliefs sépulcraux, un ordre de sujets où le Bon Pasteur avait un cadre n trouve un

1 •» ^'lii'ii-i' ••j- »•! cadre approprié

plus approprié encore , ou il était chez lui pour ainsi dire, qu il dans les scènes complétait et qui le complétaient : les scènes pastorales existaient qiS*e!dstaîent sur les sarcophages romains; et cette coïncidence est un fait les s^cophages • d'une importance extrême dans cette période de Tart chrétien. des païens. Assez rares en effet sur les sarcophages païens, et, par consé- . quent, rares aussi parmi les fragments indifférents qui ont d'abord servi aux fidèles , les représentations pastorales vont se répandre peu à peu, et devenir à elles seules presque aussi nombreuses que tous les autres sujets contemporains. L'extension de ces Développement

-. 1 -, '1 t ^ ^ 1 , . 1 , de ces scènes sur

scènes est le grand travail de la sculpture chrétienne dans la les sarcophages seconde moitié du troisième siècle. D'où provient cette extension? doù provient ce Et tout d'abord, nos bas-reliefs continuent-ils, ici encore, les tra- «^^^^^^pp®"™®"* • ditions venues des bas-reliefs antérieurs? Est-ce bien dans les scènes pastorales des ateliers païens que se trouve l'origine de celles que les fidèles ont retracées? C'est ce qu'il nous faut examiner.

Ici , en eff^et , une objection peut venir à la pensée. Puisque le

(1) Ce sarcophage figurera dans notre Catalogue.

(2) Garrucci , 307, 3-4.

Le Bon Pasteur dans les fresques.

Se rattache-t-ii symboUsme postoral se rencontrait déjà dans les peintures des

anx fresques •' ^ i»

pastorales Catacombes , puisqu il y avait atteint , nous 1 avons vu , son expression véritablement populaire, et réalisé le type le plus heureux peut-être que l'art ait conçu pour représenter le « doux- Maître, » celui qui < donne sa vie pour son troupeau ; » puisque la figure du Bon Pasteur existait, en un mot, ne serait-ce point d'elle et non de l'art profane que dérivent ces bas-reliefs pastoraux, si nombreux à la fin du troisième siècle et au commencement du quatrième ?

Rien n'est plus fréquent , parmi les fresques des Catacombes , que le personnage du Bon Pasteur. Mais , à part les différences du style et de l'exécution , rien aussi n'est moins varié. Le jeune berger qui figure le Christ est vêtu d'une tunique courte et porte la brebis sur son dos. Quelquefois il tient à la main le vase à lait, plus rarement les pipeaux. D'ordinaire, deux brebis, placées à ses côtés, lèvent la tête vers lui et le regardent. Il est assez rare d'en trouver un plus grand nombre ; elles conservent encore , en ce cas, la même attitude symétriqujB. Enfin le paysage est généralement résumé par deux arbres qui encadrent la scène. Il suffit d'ouvrir presque au hasard les recueils où sont gravées les peintures Il reste monotone dcs Catacombes pour trouver ce groupe, qui revient presque à

chaque page. Mais en continuant l'épreuve, on s'aperçoit bientôt qu'il demeure toujours à peu près identique à lui-même, qu'il ne se développe pas et ne donne pas lieu à d'autres groupes analogues. Les peintres se sont bornés à le reproduire sans chercher à le faire entrer dans une action plus compliquée, sans imaginer autour de ïui des accessoires qui n'auraient fait qu'affaiblir l'impression. Ils en restent à la traduction littérale de la belle image évangélique, et ne songent point à étendre le côté pittoresque de la scène. C'est une œuvre de foi qu'ils font là plutôt qu'une œuvre d'art, et le type du Bon Pasteur revient sous leur pinceau avec la monotonie d'une formule sacrée, qui dit tout ce qu'elle doit dire, et qu'on répète scrupuleusement sans se permettre d'y rien ajouter. Une fresque cependant (1) , un peu postérieure, il est vrai, mais appartenant en somme au même cycle, nous montrera, groupées autour de la figure centrale, une série d'autres figures. De chaque côté du Pasteur, un disciple exhorte les brebis, qui reçoivent diversement la bonne nouvelle. Les unes s'approchent , écoutent , et sont baignées par une onde mystique dont le sens est facile à entendre; les autres se détournent pour brouter et

et isolé.

(1) Au cimetière de Galllste.

restent dans les lieux arides. On le voit, c'est là une sorte de commentaire moral, placé à côté du Berger divin. La scène est développée, mais dans le sens religieux plutôt que dans le sens artistique. Chaque personnage a sa valeur spirituelle ; chaque brebis représente un état de Tâme en présence de la grâce. L'œuvre est toute symbolique; la fantaisie, la liberté, les détails pittoresques en demeurent exclus.

