‹ Étude sur l'hydropisie de l'amniosChapitre 4 sur 10 · SYMPTOMES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

SYMPTOMES GÉNÉRAUX

Nous arrivons a l'étude des symptômes généraux que. fidèle à notre plan , nous envisagerons en premier lieu dans ce qu'ils ont de commun dans les deux formes.

Troubles de la circulation, — Les plus fréquents sont l'œdème des membres inférieurs, des grandes lèvres, des parois abdominales. Ces œdèmes peuvent manquer ou être insignifiants dans nombre de cas , non seulement quand le liquide n'est pas en très grande abondance, ce qui se conçoit alors aisément , mais encore quand l'utérus est distendu outre mesure. Nous avons pu constater ce fait dans trois de nos cas (obs. I. II, V,) où il y avait bien moins d'œdème que dans beaucoup de grossesses normales. Il en est de même de l'œdème des grandes lèvres et des parois abdominales. Ce dernier se localise ou du moins est plus accentué entre le pubis et l'ombilic, d'où le nom d'œdème sus-pubien qu'on lui a donné.

Les veines sous-cutanées abdominales sont parfois gorgées et dessinent leur réseau à larges mailles bleuâ-

très On voit se développer des hèmorrhoïdes plus ou moins volumineuses et des varices des membres inférieurs et de la vulve.

Un autre trouble de la circulation veineuse , Y'ascite , peut venir compliquer l'hydropisie de l'amnios et obscurcir singulièrement l'affection primitive: nous étudierons ce point au diagnostic.

Le mode de production de ces hydropisies est facile à saisir. Mais il n'est pas aussi facile de s'expliquer leur absence dans certains cas , alors que toutes les conditions nécessaires pour les produire sont réunies. Il y a là des particularités qui nous échappent.

Cette distension exagérée du ventre et le refoulement de diaphragme déterminent de la compression du côté du cœur et des poumons. Ces organes trahissent leur gêne par des palpitations , des syncopes , de la dyspnée , des engorgements pulmonaires .

Troubles des voies digestives. — Les vomissements se voient dans les deux formes , mais surtout dans Phydramnios aiguë : nous y insisterons plus bas. Ils sont évidemment causés par la gêne qu'éprouve l'estomac comprimé par la tumeur liquide. Citons ici en passant , et comme contraste, l'opinion du docteur Donovan qui prétend qu'il existe une relation entre les vomissements de la grossesse et l'insuffisance ou l'absence du liquide amniotique (Obstétrical Society Edimburg. P. 848 mars I 874). La constipation est également habituelle, La compression du foie a pu dans quelques cas occasionner un certain degré & ictère (Charpentier).

De même que dans les maladies du cœur , le malade urine dans son péritoine ou dans son tissu cellulaire, de même ici , la femme urine dans l'amnios. Par suite le caractère des urines doit être a peu près le même dans les deux cas ; c'est ce qui arrive en effet. Les urines sont rouges , rares , épaisses et quelquefois albumineuses. On n'a cependant noté qu 'exceptionnellement Xéclampsie. N'y aurait-ii pas la une confirmation de la théorie du professeur. Peter au sujet de l'éclampsie? Le trop plein vasculaire éclamptigène n'existe pas à cause de la spoliation séreuse qui se produit au profit de la cavité de l'amnios. Et, d'autre part, n'est-ce pas une grave objection à la théorie qui attribue l'éclampsie à la compression des veines rénales ?

La difficulté que rencontre la vessie pour se distendre dans certains cas, amène des envies fréquentes d'uriner. Ailleurs, elle se loge au dessus du pubis , l'urèthre peut être comprimé et on note alors de la rétention d'urine sur aquelle l'attention est d'autant moins attirée, que la gêne qu'elle provoque est attribuée au poids de la tumeur et que sa matité se confond avec celle de l'utérus distendu.

Troubles du système nerveux. — Les plus communs sont Y agitation , X insomnie , des tiraillements dans l'abdomen , des névralgies , et surtout des crampes dans les membres inférieurs. Ces symptômes, bien qu'on puisse les rencontrer dans les deux formes , s'observent surtout dans la forme aiguë : nous y reviendrons à l'instant.

