‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (volume 2)Chapitre 15 sur 92 · COUP D OEIL D 'ENSEMBLE · texte numérisé non relu

COUP D OEIL D 'ENSEMBLE

Si, laissant là les représentations de monuments, nous tournons à présent notre attention vers les personnages, la première remarque qui s'impose est le caractère foncièrement humain de presque toutes ces divinités. A la vérité, quelquesunes ont quatre. six, huit, dix, douze, seize ou même nulle bras : deux seulement ont trois faces, une seule a onze têtes '. Nous sommes loin, on le voit, des entassements de monstruosités qui remplissent les panthéons chinois et tibétains. Leur pieuse obscénité n'est pas moins étrangère à nos miniatures : une seule divinité mâle nous est représentée en compagnie, mais non dans les bras, de sa çakli*. C'est à un point qu'il importait de noter dès le début de notre étude.

1. Pour les divinités à plusieurs bras, v. pl. IV, V, VIITet IX. Les deux divinités à trois faces sont la Märici des min. I, 62 (v. pl. VIT, 6) et IX, 26, et l'Avalokiteçvara de la min. II, 36 (pl. V, 6). V. enfin l’Avalokiteçvara à onze têtes de la min. II, 31 (pl. V, 5).

2. Cf. la min II, 36 (v. pl. V, 6). Les représentations de Buddhas ou de Bodhisattvas, tenant enlacées leurs caktis ou énergies femelles, existent égale-

ment au Népäl (V. Bhagvänlàäl Indräji, loc. laud., pl. XXIX, n° 37 et 32).

$ 1. — (Généralités.

Ces figures présentent entre elles certains caractères communs. À deux ou trois exceptions près, les personnages principaux ont la têle ou même le corps environné d’une auréole (prabhämandala) : nimbe et halo sont généralement de forme oblongue et d'ailleurs peints de diverses couleurs". Aux côtés des grandes divinités se tiennent fréquemment des personnages secondaires, toujours de plus petite taille : mais d'ordinaire ces acolytes ou assistants (les archéologues anglais les appellent des « altendants ») ne sont pas nimbés. Tous ont enfin, à la vieille mode indienne, la paume des mains et la plante des pieds teintes en rouge et le lobe des oreilles démesurément allongé. Mais en face de ces quelques ressemblances, nous constatons une assez grande diversité dans les attitudes, les gestes et les attributs.

Les personnages se tiennent le plus souvent de face, assis ou debout sur un lotus, symbole de leur naissance divine : une sorte de petite plate-forme blanche ou jaune leur est ménagée à cet effet entre les pélales roses de la fleur, S'ils sont debout, ils affectent généralement ce jeu particulier des

Nous ne voyons d’ailleurs aucune impossibilité à ce que les prototypes en soient indiens. L'origine de ces étranges images de piété s'explique suffisamment par le rôle que les {antras attribuent au rite du maithuna. CF. L. de la Vallée -Poussin, Une pratique des tantras (dans les Actes du 11° congrès international des Orientalistes, Paris, 1897) et Bouddhisme, Etudes et Matériaux, p. 130 et sqq.

1. Pour les exceptions, v. pl. VII, set 6. — Les nimbes et les halos dans le Ms. Add. 1643, sont en général arrondis (v. pl. HE, 5 et pl. VITE, 3 et 5) ou en tout cas moins elliptiques que dans le Ms. A. 15 (v. pl. IV, ret3) ou le Ws. Add. 1688 (x. pl. IX, 5). Ce serait encore là, à notre avis, un signe d’archaïsme à ajouter à ceux que nous avons signalés plus haut, p. 39, note 1. Remarquez par ex. les nimbes parfaitement circulaires et non ovales, des plus anciennes slatues reproduites ici, comme celle de la fig. 7 (Mathurà, datée Samv. 281) et

de la fig. 10 (Särnäth, cf. fig. 29).

LES DIVINITÉS 67 lignes, si familier à la sculpture indienne, où l'une des jambes, en se ployant légèrement, fait sallir l'ondulation de la hanche opposée’. Quelques-uns, d'aspect terrible, sont fendus vers la droite dans l'attitude du tireur à l'arc”. S'ils sont assis, 1l leur arrive souvent d'adjoindre ou de substituer au lotus, en guise de siège, soit un trône garni de coussins, soit une monture parlicubière, éléphant ou lion”. Quand ils s’accroupissent à la façon indienne, tantôt ils ont les deux jambes repliées €en tailleur », la plante des pieds retournée en dessus, le pied droit en avant : c’est la pose classique des Buddhas *: tantôt ils adoptent une attitude plus aisée et plus profane, ne rephant que la jambe gauche et allongeant légèrement ou même laissant pendre la droite : c'est la pose favorite des Bodhisattvas *. Mais ils sont assez souvent représentés assis à l'européenne, les jambes croisées ou pendantes”. Toujours,

1. V. par exemple les Avalokitecvaras debout de la pl. IV (Cf. fig. 13, 14, 92, 28). On a quelquefois voulu voir dans ce procédé un souvenir de l’école de Praxitèle.

