‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (volume 2)Chapitre 12 sur 92 · V. J. Fergusson, loc. laud., fig · texte numérisé non relu

V. J. Fergusson, loc. laud., fig

2. Il existe encore au Népäl de ces piliers couronnés d'un Garuda. Les images modernes de ce dernier ont d'ailleurs la forme humaine et n'ont conservé de l'oiseau que les ailes et le nez en bec d'aigle. — Ces suparnas se voient déjà sur les vieilles sculptures de Bharhut (Cunningham, stüpa of Bharhut, pl. XHP), de” Sänchi (Fergusson, Tree and Serpent Worskhip, pl. XXIV-XXVIID et de Ma-

ne

LES ÉDIFICES SACRÉS si

sait d’ailleurs que ces piliers comptent parmi les plus anciens monuments de l'Inde et que. plusieurs des spécimens conservés portent gravés les édits du bon roi Açoka; ne seraitce pas justement quelqu'un de ceux-là que prétendent représenter nos mimatures? Pour en décider, 1l nous faut consuller leurs inscriptions.

$ 11. — La terminologie des inscriplions.

Les mentions de monuments sont au nombre de treize dans le Ms. Add. 1643 et de trois seulement dans le Ms. À. 15. Dix inscriptions annoncent un cailya, quatre un slûpa, une un wihära: une autre enfin se sert du terme de dharma-dhälu. Ce dernier est un nom générique pour désigner tout objet de culte’. Dans vihära, on est d'accord pour voir un synonyme de sañghäräma, monastère ou couvent. Il reste à préciser le sens des deux premiers termes.

Ce peut être en effet un sujet d’étonnement que les inseriptons appellent de façons différentes ce qui paraît être un même objet. Ainsi celle de I, 30 nous promet un cailya et celle de I, 63 (pl. E, 1) un stàpa; or sur l’une et l’autre miniature nous apercevons un tumulus (ou, selon le terme angloindien, un QCtope ») de forme d’ailleurs assez pareille et pareillement entouré d'une balustrade à une porte. C'est une

hàbodhi (Cunningham, Mahäbodhi, pl. VIIT, médaillon 5). D'autres suparnas de Mathurä ont été publiés par G. Bühler dans l’£pigraphia Indica (vol. W, n° xx1v, Specimens of Jaina sculptures from Mathurä, pl. I D). Pour des suparnas d'Ajantà, v. J. Burgess, Journal of Indian Art and Industry, vol. VIIL, n° 69 (janvier 1900), fig. 21. — On peut enfin comparer les représentations siamoises de kÆiënnaris (Fournereau, Le Siam ancien, pl. XL dans les Annales du Musée Guimet, t. XXVII, et À. Grünwedel, loc. laud. fig. 12).

1. Sur ce sens de Dharmadhätu, voyez Kern, Manual of Indian Buddhism, p. 88. Il sert ici à désigner un stüpa (min. IT, 35). D'après Bhagvänläl Indräji (loc. laud., p. 97) on donnerait le nom de Dharmadhätucaitya au stüpa situé au milieu de la cour des vihäras népälais.

preuve de plus que le mot cailya, à la différence de stûpa, n'a rien à voir avec la forme de l'édifice bouddhique auquel il plaît de l'appliquer. Celui-ci est avant tout un monument destiné à recouvrir des reliques ct par suite présente toujours l'aspect d’un tumulus. Celui-là, bien que de sens originellement analogue, marque seulement un emplacement consacré par quelque notable événement de la légende bouddhique: ce n'est autre chose qu'un monument commémoralif ou même simplement consacré, et, comme tel, il est susceptible de revêtir les formes architecturales les plus variées". C’est ainsi que les archéologues ont pu longtemps le prendre comme le nom spécial des temples bouddhiques, bien qu'en ce cas le terme complet soit plutôt celui de cailyàlaya, que les Jainas inscrivent encore aujourd'hur au fronton de leurs églises”. Dans nos inscriptions il sert à désigner tantôt un slüpa (min. I, 30, 47, 65, etc.), tantôt toute une fondation religieuse (min. I, 34) et tantôt enfin des temples souterrains (min. I, 66 et 71).

