‹ Étude sur l'hydropneumopéricardeChapitre 6 sur 40 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Historique

L'hydropneumopéricarde est une affection des plus rares. M. Maurice Raynaud (art. Péricardite du dict. de médecine) ne croit pas qu’il en existe dans la littérature médicale, plus d’une vingtaine de cas.

Ce n’est pas qu’à force de recherches, on ne finisse par découvrir des descriptions anciennes et écourtées de la maladie qui nous occupe. Les anciens auteurs, Laennec surtout, croyaient à la possibilité du pneumopéricarde, le faisant même plus fréquent qu’il ne l’est en réalité. Mais il faut arriver à Bricheteau et à Graves, pour trouver les premières observations sérieuses.

Il n’est pas sans intérêt de réunir les quelques lignes éparses dans les vieux auteurs, touchant ce sujet: Bricheteau et Guttmann nous ont fourni plusieurs indications.

Er qUes Voigtel (Manuel d'Anat. Path. Halle-1804) rapporte que Houllier, Baïllou, Bartholin, Senac et Morgagni ont vu des collections d'air dans le péricarde. Voici quelques brèves indications, rencontrées dans Lieutaud.

Ob. 691 : Inter exenterationem cadaveris cujusdam viri sexagenerii, ad cordis palpitationem proclivis, deprehendebatur pericardium multo flatu distentum ; is flatus in aquam aliquando concrescit….

Ob. 692. Cadaver cujusdam qui, dum viveret, cordis palpitationibus conflictabatur, examini anatomico exhibebat cordis capsulam aere turgentem, vel utris instar inflatam. (Lesiones pectoris, liber secundus. Pericardii flatulentia).

Ob. 1672. In cadavere vitulæ, quæ continuo alvi fluxu per sex hebdomadas laboraverat, reperitur sub ventriculo, tumor cysticus, magnus et rotundus, ovi anserini magnitudine, materiam pinguem et gypseam continens, cum nonnullis gangrenæ notis, in tubo intestinali. Pericardium insuper flatu distendebatur. (Lesiones abdominis. Liber primus).

Houllier, dit Sénac, aurait constaté un pneumopéricarde chez un homme qui était sujet à des palpitations.

D'après le même auteur, Winslow aurait vu, chez un enfant, une tympanite du péricarde, formant un véritable ballon. Dans son livre, Sénac s'exprime ainsi : € La sérosité, la Iymphe ou le pus ne sont pas les seules matières qui peuvent se déposer dans le péricarde ; l’air le remplit en divers cas. On peut assurer que le péricarde contient très souvent de

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l’air, sans qu'on l'aperçoive, car, dans une infinité de cadavres, ce sac s'affaisse, dès qu’on y fait une incision, et il en sort très peu d’eau. » |

En traitant des épanchements péricardiques, Sénac parle plus loin du symptôme fluctuation ; mais, il ne semble en rien décrire quelque chose qui ressemble au bruit de moulin.

Dans sa longue lettre sur l’hydropisie de poitrine (Ep. XVI), Morgagni parle d'un certain Stalpar Van der Wiel, qui aurait entendu chez une jeune fille, le flot d’un liquide contenu dans le péricarde. Il n’y eut pas d’autopsie. Bricheteau qui cite le passage ajoute : Morgagni demande en vain aux nombreux auteurs qu'il cite, à quels signes on pourrait reconnaître l’hydropneumopéricarde, et par. quel moyen on pourra diagnostiquer cette maladie. »

Le fait est que l'observation de Stalpar Van der Wiel est assez insignifiante. La voici « Persanatam ab se, narrat, prætumidà ac pallente facie puellam, nunquam menstruas purgationes expertam, in quà distincte admodum, pulsante corde (cujus palpitatione laborabat), ipsius aquæ agitationem audire licebat. »

Portal, dans son anatomie médicale, dit que de l'air a été rencontré dans le péricarde, mais ne donne aucun détail.