2. V. pl. VIIT, 6 et IX, 6 (Cf. fig. 27). C'est la pose de l’'&ligha (Cf. par exemple l'Aryatärd-Sragdharästotra, 30, dans G. de Blonay, Watériaux pour servir à l'histoire de la déesse buddhique Tär&, p. 39 ou le Pañcakrama, éd. de la Vallée-Poussin, !, vers 8 et passim).

3. V. pour ces véhanas spéciaux, pl. VI, 2 et 3 (CF. fig. 15 et 16).

4 NV. pLIT, 1; pl. HE, 5, 5, 6 ; pl. X, 1, 2 (Cf. fig. 11 et 29). Aussi trouvet-on indifféremment pour cetle posture ou dsana, les noms de padmäsana vajräsana, simhäsana, selon que le Buddha est considéré comme assis sur le trône du lotus, du diamant ou du lion. — Pour des Bodhisattvas ainsi assis, v. D BON AMG RENTREE 4 pe 57 4 5 (CES ro 3%) 25):

DNEsunoutpl. Nate Mer per VE ret 5; pl VIE, 5°et4; pl VIE, 5; pl IX, ret 2 (Cf. fig. 17, 18, 20, 21, 23, 26). — Cette attitude est dite mahdräja-lilä « du délassement royal » ou encore lalita qui a le même sens d’aisance élégante et de « laisser-aller nonchalant » (Cf. S. Lévi, Théätre indien, p. 82). — D’après un renseignement que nous devons à l’obligeance de M. C. Bendall, les textes l'interdisent formellement aux moines :- Pralambapädam nästla (Ciksäsamuccaya, éd. Bendall, p. 125). — Selon M. L. Waddell (Zamaism, p. 336), les làmas l’appelleraient « la pose de l'enchanteur », entendez de Mañjuçri : mais elle ne lui est sûrement pas particulière.

CV Cr 2, Xi BEN Het Gp X, 142 (GPS fige OÙ 16748: 29) La

quand les pieds pendent, un petit lotus vient leur servir de tabouret. Quelques figures secondaires sont bizarrement contournées, les plantes des pieds réunies ou le genou relevé sous le menton. Enfin, trois personnages sont représentés couchés sur des hts'. Ces meubles sont curieux à étudier pour l’antiquaire. Nous en dirons autant des dossiers de certains trônes, formés d'animaux mythiques superposés, et fort analogues, dans leur décoration compliquée, aux modèles de pierre conservés jusqu'à nos jours?.

Les attitudes des mains ne sont pas moins variées que celles du corps. Même à l'échelle de nos miniatures, 1l nous est possible de reconnaître les principales de ces mudrâs. L'une des plus connues est celle qui réunit les deux mains devant la poitrine, l'un des doigts de la gauche tenu entre le pouce et l’index de la droite : c'est le geste de l’enseignement, celui qui « fait tourner la roue de la loi » (dharmacakra-mudrä)*. D'autres fois, la main droite seule est ainsi placée, le pouce et l'index réunis : c’est alors le geste de l’arœumentation (vilarka-mudrà)". Ce geste se distingue à son

= tour de l’abhayapäni, la mudrä qui rassure, en ce que celle-c1

pose avec les deux jambes pendantes serait, au gré des lämas (contredits en cela par nos documents), celle de Maïtreya (Cf. L. Waddell, cbid., et Carat Candra Dâs, Proceedings of the A$. Soc. of Beng., 1895, p. 4o). Celui-ci ajoute imprudemment que cette façon de s'asseoir « est évidemment étrangère à l'Inde ». On voit qu'il n'en était rien.

1. Min. I, 72, het 85. Le lit de la première (non-reproduite) est assez semblable à un lit de milieu moderne, sans pieds. Celui de la seconde (v. pl. VIIL, 1) a un dossier incliné et orné de moulures dorées et quatre pieds qui s'évasent. Le lit de Mirvdna au Buddha (pl. X, 6, cf. fig. 30) est l'ordinaire charpaï indien. Comparez les dessins de lits donnés par Räj. Mitra dans ses 4ntiquities of Orissa. |

9. NV. notamment pl. HI, 2 et pl. VIF, 5 (Cf. fig 10 et 19). Ce point est traité en grand détail par M, À. Grünwedel, Buddh. Kunst in Indien, p. 51 et sqq., et fig. 18 et 19.

SN DL AIT, 16 PIE en: 4 pLNTx,8,8 SpLNIT, 5 "et6% DAT Met h; pl. X,ret 2 (Cf. fig. 9, 10, 17, 29).