Tels sont les symptômes communs aux deux formes.

Mais on se tromperait grandement si l'on s'attendait à les observer tous, dans la forme chronique surtout. Dans bien des observations que nous avons trouvées et dans trois des nôtres , on ne note aucun trouble général marqué , non-seulement quand le liquide est peu abondant , 2 ou 3 litres, mais même quand il se mesure par 8 et 1 0 litres. Dans l'hydramnios chronique cependant, il faut le dire, les troubles généraux, quant ils existent, sont proportionnels au volume du ventre.

On le comprend aisément.

Examinons l'ensemble des symptômes que nous venons d'analyser. Y trouvons-nous quelque chose de spécial a Phydramnios? Pas le moins du monde, et un kyste de l'ovaire, une hydrométrie simple, à volume égal, eussent produit les mêmes troubles , troubles qui dépendent uniquement de la compression .

Nous dirons donc que le caractère particulier de la forme chronique, c'est la bénignité relative des troubles généraux.

Il n'en est plus de même si nous prenons la forme aiguë. Celle-ci a ses symptômes généraux particuliers et presque spéciaux.

Pour les étudier, nous nous appuierons surtout sur la monographie de Charpentier qui en a observé deux cas et a pu en recueillir un certain nombre d'autres.

Un premier fait, particulier à la forme aiguë, c'est qut, les signes généraux ne sont pas toujours en rapport avec la quantité de liquide. Il n'y a plus , comme dans la forme chronique, parallélisme entre les symptômes généraux et

les symptômes locaux; et l'on peut voir un état général grave, fièvre, frissons, douleurs vives, alors que le volume du ventre n'a rien d'exagéré. Nous verrons l'explication de ce phénomène à la pathogénie.

Nous devons reprendre ici quelcjues-uns des signes donnés comme communs, mais qui s'observent particulièrement dans la forme aiguë.

Troubles des voies digestives. — Voici comment parle Charpentier des vomissements. « Dans l'hydropisie » aiguë, ils prennent une intensité et un gravité excep- » tionnelles. Dans les deux cas qui nous sont personnels, » ils étaient tels que les malades, celle surtout qui fait le » sujet de notre 2e observation , ne pouvaient plus rien » prendre. Composés d'abord de matières alimentaires, » ils deviennent ensuite muqueux et bilieux, s'accom- » pagnent de douleurs horribles dans la région stomacale, » d'un sentiment de chaleur, de brûlure et finissent par » mettre la femme qui en est atteinte dans un état de » dépérissement des plus graves. »

Ce tableau ne nous paraît pas assombri, car nous avons vu , dans notre 2e observation , quelque chose de semblable sous le rapport des vomissements , bien que ce ne fût qu'une hydramnios chronique.

C'est dans la forme aiguë que l'on observe la diarrhée , due surtout au mauvais état général.

Troubles du système nerveux et état général. — Les douleurs , souvent nulles dans la forme chronique, prennent ici une intensité remarquable.

Voici encore ce qu'en dit Charpentier:

« Occupant toute l'étendue du ventre aussi bien à la » partie supérieure qu'à la partie inférieure, elle s'iira- » dient jusque dans les lombes, les cuisses. . Elles sont » extrêmes, ne cessent ni jour, ni nuit, privant ainsi les » malades de tout sommeil, mais présentant en plus des » exacerba tions, par les mouvements de la malade. . . » Celles-ci ne savent comment se tenir. . . Elles restent » couchées dans leur lit, affectant les positions les plus » bizarres, agitées par moment de soubresauts sous l'in- » fluence de l'exaspération passagère de la douleur. »

D'après ce tableau tracé par Charpentier , on comrend que la situation soit très grave.

La fièvre élevée est un signe appartenant uniquement à la forme aiguë et qui active encore la dénutrition de la malade. D'après les observations, elle ne nous a pas paru présenter de caractère particulier dans sa marche.

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