‹ Étude sur l'hydropisie de l'amniosChapitre 5 sur 10 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Le diagnostic de l'hydramnios, qui présente parfois des difficultés sérieuses, se trouve singulièrement facilité ou obscurci, selon que Ton peut constater ou non des signes certains de grossesse, (ïî&us allons successivement

prendre chacun des cas et voir quelles sont les autres maladies avec lesquelles on peut la confondre.

Après un examen approfondi et répété à différents intervalles , on n'a pu trouver les signes qui seuls permettent d'affirmer l'existence d'un fœtus : doubles battements fœtaux , mouvements actifs , ballottement ; et d'autre part, le ventre a acquis un certain volume , les règles ont cessé, la santé générale est bonne.

Est-ce un kyste de V ovaire ? Dans cette affection la forme du ventre n'est pas toujours régulière, son développement se fait dans un des côtés ; l'utérus est dévié de la ligne médiane, on le sent dans le petit bassin; la marche de l'affection est beaucoup plus lente, parfois avec des poussées aux époques menstruelles : autant de caractères que l'on ne retrouve pas dans l'hydramnios.

De plus, le liquide n'étant pas contenu dans une poche contractile., on ne percevra jamais le phénomène du durcissement dont nous avons parlé a la symptomatologie de l hydropisie amniotique.

Est-ce une ascite ? Ici le ventre est aplati, étalé latéralement, c'est le ventre de grenouille ; cette forme est elle-même variable suivant la position du sujet. La matité est à convexité inférieure. Les intestins, au lieu d'être refoulés en arrière, sont en haut et en avant, et quelle que soit l'attitude de la malade , ils surnagent au-dessus du liquide. La constatation de la cause de Fascite : maladies du cœur, du foie, éclaire le diagnostic.

N'oublions pas ici le durcissement intermittent et passager que l'on n'observe jamais dans l'ascite simple.

Il ne faut guère songer à une hydrométrie, car dans ce cas le volume de l'utérus n'acquiert que des proportions très peu considérables.

La môle hy étatique ne présente qu'un seul signe commun avec lhydramnios : c'est le développement rapide du ventre : mais l'existence de petites pertes rouges, quelquefois dhémorrhagies plus graves pendant la fausse grossesse , et l'expulsion de quelques vésicules feront reconnaître cette affection, d'ailleurs tellement rare qu'en 42 ans il n'en a pas été observé un seul cas à la Clinique d'accouchements de Paris.

Uhydrorrhée ne présentant avec l'hydropisie amniotique aucun signe commun et l'écoulement plus ou moins continu de liquide caractérisant nettement cette affection, il est, croyons-nous, inutile d'insister sur le diagnostic différentiel.

La supposition que nous avons faite de l'absence absolue des signes de la grossesse dans le cas d'hydramnios n'est pas la règle. Mais, comme la chose peut se présenter, il nous a paru nécessaire de nous y arrêter.

Prenons maintenant la seconde hypothèse, la plus fréquente: on a constaté des signes certains de grossesse, on peut donc éliminer i'ascite, le kyste de l'ovaire simples.

Il faut alors éclaircir les différents points suivants : 4° Y a-t-il hydramnios? 2° Ne serait-ce pas une grossesse gémellaire? 3° L'hydramnios est-elle simple, c'està-dire non compliquée d'ascite ou 4° d'un kyste de l'ovaire ou 5° d'une grossesse gémellaire? 6° Enfin à quelle forme d' hydramnios a-t-on affaire. Ces différentes

difficultés ne sont pas de simples vues de l'esprit et toutes se rencontrent dans la pratique , ainsi que l'on peut s'en convaincre en lisant les observations publiées sur ce sujet. C'est d'ailleurs cette partie de diagnostic qui demande le plus d'attention, expose le plus aux erreurs et , par conséquent , présente le plus d'intérêt.

4° Y a-t-il hydramnios. Le long tableau symptoma tique que nous avons tracé doit suffire pour répondre a cette question et nous dispenser d'insister ici.

2° Diagnostic d'avec la grossesse gémellaire. — Cet état diffère de l'hydramnios par la forme du ventre qui est plus étalé , non globuleux , présentant souvent une dépression verticale et médiane , par les nombreuses saillies que l'on trouve au palper, par les bruits fœtaux à double maximum et non isochrones, l'absence ou l'obscurité du ballottement et de la fluctuation.