Ce qui frappe, au contraire , dans les scènes pastorales qui décorent les sarcophages, c'est l'extcême liberté d'allures, la multiplicité des détails purement décoratifs, et, par conséquent, le caractère lâche et indécis du symbolisme. Les brebis , éparses au hasard , broutent l'herbe , mangent le feuillage des arbres , dorment à l'ombre , sans songer assurément à la grâce ni à rien de tel. Des chèvres leur sont mélangées, qui grimpent sur des rochers ou se battent à coups de cornes. D'autres accessoires , dénués de toute signification , viennent compléter le paysage rustique. Quant au Bon Pasteur, il est souvent relégué dans un coin du bas-relief ; d'autrefois, il disparait complètement, ou bien encore on voit figurer avec lui d'autres bergers dans différentes postures, — étendus à terre , trayant une brebis , accoudés sous un arbre, etc. Ce n'est plus là le symbolisme étroit et précis, le langage presque hiératique des peintures que nous venons de citer. C'est un art tout différent, qui a ses sources ailleurs, et qui reporte aussitôt la pensée vers les modèles des ateliers païens.

Quelques fragments nous montrent , encore aujourd'hui , ce qu'étaient ces modèles. Un berger en petites proportions , assis sur. une corbeille renversée (1), y venait parfois prendre place de Yimago clypeata. Le couvercle d'un sarcophage, conservé dans un des tombeaux de la voie Latine, présente une scène un peu développée. Sur la droite, un vieux berger, vêtu de l'exomis, se tient debout auprès d'un arbre, les jambes croisées et la main appuyée sur un bâton ; une brebis s'avance vers lui ; une chèvre, dressée sur les pattes de derrière , dévorjB les feuilles d'un second arbre; puis vient un bœuf, puis , un autre berger, étendu auprès de son tugurium d'où l'on voit sortir un chien (2). C'est surtout sur les couvercles que figuraient ces représentations. Un fragment, resté au cimetière de Priscille, nous donne les restes d'une brebis et le

Les fresques pastorales sont

toutes

symboliques,

et ne sont jamais

développées

dans le

sens pittoresque.

Contraste

que présentent

les pastorales des

bas-reliefs.

Elles procèdent

des modèles païens.

Examen

de quelques-uns

de ces modèles.

(1) Un sarcophage inédit , trouvé et conservé à la vigna Jacopini , hors de la porte Portese, donne, à chaque extrémité, une Thalle et une Melpomène, et, aous le dypetis , le berger trayant.

(2) V. aussi, dans le Catalogue de Matz et Duhn , le n<> 2919.

le berger, vêtu à l'ordinaire, couché sur le sol et tenant les pipeaux. D'autres fragments sans importance, trouvés à Saint-Calliste, nous attestent encore que ces sujets étaient de ceux que les chrétiens avaient choisis dans les ateliers (1) ; et, dans la cour d'un palais de Rome, un couvercle intact, d'un travail païen, nous montre, à côté d'une scène de même genre, l'inscription manifestement chrétienne que l'acheteur y avait fait graver (2). Les pastorales sont plus rares sur le corps même du sarcophage ; et , dans ce cas même , il n'y a guère d'exemple qu'elles y jouent le premier rôle et se développent sur toute la face antérieure. Elles ne sont là qu'un épisode ; et il se trouve que les sujets où elles interviennent sont précisément des sujets que les chrétiens ne pouvaient pas employer. Au musée profane du Latran (3), le côté d'un beau sarcophage est occupé par un jeune berger assis , le pédum à la main , et qui semble converser avec une femme étendue au plan supérieur. Mais la partie antérieure est consacrée à la mort des Niobides. Les sarcophages , assez fréquents, où est représentée la légende d'Endymion (4), ont presque toujours des figures pastorales : sur le devant, un vieux berger assis devant son troupeau, et, sur le côté , un berger plus jeune, debout au pied d'un arbre, une jambe croisée sur l'autre, qui figure TEndymion et fait pendant à une Diane. Ici , encore , la tombe était interdite aux fidèles par son caractère mythologique. Enfin le vieux berger trayant une chèvre, devant ses bœufs ou ses brebis étages à divers plans , se retrouve au musée de Naples (5), sur la face d'un sarcophage, où figure la chasse du sanglier de Galydon, su-

(1) V. aussi , au !«' volume des Inscriptions chrétiennes de de Rossi , deux inscriptions d'une date sûre; l'une de 238 (page 13), l'autre de 273 (page 19), sur des couvercles qui portent des fragments de scènes pastorales (berger couché le pédum à la main et brebis superposées) .

(2) Au palais Corsetti. Ou y voit , entre autres détails , un berger levant la main pour frapper un chien. On en trouvera une photographie dans l'ouvrage de Roller, pi. 42. Voici l'inscription :

AVRIEI MENIAE

VIXT ANN LXXXI

AMENSES III

DEPOSITA PRIIDVS M

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