LE N pl Ur à pe ape ME (CE. fig. 15 ?).

montre la main droite levée, la paume en dehors et les doigts allongés et joints". Mais la mudrà la plus fréquente après celle de l’enseignement est, dans nos miniatures, celle de la charité, où la main droite pendante, la paume en dehors, au bout du bras allongé, semble épandre les faveurs divines (vara-mudrä)*. Notons encore le geste de la méditation (dhyäna-mudrä), les deux mains ouvertes reposant l’une sur l’autre dans le giron du personnage assis à l’indienne*. C’est dans cette posture que le Buddha méditait sous l'arbre sacré de la Bodhi quand il fut en butte aux tentations de Märà : à ce moment, dit la légende, il toucha la terre du bout de sa main droite en la prenant à témoin de sa résolution inébranlable : c'est la Bhümisparça-mudrä*. Enfin, quelques assistants sont en adoration (namahlkära), les mains jointes devant la poitrine, tandis que d’autres, une main ou les deux mains levées, la paume en dessus, font une sorte de salut ou d'añjal”.

Après les dsanas et les mudräs, 11 nous resterait à voir les attributs qui servent de marques distinctives (cihna ou laksana) à toutes ces divinités. Parmi ceux qui reviennent le plus souvent signalons d’abord les fleurs, comme le lotus rose (padma), le lotus bleu (utpala) et la fleur rouge de l’'açoka — puis le rosaire (aksamaälà) et le livre (pustaka ”).

1. V. des exemples typiques, avec mention des inscriptions, photos 8; 4, bI(Cfhe. Fetr8).et pl. X,,5.

NE AN na VS 00 PS pe VILS 1; 284 po VITESS ete. RS 0e RTS, 14) 22,.29 )

DAVIS pl IT GPplVI 3 (Cf fig: 24).

NSP TT 6 CS fig rt ét'29):

5. V. pl. IV, 4 et 5 (Cf. fig. 12). — Notons encore que la Märici de la pl. VIII, 6, fait de sa première main gauche, dont l'index est levé, « le geste qui montre au doigt ». C’est le « pointing finger » de M. L. Waddell (Zamaism, p-. 337), en sanskrit tarjani-mudrd. Ge geste est fréquent sur les images du Ms. Add. 1688.

6. V. des exemples de lotus rose à la main gauche des Avalokiteçvaras des pl.

IV et V (Cf. fig. 12), — de lotus bleu à celle des Mañjucri de la pl. VE, 8 et 4

Viennent ensuile, par ordre de fréquence, deux attributs d'un usage fort ancien, le foudre ou vajra et le flacon d'amrla où d'ambroisie, symboles de divinité". Enfin quelques devalàs d'un ordre inférieur, à l'air terrible, aux bras multiples, portent nombre d’attributs meurtriers, épée (khadga), massue (musala), bâton (danda), are (càpa), Wident (triçüla), disque (cakra), croc à éléphant (añkuça), hache (paraçu), laçet (päça), etc. ?.

Su. — Classificalion des personnages.

Mais il est temps de faire plus ample connaissance avec les diverses sortes de personnages représentés. La première distinction qui s'impose est tout naturellement celle des Buddhas et des Bodhisattvas.

Un Buddha, toujours de forme strictement humaine, a par définition un aspect tout monacal*. Il est vêtu d'un manteau rougeûtre bordé d'un liséré bleu ou blane. Ge manteau monte le plus souvent jusqu'au cou : quelquefois cependant il laisse l’épaule droite à découvert, selon la coutume indienne dans les occasions de grande cérémonie. Au-dessous

(CF. fig. 17), de Vajrapami (pl VI, 5 et pl. If, 3, à la gauche de Dipañkara) et des Täräs de la pl. VIL (Cf. fig. 23), — d'açoka à celle de Märici (pl. VIE, 5), — de rosaire et de livre aux mains supérieures de la Prajñäparamità de la pl. LS |

1. Pour un spécimen de foudre, v. le Vajrasattva de la pl. VE, 6 (qui a aussi la ghanté ou clochette) et les Vajrapanis déjà cités (Cf. fig. 1 et 19). Quant au vase d'ambroisie il a tantôt une forme arrondie à l'indienne (par ex. dans la main inférieure gauche de la Bhrkuti-Tärà de la min. E, 25) et tantôt il prend une forme ovale et exiguë à la façon de l’école du Gandhära (par ex. dans la mème main de la mème assistante sur la min. Æ, 27, v. pl. IV, 5).