Si la teneur de l'inscripüion ne nous renseigne pas toujours très exactement sur le sujet des images, celles-e1 de leur côté nous montrent parfois plus et moins que ne l'annonce la légende. Sur la min. I, 75 (pl. VITE, 5) c'est à peine si nous apercevons, à gauche de la Mârici jaune, une sorte de stûpa minuscule, à terrasses rentrantes et à dôme sphérique, décoré au faite de larges banderoles, qui est le

1. Voyez les traductions chinoises des mots s{&pa et caitya dans Eitel, Handbook for the student of chinese Buddhism, et cf. Kern, Manual, Por

2. Voici par exemple une inscription relevée sur un temple jaina d’Ajmir :

Cri-Siddhakuta-caityélaya Jaina-digambara-ämnäya.

Nous avons retrouvé le même mot dans la bouche des pandits orthodoxes pour désigner tout temple, non seulement hérétique, mais encore hétérodoxe, comme

par exemple une mosquée.

cailya de l'inscription". Ce seul et même mot sert encore de titre à la min. I, 69: or elle nous montre non seulement un petit stüpa entouré d’une balustrade sans porte, mais encore une image d'Avalokiteçvara debout dans une espèce de cadre doré qui figure le porche d’un temple”. I ne faut pas davantage être dupe des inscriptions des min. [, 54 et 64 (pl. EL, 5 et 6): la première mentionne un cailya où sanctuaire en général, et la seconde un vihära ou plus spécialement un monastère: les deux images portent également un coin de couvent flanqué d'un stüpa et d’un lât. On voit donc qu'il est bon de contrôler l'inscription par la miniature et réciproquement.

$ ur. — Les monuments connus.

Mais ces précautions prises, on imagine aisément quel singulier intérêt prend aussitôt le simple rapprochement de l'une et de l’autre. Supposons les inscriptions absentes: de quel œil presque indifférent ne serait-on pas réduit à examiner les miniatures? Prenez par exemple l'unique représentation architecturale qne contienne le manuscrit bengali Add. 1688 (v. fig. 4). Assurément un archéologue diligent trouverait à glaner dans l'examen de cette esquisse. Il y reconnaîtrait un intéressant modèle de stüpa complet, traité dans le style Alamboyant des monuments de la basse-époque. Mais combien cette constatation resterait incolore et froide, perdue dans ce vague anonyme où se noient la plupart de nos documents indiens. Ë | Prenez au contraire la première représentation d'édifice sacré qui se rencontre dans le Ms. Add. 1645. C'est la

1. Nous avons relevé une représentation de stüpa d'un modèle analogue sur les peintures de la cave IX, à Ajantà.

2. En revanche la min. E, 60, qui n'annonce qu'un Avalokiteçvara, porte encore une image très soignée de stüpa.

min. Ï, 50, où nous voyons un stüpa entouré d'une balustrade à une porte, assez semblable à celui de la planche I, 1. Quelle vie l'inscription ne lui communique:t-elle pas aussitôt en nous la donnant comme l’image du « Saint Kanakastüpa, district de Peshavar, Inde du Nord »... S'agital, comme on serait tenté de le croire au prix d'une légère correchion, de la fameuse pagode de Kaniska, tour à tour vénérée par les pèlerins chinois à une petite distance au S.-E. de Peshavar et dont la renommée n'était pas éteinte au

MCE Re VND

Fic. 4. — Srura. (Cr. P. T\.

(Miniature du Ms. bengali Add. 1688, Cambridge, fol. AG v°).

xi* siècle puisqu'Albiruni la mentionne encore "? Devonsnous plutôt suivre le texte à la lettre et voir dans ce € Kanaka-stüpa » ou €stüpa doré », le sanctuaire Qtout éblouissant d'or » que Song Yun et Hiuen-tsang signalent dans ce même district immédiatement au nord de Fo-cha-fou ou Po-lou-cha (aujourd'hui Shàhbäz-Garhi) et dont le tumulus de Chanaka-dheri marque encore la place”? La diffi-

1. Nous avons cru retrouver les restes de la fondation religieuse de Kaniska dans les tumuli dits Shäh-ji-ki-dheri à un kilomètre au S.-E. de la cité indigène de Peshavar-Purusapura (Cf. Actes du onzième Congrès des Orientalistes. Paris, 1897, première section, p. 94).

2. Of. cbid., p. 95-96, et Beal, Buddhist Records, 1, p. cit et 119. — Remarquez que Chanaka-dhert est l'exact équivalent de Kanaka-stüpa. En effet,

+ th fie.

culté même de faire un choix définitif entre ces deux hypothèses ne fait qu'aiguiser encore davantage la curiosité de l'historien.

