‹ Étude sur l'hydropisie de l'amniosChapitre 3 sur 10 · SYMPTOMES LOCAUX · texte numérisé non relu

SYMPTOMES LOCAUX

A Inspection : Ce qui frappe tout d'abord , c'est le volume de ventre qui n'est pas en rapport avec l'âge accusé de la grossesse. Dans l'estimation du volume, on s'est presque toujours contenté d'à-peu-près ou de comparaisons avec le volume d'un ventre à terme et, comme le dit Guillemet : « on a malheureusement négligé de mesurer exactement la circonférence de l'abdomen. Dans les deux seuls cas , où cette mesuration a été pratiquée, elle était chez une femme de MO, chez l'autre de 112 c.»

Chez la première de nos femmes, l'abdomen mesurait 95 cent., chez la seconde 1m?03, chez la troisième 1m,1 0, Charpentier a vu un cas aigu où le ventre, à 5 mois 1/2, mesurait 132 cent.; un autre, 128 cent.

La quantité de liquide correspondant à un volume pareil est véritablement énorme.

Dans nos observations, nous notons 6, 7 et M) litres.

Tarnier, dans un cas, a évalué la quantité à 20 litres. Hubert de Louvain, Depaul en ont vu plusieurs fois plus de deux seaux, c'est a dire de 1 5 à 20 litres.

Dans une observation d'Oulmont, la distension était telle, que le peau du ventre se courbait brusquement pour venir tomber à angle droit sur la base antérieure de la poitrine.

Le second fait qui frappe à la simple vue, c'est la forme de l'abdomen. Cette forme n'est pas absolument la même dans tous les cas. La plus fréquente, d'après les auteurs, est la forme globuleuse ou ovoïde, régulière sans saillies ni dépressions. Les parties latérales, les flancs sont aplatis, surtout quand ia femme est debout, car alors l'utérus se porte en avant. Dans une observation d'Oulmont, dans une autre de Frankenhausen, citée par Charpentier, et dans quatre de nos cas, la forme n'était pas aussi régulière et l'un des angles utérin sétait plus développé que l'autre ; la constatation de ce simple signe dans nos observations II , III et IV nous a fait rechercher immédiatement une hydramnios qui existait réellement.

Herrgott (Thèse de Strasbourg 1839), signale cette forme m cœur de carte à jouer plus ou moins régulière dans la grossesse normale, et prétend que la partie la plus élevée loge une extrémité de l'ovoïde foetal. Dans nos trois cas, cette saillie était nettement fluctuante et vide de tout corps solide.

Un autre caractère important, est la persistance de la forme, quelle que soit la position prise par la femme. Dans une des observations d'Oulmont, on a noté sur les

parois latérales de gros mamelons. Dans notre 1er cas? une tumeur de ce genre existait dans le flanc droit.

La percussion donne de la matité absolue en tous les points, sauf dans la partie la plus postérieure des flancs et sous les fausses côtes. Si toute la cavité abdominale n'est pas totalement occupée par l'utérus distendu, la matité est à convexité supérieure.

palpation. — Dans les premiers temps de l'affection, les parois abdominales permettent d'isoler, de contourner l'utérus, comme on le fait dans une grossesse ordinaire. Plus tard , les conditions changent : l'utérus distendu , s'appliquant sur la paroi du ventre, semble se confondre avec elle , et c'est presque directement que l'on palpe cet organe. Tendue, résistante, la paroi abdominale ne se laisse déprimer qu'avec peine et rarement assez pour reconnaître une partie fœtale.

Un autre signe très important, fourni par la palpation, se tire du durcissement intermittent et passager, que Ton sent se produire sous la main. Ce fait, indice certain d'une contraction utérine , a une grande valeur au point de vue du diagnostic, car il permet d'affirmer que la collection liquide est contenue dans l'utérus. Ce signe sur lequel insiste Charpentier, surtout au point de vue de la forme aiguë, nous l'avons constaté dans deux de nos observations d'hydramnios chronique, alors que les douleurs étaient constantes.

Les auteurs classiques (Cazeaux, Schrôder, Joulin, etc.) s'accordent pour reconnaître que généralement la fluctuation dans l'hydropisie amniotique est assez obscure.

Il faut dire que dans certains cas elle peut faire complètement défaut. (Obs. Ghereau.) Cependant dans nos sept observations et dans presque toutes celles que nous avons pu trouver, on voit ce phénomène signalé comme très net, surtout à la partie antérieure de la tumeur.

On conçoit que Ton puisse aussi, dans certains cas, percevoir le ballottement abdominal. Pour l'obtenir plus facilement, on pourrait faire coucher la femme sur le côté, ou même la placer dans la position genu-pectorale, afin que le fœtus, sollicité par le pesanteur, vienne ainsi se mettre en contact avec la paroi abdominale.

Tout d'abord on pourrait croire que le fœtus, largement à l'aise dans une cavité aussi vaste, exécutera des mouvements nombreux et facilement perceptibles par la palpation. Il n'en est rien, et cela s'explique si l'on songe que, dans ces cas d'hydramnios, le fœtus est généralement ou mal formé, ou mal portant et souvent très peu vivace.

L'auscultation ne donne guère que des résultats inconstants. Les battements , quand on les entend , sont faibles en raison , soit de la distance, soit de l'état de santé de l'enfant. Leur déplacement rapide est encore un caractère souvent noté et qui s'explique par la mobilité du fœtus. Dans un cas, nous n'avons pu les percevoir qu'en faisant coucher fortement la femme sur le côté. Dans notre première observation nous avons nettement perçu, a différentes reprises, et la femme étant dans un repos absolu , un frôlement qui nous a permis d'affirmer que l'enfant remuait spontanément et par suite vivait.

Dans deux observations seulement de Golay et de Charpentier, il est question du souffle utérin; comme eux, nous l'avons toujours trouvé avec ses caractères habituels.

Par le Toucher vaginal , on obtient les mêmes sensations de tension de l'utérus que par le palper. G est souvent là le seul fait que ce mode d'exploration peut faire constater, aucune partie fœtale n'étant accessible. Une fois seulement , nous avons obtenu le ballottement d'une façon très nette , mais a cause de la mobilité excessive de la partie , nous n'avons pu préciser la présentation : c'est ce qui arrive dans le plus grand nombre des cas. Il est aussi assez rare de percevoir la fluctuation par le vagin.

D'après Oulmont « on aurait noté que le ballottement était beaucoup plus obscur lorsque le fœtus était très petit ou mort. » Dans le seul cas où nous l'ayons manifestement constaté , le fœtus était mort (obs. II).

Tels sont les signes communs aux deux formes.

Voyons maintenant les symptômes particuliers ou les variétés propres a chacune d'elles.

Le tableau symptomatique est complet pour la forme chronique, à part, des degrés dans l'intensité : nous n'insistons pas.

Dans la forme aiguë, Charpentier signale les particu larités suivantes : « Si le ventre est très œdématié, le » palper est nul ; si, au contraire, le ventre n'est pas œdéo matié, l'utérus, sur lequel on peut arriver, se présente » sous la forme d'une masse à parois plus ou moins minces, » donnant au doigt une sensation élastique mais sans

» fluctuation , absolument analogue à celle d'un kyste » de l'ovaire distendu ...» Ainsi donc , absence des signes fournis par la palpation et absence de la fluctuation , voilà ce qui caractérise la forme aiguë au point de vue des signes locaux.

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