2. V. pl. VIE, 2, 4, 6 et pl. IX, 6 (Cf. fig. 25 et 27). Pour les noms sanskrits de tous ces attributs, v. par exemple le Pañcakrama, éd. de La Vallée- Poussin, I, v. 54 et sqq. Citons encore le joyau (ratna), la pierre philosophale (cintämanr), etc. F4

BV pl MEL, MIRE ANGERS 6 2 0ar0 1 2842000)

se porte une sorte de robe ou de tunique brunâtre qu'on aperçoit à parlir des genoux et qui tombe jusqu'aux pieds”. Tout Buddha a la protubérance du crâne (usnisa) fortement marquée sur sa tête rase et quand le signe entre Îles sourcils (ürnd) n'est pas indiqué, c’est un simple oubli de l'enlumineur. Tout Buddha enfin est couleur d’or. Un seul est blanc et n'a pas d'usnisa: mais l'inscription nous apprendra qu'en réalité nous ne sommes pas en présence d’un véritable Buddha?:

Les Bodhisativas, marqués seulement de l’ürnd, ne sont pas moins aisément reconnaissables à leur costume stéréotypé ”. Sur les épaules et les bras est jeté l’ullariya, sorte de châle ou plutôt d'écharpe légère et flottante. Le bas du corps est enveloppé dans le paridhäna qui est la moderne dholt. C'est un simple jupon ouvert: on en fait un pagne assez ample en ramenant entre les jambes le pan de derrière que l'on passe ensuite dans la ceinture et dont on laisse les plis retomber par devant. L'étolle, ornée de rayures ou semée de broderies, est le plus souvent transparente : aussi le personnage porte-t-1l d'ordinaire autour des reins un court caleçon (hind. langoli) indiqué par des touches de couleurs différentes et plus foncées sous la transparence du grand pagne. En somme les Bodhisattvas portent le costume traditionnel de l'Inde laïque, fait de deux pièces de mousseline, l’une pour le torse et l’autre pour les membres inférieurs *. Tout le corps est de

1. Le premier vêtement serait l'uttardsañga et le second l'antaraväsaka. (CE. Kern, Manual, p. 79).

2. Min. I, 31 (v. pl. LE, 6): c'est un « Avalokiteçvara sous forme de Buddha ». Au Tibet également tous les Manusya-Buddhas « ont le teint doré ou jaune ». (E. von Schlagintweit, loc. laud., trad. de Milloué, p. 134). — Bien entendu nous ne nous occupons ici que des caractères extérieurs de nos personnages. Sur leur nature intime, v. Kern, &bid., p. 60 et sqq.

2 N.HplIV, M, VI-(GF. fig. 12 à ‘r9):

h. Comparez par exemple, dans les textes, les deux vêtements (vésasi) que revêt au sortir du bain le héros de la Xddambart. Tel est aussi le costume des

plus couvert de ces riches parures dont les images du Buddha sont restées dépouillées : de lourds colliers pendent au cou, d'énormes boucles distendent le lobe des oreilles et des anneaux sont passés aux bras, aux poignets, aux doigts et aux chevilles.

Ce costume, à force d'être sommaire, el ces parures, en raison de leur luxe même, se retrouvent tout à fait semblables chez les deux sexes et la précédente description s'applique également aux nombreuses divinités féminines que présentent nos miniatures : aussi bien reçoivent-elles parfois le nom de Bodhisattvas ‘. Il en résulte qu'il est fort difficile de distinguer les unes des autres à la seule inspection de leur accoutrement. On peut remarquer cependant que les Bodhisattvas masculins sont seuls à porter le cordon brahmanique qui, descendant de leur épaule gauche, va passer sous le bras droit. Ils ont encore une haute coiffure de forme conique, et les cheveux, peu ou point visibles, sont le plus souvent recouverts d’un diadème (mukula). Les divinités féminines sont moins habituellement diadémées ; d'ordinaire elles ont leurs cheveux noirs très apparents, soit massés sur le cou en un gros chignon bas, soit bouffant sur le front de chaque côté d’une aigrette. Mais que le personnage se rapetisse, toutes ces légères différences s’elfacent et l'on est plus d’une fois en peine pour déterminer le sexe réel des assistants ?.

Bodhisativas dans l'art gréco-bouddhique. V. encore ce que dit M. L. Waddell, d'après ses sources tibétaines (Lamaism, p. 333), du costume des Bodhisattvas du Tibet: « Le costume est indien de style, avec un châle de soie pour les membres inférieurs et un autre pour les supérieurs... » Il compte treize sortes de bijoux. Cette description s'applique à tous les Bodhisattvas, tant mäles que femelles.

1 V. pl VIIT et IX (Cf. fig. 22-26). — Hiuen-tsang par exemple dit toujours : « Tärä-Bodhisattva ». (V. les passages cités par M. G. de Blonay, La déesse buddhique Tära, p. 3).

2, Pour se mettre en garde contre les confusions possibles, comparez la Tarà

Aux Buddhas se rattachent, par l'aspect général de leur costume, les figures de moines répandues çà et là dans nos miniatures. Îls ont tantôt la même robe rouge et la même couleur dorée du visage, mais naturellement sans l’usnisa ni l’ürnd, ces signes de la Bodhi: tantôt ils portent une robe jaune et leur teint est vert. Était-ce simplement un procédé pour mieux les distinguer des Buddhas ? Il est bien difficile de ne pas faire une différence entre les moines jaunes à robe rouge et les moines verts plus ordinairement vêtus de jaune : mas laquelle ? Gonsistait-elle dans la race et s'agit:l de moines indiens ou non ? L'hypothèse est peu vraisemblable : du moins les inscriptions n'établissent-elles entre eux aucune espèce de division géographique. S'agit-il au contraire d’une différence de secte et voulait-on opposer de façon tranchée les sectateurs du Mahäyäna à ceux du Hinayâna par exemple ? Nous inclinerions volontiers à le croire, mais nos manuscrits ne nous donnent aucune indication décisive à ce sujet”.