Le lecteur aura peut-être remarqué en passant, à cause de leur rareté même, nos deux images de vihâras (pl. EL 5 et 6). Un élément d'intérêt de plus nous est fourni par l'inscription de la min. I, 34. Elle localise en effet à Râdhya les trois monuments représentés, à savoir un vihâra à un étage, un stüpa très ornementé et un Jayastambha surmonté d'un Garuda. Or on a justement retrouvé à cette place, dans le district de Champaran, un de ces € lâts » qui portent des inscriphions d'Açoka. C'est le fameux @ pilier de Radhia » auquel le munshi de B. H. Hodgson et J. Prinsep avaient conservé son appellation traditionnelle et que le général Cunningham a cru devoir débaptiser au profit du village de Lauriya Ararà". Rien n'empêche de penser que ce soit justement celui que représente la miniature en question. Un détail aurait pu fare la preuve, à savoir le Garuda du faîte : malheureusement le pilier de Râdhya, moins heureux que son voisin de Lauriya Navandgar, a perdu son couronnement. Nous avons du moins dans l’appellation de Dharmarâjika un souvenir des 84 000 fondations pieuses que la légende bouddhique attribue, sous ce nom même au Dharmardja Açoka *.

dheri (pushtu: derai) signifie proprement un tumulus; d'autre part le mot Chanaka n'ayant aucun sens en pushtu semble bien devoir être une appellation traditionnelle. Pour la corruption de Xanaka en Chanaka comparez celle de « Kälapäni » (l'eau noire), nom de la rivière des Yüsufzais, en « Chälpani », etc.

1 CE. Senart, Les inscriptions de Piyadasi, t. Il, p. 2, et Cunningham, Corpus Inscript. Indic., &. 1, p. 4o et 4r : « Rahariya, dit-il (le Rurhea de la carte n° 102 de l’/ndian Atlas), qui est le Radhia de Mr Hodgson, est situé à deux milles et demi dans l'O.-N.-0. du pilier... »

2. Divyävadäna, éd. Cowell et Neil, p. 339 : « Acoko näma”.….. dharmaräjo … caturacitim Dharmardjikäsahasram pratisthäpayisyati » C£. p. 381

Les inscriptions des min. I, 66 et I, 71 nous transportent du Bihar dans le Konkan : mais là encore nous nous trouvons en pays de connaissance. Sur les deux images nous voyons pareillement s'ouvrir dans la roche le porche béant d'un temple et des cellules de moines. Les deux noms mêmes de Ahadqa-cailya et de Pratyekabuddha...-cailya sont peutètre synonymes : car le terme de € rhinocéros » est fréquemment appliqué à ces € Buddhas individuels » qui se cachent si jalousement dans la solitude '. En tous cas, les monuments semblables sont semblablement localisés à Krsnagiri, dans le Konkan. Or Xrsnagiri (la montagne noire) n’est autre que le nom sanskrit de Kanhagiri ou Kanhert, ce curieux groupe de grottes bouddhiques, situé dans le voisinage de Bombay et aujourd'hui si bien connu, grâce aux publications de MM. Burgess et Fergusson *. Nous apercevons en fait sur nos miniatures les célèbres &cave-temples » ou temples souterrains dont est criblée la « noire colline » : mais 1l va de soi qu'elles ne soutiennent pas là comparaison avec les photographies des archéologues européens.

Nous en dirons autant du Nepale Svayambhü-cailya, de la min. II, 37. Il ne saurait faire de doute pour personne que l'inscription ne désigne le présent sanctuaire de Svayambhünâth, sur la colline de ce nom, à un nulle de Katmandu. La légende de la min. Æ, 6 (Vepäle Svayambhü-Lokanäthah) nous apprend encore, ce que nous savons d'ailleurs, qu on y adorait une image d'Avalokiteçvara. Mais si les mentions des inscriptions sont d'une exactitude irréprochable, 11 faut

etc. — Sur le sens de dharmardjik&, v. Burnouf, Zatroduction, p. 330, note 1 et Stan. Julien, Mémoires, t. Il, p 417, note 2.

1. Il suffit de renvoyer à Kern, Manual, p. 61 et p. 62, note 1.

2. Le groupe de Kanheri ne comprend pas moins de 109 grottes, creusées dans une seule colline, à environ 30 kilomètres dans le nord de Bombay. V. Burgess et Fergusson, The Cave-lemples, p. 348-360, et Burgess, Archæolog. Surs. of Western India, vol. IV (Buddhist Cave-temples), p. 6o-70..

avouer que l'image banale de stüpa présentée par la min. IT, 37, n'a encore celle lois qu'un vague rapport avec les nombreuses reproductions que nous possédons, au moins sous sa forme actuelle, de l'édifice religieux le plus réputé du Népäl”.