On s'explique facilement le silence qu'ont fait tous ces auteurs, autour de la symptomatologie du pneumopéricarde. Ils ont bien pu trouver, dans quelques nécropsies, des gaz dans le péricarde, encore qu'ils aient eu probablement devant eux un phénomène

mal observé, où d’origine cadavérique; mais on se demande, comment ils auraient pu découvrir Île bruit de moulin, ou tout autre phénomène d’auscultation particulier au pneumopéricarde, alors qu'ils n’auscultaient pas plus le cœur que les poumons.

Mais Laennec, qui auscultait, devait-il, comme pour tant d’autres affections, faire l’histoire vraie du pneumopéricarde ?

Dans la première édition de son livre, on trouve le passage suivant, que la plupart des auteurs semblent ignorer, puisqu'ils avancent que Laennec n’a jamais fait d’autopsie d’hydropneumopéricarde.

« Je ne sais trop à quels signes, on pourraît reconnaître le pneumopéricarde, si cette maladie existe quelquefois seule, sans épanchement de liquides ; j'ai entendu, d’une manière très distincte, un bruit de fluctuation, déterminé par les battements du cœur et par les inspirations fortes chez un malade qui succombait à une péripneumonie avec hypertrophie du cœur, et à l'ouverture duquel je trouvai dans le péricarde une bulle d’air du volume d'un œuf, et environ un litre de sérosité limpide et incolore. »

Laennec avait-il entendu le bruit de moulin? Il est est permis d'en douter, devant le vague ‘de sa description. En tout cas nous ne retrouvons plus ce passage dans l'édition d’Andral (1837). Dans cette édition, Laennec émet les idées suivantes, vivement et à bon droit discutées par les auteurs qui ont parlé de la présence de Pair dans le péricarde. Un premier chapitre est intitulé : Des battements du cœur entendus à distance : « C’est un fait très rare à un haut

NS" me degré, très commun à une distance de 5 à 10 pouces de la poitrine . I l’a rencontré sur plus de 20 sujets. C’est un symptôme peu grave, qu'il faut attribuer le plus souvent à une exhalation gazeuse dans le péricarde, susceptible ensuite de résorption. Il note que la région du cœur rend souvent, dans ces cas, un son très clair à la percussion. »

Il revient plus loin sur les mêmes idées, à propos du pneumopéricarde : « Dans beaucoup de cas, les épanchements aeriformes, qu’on trouve dans le péricarde des cadavres, sont évidemment antérieurs à la mort, et habituellement joints à un épanchement liquide. Ils peuvent avoir lieu dans lagonie de toutes les maladies, et ont comme symptômes : de la sonorité au niveau de la région cardiaque, un bruit de fluctuation,! et l'audition des bruits du cœur à distance. Ces épanchements gazeux peuvent se résorber très vite. »

Le pneumopéricarde, ou plutôt l’hydropneumopéricarde, puisque le pneumopéricarde vrai est encore discuté, est, en effet, une affection tellement rare, qu’il était impossible à un seul auteur, de décrire complètement la marche de la maladie. L’histoire s'en est faite ainsi: quelques observations parurent séparément en France, en Allemagne, et en Angleterre, données comme des cas rares et curieux; et ce n’est que lorsqu'on eut recueilli un certain nombre de faits, qu’on pût songer à en esquisser les principaux symptômes.

Pour mettre un peu d'ordre dans ces quelques mots d'historique, nous verrons séparément com-

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ment on se mit peu à peu à décrire, dans les différents pays, l’hydropneumopéricarde.

En Angleterre parut en 1826 dans la Médic. Review un premier cas de Jonhston, laissé à l'écart. Ce cas n’est en effet qu'une autopsie, sans description de symptômes. Une autre observation, de même allure, fût publiée par Trotter en 1852.

Mais, l’histoire d’un cas de pneumopéricarde, très intéressante et très complète, type créé d’une maladie nouvelle, comme Île fait remarquer Stokes, paraissait dans Graves. On peut regretter cependant que cet auteur, après avoir cité, pour ainsi dire, accidentellement l'observation, à propos de l’ulcère de l'estomac, ne soit pas revenu sur la question, quand il s’est occupé des affections du cœur et de la péricardite.