On pourrait de même rapprocher des Bodhisativas un certain nombre de personnages d'aspect et de costume fort

de la min. I, 14 (v. des représentations analogues pl. VIT, 3 et 4) et le Vajrapäni de la min. I, 22 (pl. VI, 5) : ils ont mème pose, mème couleur, même attribut et même costume. — Comparez encore les renseignements donnés par M. L. Waddell (Zamaism, p. 334) : « Les cheveux des dieux sont arrangés en forme de cône élevé... ceux des déesses sont arrangés en tresses qui retombent sur le bas du cou... »

1. V. pl. I, 6 et pl. X, 2 (moines jaunes) et pl. I, 2, 4, 5 et pl. X, 5 (moines verts). Sur la pl. IE, 6, les moines jaunes à robe rouge et verts à robe jaune sont mêlés. M. Kern remarque à propos du késéya : « Dans le sud la couleur usuelle est jaune ; dans l'Inde, au moins au moyen âge, elle était rougeàtre. » (Manual, p. 79). Au Tibet la distinction entre les moines à robe jaune et ceux à robe rouge est bien connue : mais si cette distinction ne remonte pas plus haut que la réforme de Tson-k'a-pa (xive siècle), elle serait bien postérieure à nos miniatures (V. sur la fondation de la secte Ge-lug-pa — justement celle à robe jaune — par Tson-k'a-pa, E. von Schlagintweit, loc. laud., p. 4 et 47 de la traduction française et L. Waddell, Zamaism, p. 38 et 54, cf. p. 200). Il se peut que Tson-k'a-pa ait remis en honneur, comme signe extérieur de sa réforme, un usage déjà ancien.

7h ICONOGRAPHIE BOUDDHIQUE

analogues. Prenez par exemple ceux qui sont représentés sur la miniature £, 13 (v. pl. 1, 5) : n'était l'absence de l'ürn et du diadème, on les prendrait pour des Bodhisattvas : il reste que ce soient des upäsakas ou fidèles laïques. De même ce sont plus particulièrement des devas qui doivent servir au Buddha d’auditoire au moins dans le ciel des « Trente-trois dieux ‘». C’est Brahmà et Indra qui l’'accompagnent à sa descente de ce même ciel ou qui le reçoivent dans leurs bras lors de sa miraculeuse naissance”. Mais 1l ne semble pas que les enlumineurs aient fait entre Bodhisattvas et Dévas aucune différence et, à vrai dire, il n’en existait pas à leurs yeux. Les artistes indiens n’ont jamais connu d'autre manière de figurer la plupart de leurs dieux, soit brahmaniques, soit bouddhiques, que de prendre pour modèles leurs rois.

Il nous resterait encore à signaler quelques personnages corpulents et de sexe ambigu, d’un caractère terrible et démoniaque, ordinairement vêtus d’une peau de tigre et environnés de flammes, souvent ayant trois faces à trois yeux et une énorme chevelure hérissée, parfois coiffés d’une tête hennissante de cheval. On reconnait à ce tableau les divinités qu'on à pris l'habitude d'appeler € tantriques » et que nous décrivent en effet les lantras *. Notons aussi des images

1. Cf, les min. I, 12 (non reproduite) et IX, 14 (v. pl. HE, 2), sans parler des autres scènes de prédication, par exemple I, 15 (v. pl. HE, 1) et IT, 1 (non reproduite).

2. Cf. les min. I, 78 et 79 (non reproduites) et Ms. Add. 146%, fol. 127 (v. pLX 6), etc. Chtir 0e

PA ANT 2) PET ARR (assistant), pl. VIIL, 6 et pl. IX, 6 (celle-ci du Ws. Add. 1688 de la Pañcaraksa, où cette sorte de divinités est très fréquemment représentée); cf. fig. 12, 14, 20 (assistants) et fig. 27. On trouvera leur description toute faite par exemple dans le Pañcakrama (éd. de la Vallée-Poussin), T, avec leur forme furieuse (krodhäkrti), leur visage terrible (karäläsya), leur corpulence (brhatkuksi), leurs trois faces (trimukha), leurs trois yeux (4ryaksa ou frilocana), leur masse de cheveux (ja{ämukuta ou jafdjuta), ete. Comparez la description tibétaine de ces mêmes divinités dans M. L. Waddell, Zamaism,

de spectre (preta), aisément reconnaissable au ventre boursouflé et à la bouche pointue et fine comme un trou d'aiguille que lui attribue la légende’. Lorsqu'enfin nous aurons rappelé pour mémoire des représentations d’éléphants, de lions, de tigres, de monstres marins, de singes, de chevaux, de mangoustes, d'oiseaux, elc., nous aurons à peu près épuisé l'inventaire des êtres animés qui peuplent nos nuniatures *.