$ 1v. — Les monuments à découvrir.

Ces exemples sont typiques du genre de renseignements que peuvent nous donner nos documents sur les monuments bouddhiques de l'Inde et que nous devons par suite leur demander. Le seul fat admissible, mais qu'en revanche il nous faut de toute nécessité admettre, c’est, à la localité désignée par l'inscription, l'existence ancienne d’un ou de plusieurs édifices analogues à celui ou à ceux qui sont figurés sur la miniature : rien de moins et rien de plus. Nous ne pouvons pas nous attendre à trouver un croquis exact el fait de main d'ouvrier de ces grottes ou de ces bâtisses : nous n'avons d'autre part aucune raison, alors même quelles ne nous seraient connues que par celle seule source, de contester historiquement leur réalité. Si nos notions sur larchitecture bouddhique ne se trouvent pas ainsi beaucoup accrues, il n'en est pas de même, comme on va le voir, de nos connaissances archéologiques. Nous sommes en état d'ajouter plus d'un nom à la liste, telle qu'on la pouvait dresser jusqu'ici, des Chuit grands caityas » et des autres sanctuaires dont les pèlerins chinois nous attestent la renommée ou dont on a, au cours de ce siècle, retrouvé les débris.

Ne serait-1l même pas permis d'attacher quelque foi à cerlains détuls caractéristiques ou exceptionnels ? Nous avons par exemple dans chacun des manuscrits une image du

1. V. Fergusson, History of Indian Architecture, fig. 1730: D. Wright, History of Nepäl, pl. VI, etc. Pour l'histoire légendaire du monument v. l’analyse du Svayambhü-puräna dans Hodgson, Essays, p. 115 et Rä]. Mitra, Sanskrit Buddhist Literature, p. 249. ,

€ stüpa de Varddhamäna dans le pays de Tulâksetra'. » Varddhamäna est aujourd'hui Bardvân (orth. angl. Burdwan) à 10 kilomètres au N.-0. de Calcutta. Or les miniatures nous montrent chaque fois deux stüpas accolés, d'un style d'ailleurs très décoratif, et dont le double dôme s'élève sur des terrasses communes. L'inscription de I, 13, ne nous permet pas provisoirement de douter qu'il y eût un stüpa bouddhique à Bardvän. Devant la concordance des deux images 1} nous paraît également difficile de nier à l'avance que ce monument ait dù revêur la physionomie très particulière de ces stüpas jumeaux. Mais 1l va de soi que la découverte et l'exploration de ses ruines, si elles subsistent, pourraient seules nous fixer sur ce point.

L'un des lieux saints mentionnés dans le pays d’Odda ou Odra (Orissa) porte de même le nom bizarre de € sanctuaire au parasol suspendu * ». Nous apercevons en effet au-dessus du stüpa un parasol qui semble planer dans l’air sans point d'appui apparent. Ier encore on peut se demander si aucun artfice n'essayait de donner dans la réalité l'illusion de ce phénomène miraculeux. Ce stüpa était1l d'autre part sans balustrade, ou est-ce au contraire un fragment de cette balustrade qui nous est représentée en élévation, et non en plan, sur le bord de la miniature? Et cette dérogation aux habitudes des artistes népâlais ne tiendrait-elle pas justement à

1. Cf. les min. I, 13 (v. pl. 1, 3) et IX, 15. La communauté des terrasses est encore plus clairement indiquée sur la seconde miniature (non reproduite).

2. Cf. la min. I, 47 (non reproduite) : au lieu d’Alagachattra-caityah nous pensons qu'il faut lire : alagna-chattra® (Cf. la min. I, 49). Hiuen-tsang raconte quelque chose d'analogue à propos d’un stüpa du Puspagiri-vihära qu'il localise justement en Orissa (trad. Stan. Julien, t. III, p. 89). M. Sylvain Lévi veut bien nous communiquer un passage beaucoup plus explicite du Si-iu-tchi (daté 666 ap. J.-C.; il s'agit d’un stüpa également situé « à l’est de Gràvasti, près de la mer », et où se produisait le même miracle : « Le dais de fleurs, s’éloignant de terre par son propre mouvement, s'élève petit à petit et va se placer juste au-dessus du stüpa... »

LES ÉDIFICES SACRÉS 20 la disposition spéciale des barres transversales !‘? C’est là une question qu'il peut être bon de se poser en vue de possibles

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(Ajanta, cave n° IX. Hauteur environ 4").

Notons encore, sur l'autorité de nos documents et dans

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