3° Hydramnios avec ascite concomitante. — Notre deuxième observation en est un exemple. Le liquide ascitique, dans ce cas, était très peu abondant, mais notre attention a été immédiatement attirée par une petite tumeur réductible au niveau de î'ombiiic. C'est là un signe précieux qui , malheureusement , ne s'observe pas dans tous les cas. Nous savions donc qu'il y avait de l'ascite et d'autre part le durcissement de l'utérus que l'on percevait sous la peau nous apprenait que la quantité de liquide était peu abondante. Ce signe manquant , le diagnostic devient des plus difficiles. Guillemet ne touche pas

à ce point dans sa thèse . Charpentier reconnaît avec Robert Lee, dont il cite les paroles , que le diagnostic peut présenter des difficultés considérables. L'auteur anglais ne donne , ni dans ses commentaires , ni dans son observation, de signe pour reconnaître cette complication. Il parle de l'examen vaginal qui permet « de se rendre compte de l'accumulation d'une quantité anormale de liquide dans les membranes de l'œuf. » De l'ascite il n'en est pas question. Scarpa , au contraire , dans un cas , reconnut l'ascite et fit la ponction de l'abdomen, « de préféj> rence à celle de l'utérus, car, dit- il, il ne m'était pas » démontré que la matrice fût le siège d'une hydropisie. » — L'utérus contenait cependant 2 foetus et 1 5 livres de liquide. Nous croyons qu'il faut chercher séparément les signes de l'ascite et ceux de l'hydramnios. Pour celle-ci le ballottement et le durcissement, pour l'autre la cause : dans le cœur, le foie, les reins ; une anasarque concomitante, le déplacement du liquide et la hernie liquide ombilicale. Malgré tout, que de fois ne restera-t-on pas dans le doute ! Et que sera-ce, quand il y aura en même temps, comme dans le cas de Scarpa, hydramnios, grossesse gémellaire et ascite?

4° Hydramnios avec kyste de l'ovaire concomitant. — Il y a deux cas à considérer : ou bien c'est l hydramnios qui est primitive, ou bien le kyste a précédé la grossesse hydropique. Dans cette dernière hypothèse, la tumeur datera d'une certaine époque , elle se sera d'abord développée dans l'un des côtés du ventre. Dans la première supposition, le diagnostic est vraiment impos*-

sible ; car si l'on peut avec peine diagnostiquer un kyste compliquant une grossesse simple , à plus forte raison sera-t-il difficile de le faire, si la grossesse est compliquée d'hydramnios.

5° Eydramnios avec grossesse gémellaire. — C'est là une complication très fréquente , puisque des chiffres cités par Charpentier, il ressort qu'il y a 52 grossesses multiples sur 123 cas d'hydramnios.

Si le palper était possible, si l'auscultation donnait tous les résultats que l'on en tire dans les cas ordinaires, le diagnostic de la présence des deux fœtus serait relativement facile. Mais il en est rarement ainsi et la grossesse gémellaire est méconnue. Charpentier signale Y œdème svs-fubien comme un signe, non pas caractéristique de cet état, mais devant a éveiller l'attention.» Si l'on ne rencontre pas les conditions dont nous parlons quelques lignes plus haut, les difficultés restent tout entières , à moins que l'on n'ait la bonne fortune de trouver le signe de Depaul : la constatation, à l'orifice du col, d'un sillon répondant à l'adossement des deux poches amniotiques.

6° Diagnostic de la Forme. — C'est là chose facile si l'on veut se rapporter aux signes particuliers à chacune des formes. Le développement rapide, les douleurs vives, la fièvre, un état général plus ou moins grave caractérisent suffisamment la forme aiguë.

Pour être complet , parlons de deux cas susceptibles de donner le change : une grossesse simple compliquée d'ascite ou de kyste ovarique pourrait faire croire à une hydramnios.

La situation est la même qu'aux 3<> et 4<>, avec cette différence que le cas est moins difficile , puisque nous n'avons qu'à reconnaître une grossesse simple et non une grossesse hydropique.

La marche à suivre est la même dans les deux cas , marche qui consiste à rechercher séparément les signes certains d'une grossesse ordinaire et ceux de l'affection qui vient la compliquer.

Il nous reste enfin à distinguer une hydramnios aiguë survenant au 3e ou 4e mois d'avec une affection aiguë quelconque do petit bassin , métrite, pelvi-péritonite, etc.

Bien des signes, en effet, sont communs : douleurs, frissons, fièvre, vomissements ; mais la caractéristique de l'hydramnios, c'est Y augmentation progressive et considérable de l'utérus.

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