Les quelques pages qui précèdent contiennent à peu près tout ce qu'aurait pu nous apprendre l'étude de ces images si elles n’élaient point accompagnées d'inscriptions. Nous y aurions reconnu d'une manière suffisamment assurée, les types divers des divinités du Bouddhisme : mais nous aurions dü en rester là. C'eût été du moins une entreprise difficile et hasardeuse. que celle d'identifier une à une ces diverses représentalions à l’aide de l'imagerie tibétaine. Enfin, à supposer même que NOUS V eussions réussi, 1l nous eût été dans tous les cas impossible de les assigner à tel ou tel sanctuaire en particulier. C'est ici que viennent à notre secours les cent sept inscriplions qui accompagnent un nombre égal de nos miniatures. Grâce à elles, les difficultés, autrement insurmontables, auxquelles nous nous serions heurtés,sont aplanies comme par enchantement. Il va nous suffire de les lire pour que chaque idole prenne immédiatement son nom et plus d'une se trouvera aussitôt localisée que nommée.

1. V. pl. IV, 4et fig. 12 (assistant de droite). Cf. le Pretävadana, dans Räj. Mitra, Sansk. buddh. Lit. of Nepäl, p. 200, où le preta est décrit avec « un ventre gros comme une montagne et une bouche conique allongée en pointe ». — Cf. encore L. Waddell, Zamaism, p. 96.

AD da EU ON AE AL 6 5] OU I RS CT ES DE NS 9 OA JS en D LE pl. X, 4 et 5, etc.

IT LES BUDDHAS

C'est par les Buddhas que nous commencerons tout naturellement l'étude du panthéon bouddhique : car au point d'idolâtrie où était tombée la secte, le titre de divinité peut s'appliquer même aux Buddhas. Si l’on en croit les textes, Gâkyamuni fui-même n'aurait toujours nié qu'il fût un dieu que parce qu'il était bien davantage‘. Il n’en faudrait pas conclure toutefois que les Buddhas soient les personnages les plus fréquemment figurés dans nos miniatures : nous en comptons en toutune vingtaine de représentations*. Ils avaient été, semble-t-1l, détrônés dans la piété des fidèles par les Bodhisattvas, moins sourds aux plantes et aux prières humaines, que les autres, du fond de leur nirvâna, n'entendent plus. Parmi tous les Buddhas passés eux-mêmes (et on sait combien leur nombre s'était mulliplié), nos inscriptions n'en nomment que deux, celui de notre âge et Dipañkara : nous en examinerons tour à tour les images *.

1. V. Kern, Manual, p. 64, et note 7, où il rappelle le titre de devätideva donné au Buddha. Rapprochez encore l’épithète de lofottara, « supérieur au monde » (Mahävastu, éd. E. Senart, t. 1, p. 168 et introduction, p. xxxvin).

2. V. pl. I et II, Nous reviendrons sur l’analogie de ces miniatures avec les peintures d'Ajantà, dont un spécimen (d’après une photographie directe) est donné pl. IE, 1.

3. Signalons toutefois, comme personnage accessoire et non nommé de la min. I, 39 (non reproduite) un Buddha en qui sa place au-dessus de la tète d’Avalo-

LES. BUDDHAS

$ 1. — Le Buddha Dipankara.

Dipañkara était, selon les bouddhistes du Sud, le vingtquatrième prédécesseur de Câkyamuni — le cinquantedeuxième, selon les bouddhistes du Nord. Une légende très répandue contait comment, au cours d'une existence anténieure, le futur Buddha avait offert des fleurs à Dipañkara et lui avait fait un tapis de ses cheveux, et comment il avait en échange reçu de lui la prédiction de ses hautes destinées”. L'épisode de cette rencontre était même devenu l'un des thèmes favoris de l’art bouddhique *. Dipañkara dut:l à ces représentations, qui parlaient aux yeux, de rester intimement associé, dans l'imagination populaire, à la mémoire du dernier Buddha? En tout cas son culte est encore très répandu de nos jours aussi bien au Népâl qu'au Tibet ou en Chine *.

Par une coïncidence peut-être digne de remarque, nos

kiteçvara et la pose de ses mains en dhyäna-mudré&, permettent de reconnaître à coup sûr une image d'Amitäbha (Cf.-fig. 12). — Comparez encore, Bhagv. Indräji, loc. laud., pl. XXIV, fig. 9 : E. von Schlagintweit, loc. laud., pl. IT ; L. Waddell, Lamaism, p.336 ; D. Wright, Hist. of Nepäl, pl. VI, etc.