Stokes en 1855 (traduction Sénac 1864, p.22), en étudiant le mélange des gaz avec les produits de sécrétion inflammatoire, dit qu'il n’y a aucune raison pour que des gaz ne se développent pas dans le péricard:, comme cela a lieu quelquefois dans la plèvre et dans le péritoine enflammé. Il cite troiscas (Stokes, Graves, M'Dowel), et note comme conclusions les deux faits suivants : «il peut se produire dans le péricarde deux espèces de bruits métalliques très différents par leurs causes et par leur nature, le premier dépendant de la présence de l’air dans le péricarde, et le second résultant de la distension d'un organe voisin par des gaz.

Walshe dans son édit. de 1862 s'occupe d’abord du pneumopéricarde vrai. On peut admettre l'existence

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pour quelques instants d’un pneumopéricarde d’origine traumatique; mais à cetétat isolé il n'a jamais été observé, la péricardite s'étant produite avant l'examen clinique. Quant au pneumopéricarde vrai par sécrétion, je ne nierai pas, dit l’auteur, que son existence ait été démontrée après la mort, mais j'admets beaucoup moins qu'on l’ait quelquefois diagnostiqué pendant la vie.

Venant ensuite à l’hydropneumopéricarde, il ui reconnaît trois origines : 10 les gaz peuvent apparaïitre comme une formation actuelle par les membranes enflammées; 20 ils peuvent résulter de Ja décomposition du liquide épanché ; 3° ils peuvent avoir été introduits dans le péricarde, à la suite d'une perforation traumatique ou pathologique, venant d’un canal ou d’un viscère creux voisin.

Il connaît le cas de Bricheteau, cite les cas de Stokes, Graves, M'Dowel, un de Begbie, qui parut dans l’Ed. Med. Journal de 1862, un cas de Thompson, d'origine traumatique, et enfin une nécropsie qui lui appartient.

I donne comme symptômes : la modification de la matité cardiaque. l'augmentation fréquente de la distance à laquelle on peut entendre les bruits du cœur.

La littérature médicale anglaise semble depuis s'être peu étendue sur l'hydropneumopéricarde, et nous n'avons plus trouvé que quelques rares obser-. vations, publiées surtout en Amérique ( Knapp, Forseiht-Meigs, Conn.)

L'Allemagne est assez riche en monographies sur le pneumopéricarde ( Feine, Sorauer, Becker, Wyss,

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Timmer }; nous n'avons pu nous procurer qu'une de ces dissertations inaugurales, celle de Becker, et nous devons dire qu’il ne nous a été donné d'y trouver que peu de renseignements, D'un autre côté Îles journaux allemands ont publié un certain nombre de faits intéressants, d'observations bien prises et bien discutées ( Tuttel, Bodenheimer, Sœxinger, Eisenlohr, Gruttner, Fetzer, Léonpacher, Muller, Guttmann.)

La question a été étudiée d’une façon assez complète par Friedreich dans son livre.

Friedreich fait porter son analyse sur quatorze cas connus au moment de la publication de son ouvrage. I admet trois origines au pneumopéricarde : 1° par traumatisme ; 20 par perforation ulcérative du péricarde, à la suite de maladies des organes aérifères voisins ; 3° par développement de gaz dans un exsudat péricardique, devenu putride. 11 donne des symptômes à peu près complets : à la percussion, changement de sonorité et quelquefois pot fêlé ; à l'auscultation : bruit de moulin, retentissement métallique à timbre variable des bruits du cœur, frottements de la péricardite consécutive. Pour lui, le pronostic est mauvais, (dix morts 'sur quatorze cas); il admet cependant une bénignité relative pour le pneumopéricarde traumatique.

Il faut encore citer Fischer, et son mémoire des Blessures du cœur dans les archives de Chirurgie clinique (1867), où il cite, d’après Jamain, trois cas de pneumopéricarde (Richet, Dolbeau, Buist), mal observés d’ailleurs, au point de vue des symptômes.

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