1. L'histoire est contée par exemple dans le Mahdvastu, éd. E. Senart, t. I, p. 238 à 239 et la Bodhisattvdvadäna-Kalpalatä, LXXXIX (V. Räj. Mitra, Sanskrit büuddhist Literature, p. 72), etc. Of. la version de Fa-hien (trad. Legge, p. 38 et trad. Beal, t. I, p. xxxv) et de Hiuen-tsang (trad. Stan. Julien, t. IT, p. 97 et 98 et trad. Beal, t. [, p. 92 et 93).

2. Le motif fut sans doute créé de bonne heure par l’école du Gandhära : nous en avons complé huit répliques dans le seul musée de Lahore (Cf. J. Burgess, Journal of Indian Art and Industry, vol. VITE, no 62, 1898. pl. vr et xr). — Pour le même sujet, traité dans les cryptes de l'Inde occidentale, voyez J. Burgess, Buddhist Cave-temples, fig. 23 (provenant de la Cave XXXV, à Kanheri).

3. Sur cette popularité du culte de Dipañkara, v. Edkins, Chinese Buddhism, p.12et 210 ; L. Waddell, Lamäism, p. 345et 511; Bhagv. Indräji, loc. laud., p- 99, etc. Il y aurait même une tendance à le rapprocher de Câkyamuni et à en faire le premier des sept ou des neuf (Hodgson, £ssays, p. 95) Buddhas terrestres,

1 ICONOGRAPHIE BOUDDHIQU

quatre inscriptions s'accordent à le donner comme adoré dans

Fi. 9. — Bunpna (Cr. PL. IT).

(Provenant de Mathurà. Musée de Lakhnau. Hauteur 1,30).

des îles: deux disent à Ceylan (I, 3 et IT, 10) et deux à

LES BUDDHAS 79

Java (I, r et II, 12). Il est permus de se demander s'il n°y aurait pas à ces préférences insulaires une raison étymologique. On pouvait en effet retrouver dans la première partie du nom de Dipañkara, soit la forme prâkrite dipa pour dyipa (île), soit le sanskrit dipa (lampe), C'est ainsi que la Bodhisallvävadäna-Kalpalalà l'appelle toujours Dvipañkara. De même le Mahdvastu le fait naître dans une île apparue tout exprès avant de faire éclater la lampe merveilleuse à laquelle il devrait son nom *. On comprendrait dès lors la faveur dont il aurait joui dans les Qîles du Sud », aussi bien que l'association d'idées qui le ferait encore présider dans la Haute- Asie à certaines fêtes célébrées par des 1lluminations.

La pose des deux images, {ant singhalaise que javanaise, du Ms. Add. 1645 est d'ailleurs identique. La main droite fait le geste qui rassure (abhaya-mudrä) et la main gauche relient contre l'épaule un coin du manteau monastique. Les assistants seuls sont différents. À Java. Dipañkara a Avalokiteçvara à sa gauche et Manjuçri à sa droite (+. pl. IE, 2) : à Ceylan, c'est au contraire Avalokileçvara qui occupe sa droite et Vajrapänt sa gauche. Dans le Ms. A. 15, le le Dipañkara de Ceylan n'a d'autre assistant que Vajrapän (v. pl. I, 5) : ce n’est plus également au-dessous de l'épaule, mais bien de la hanche, que sa main gauche rassemble les plis du manteau dont les limas comparent l'extrémité, de façon assez pittoresque, à une oreille d'animal : enfin il a comme son pendant de Java, l'épaule droite découverte. Celui-cr, à son tour, par une dérogation unique, fait de la main droite, non le geste de l'absence de crainte, mais celui de la charité (vara-mudrà) : quant à ses deux assistants, 1ls sont sans caractère ?.

1. V. éd. Senart, t. 1, p. 217: «... dvipo prädurbhüto... », et p. 227: «.… dipo pradürbhüto …, tasmät kumäro Dipañkaro näma bhavatu ». 2. Of. la min. IT, 12 (non reproduite). À voir la pose du Buddha entre ses deux assistants, tous deux blancs et porteurs d'un chasse-mouche (celui de droite

De ces images insulaires, on ne peut s'empêcher de rapprocher celles d’un Buddha représenté debout au milieu du

« grand océan ‘

». Les inscriptions ne le désignent que sous le vocable d’Abhayapäni, mot à mot «celui qui a à la main l'absence de crainte », et en effet il lève sa droite dans le seste qui dissipe la terreur. S'agit-il encore d’une des manifestations de Dipañkara et celui-c1 avaital pris le caractère d'une divinité protectrice des gens de mer? C’est ce que donne à penser non seulement l'identité des images, mais encore le fat que l'inscription de la min. IT, 10, accolait déjà au nom de Dipañkara la mention d'Abhayahasta, synonyme d'Abhayapäni. On sait combien il y avait de bouddhistes parmi ces marchands qui faisaient le commerce tant avec les ports d’occident qu'avec la Chine et les îles du Sud. De nombreux récits, dont plusieurs étroitement mêlés à la légende de Dipañkara, nous content comment un hommage rendu à propos au Buddha peut sauver cargaison et équipage‘. Dans tous les cas il est clair qu'il s agit, non pas de l'océan métaphorique des existences, mais bien de locéan matériel. Nous en avons sous les yeux la représentation classique, tel que les textes nous le décrivent *. Le Buddha,

a un troisième œil au front, comme Indra), on croirait volontiers que l'enlumineur s'est mépris et a traité le sujet de la min. I, 79, dont nous aurons à nous occuper plus bas à propos des scènes légendaires. Remarquons toutefois que le Dipañkara de Kanheri précédemment cité a aussi la main droite en vara-mudrdà. Mais le geste de l’'abhayapaänt est de beaucoup le plus ordinaire, et cela dès les basreliefs du Gandhära. On le retrouve dans le Dipañkara népälo-tibétain reproduit par Bhagv. Indràji, loc. laud., pl. XXII, 3 : seulement le geste de la main gauche est différent ; v. au contraire 1hid., pl. XXII, fig. 5, un Cäkyamuni parfaitement identique de pose à notre pl. IE, 2.

1. Cf. les min. I, 7 et ZI, 5 (v. pl. IT, 4 et 5). Elles sont respectivement identiques pour la pose aux min. I, 1 et II, 10 (v. pl. IT, 2 et 3).

2. V. par exemple les passages déjà cités de la Bodhisattvävadänakalpalatä (Räj. Mitra, p. 71) et du Mahävastu (éd. E. Senart, t. 1, p. 245).

3 V. par exemple le Saddharmapundarika, XXIV, 6 (trad. Burnouf, p. 265).

LES BUDDHAS Si

quel qu'il soit, marche miraculeusement sur les flots, mais ses assistants ont pris place dans des bateaux ornés à la proue d'une tête d'animal et munis, en guise de gouvernail, d’une large pagaie, comme ceux que nous montrent les fresques | d'Ajantà ". Tout autour nous apercevons la haute mer avec

Fic. 8. — Buppua (Cr. Pr. IT).

(Provenant de Särnäth. Musée de Calcutta. Hauteur 1,60).

ses vagues écumeuses, ses coquillages, ses tortues, ses chevaux marins, ses énormes poissons (mnalrara où limilimiñgila) capables d’avaler un navire, et enfin ses Räksasas qui se font

h. V. J. Burgess, Zauddha Rock-temples of Ajanté, pl. VIT et XIX ct P. 74.

un Jeu de retenir les vaisseaux par la quille. Si nous en croyons même les inscriptions, nous n’aurions pas, dans le personnage qui émerge sur nos deux miniatures à la droite du Buddha, un Râksasa vulgaire, mais bien le fameux Râhu., roi des Asuras. Que fait-il 1c1 dans l'Océan? Comme 1l est le démon des éclipses, est-1l aussi celui des naufrages, et le Buddha doit-il intervenir contre lui en faveur des matelots, comme il fit plus d’une fois en faveur du soleil et de la lune? Nous ne pouvons citer aucun texte à l'appui des supposilions que suggèrent ces miniatures. Du moins est-ce un fait déjà bien connu que la fréquente apparition de Râhu dans la légende bouddhique et nous apercevons encore son buste caractéristique sur plus d'un de nos bas-reliefs ?.

Là ne se bornent pas d’ailleurs les rapprochements que nous pouvons faire entre nos peintures et les images de pierre. Nombre de statues indiennes reproduisent exactement

1. V. le bas-relief de Bharhut ou un makara, avale bateau et équipage (Cunningham, The stüpa of Bharhut, pl. XX XIV, 2). Cf. dans Hiuen-tsang (trad. Stan. Julien, IT, p. 475) l'histoire où les marchands prennent le makara pour un ilot, et veulent y débarquer tout comme Sindbad le marin. Rapprochez encore l’histoire du géant endormi qui arrête le bateau dans l’histoire de Vidüsaka (Kathäsaritsägara, WT, 4, 303). D'après Eitel (Æandbook, etc ), Rähu serait expliqué en chinois comme ayant le sens de « stoppage » ; d'après E. von Schlagintweit, il serait chez les Tibétains le démon de la paralysie (loc. laud., Porto).

2. Sur la fig. 30 par exemple nous le voyons parmi les divinités qui s'empressent autour du lit de nirväna du Buddha. On l’aperçoit également au bas de la stèle de la fig. 27. On peut rapprocher les représentations de Rähu dans les groupes des Navagrahas ou « des neuf planètes ». Remarquons en passant qu'il est toujours représenté en buste, avec deux mains, et non comme une tête coupée. — Ici encore le Ms. Add. 1643, en nous montrant un Räâhu d’aspect terrible (v. pl. IE, 4), semble plus près de la tradition ancienne que le Ms. A. 15, dont le Rähu, beaucoup plus apaisé, semble converti d'avance (v. pl. IT, 5). — Pour la légende de Rähu chez les Bouddhistes. v. L. Feer, Ætudes Bouddhiques et C. R. Lanman, Rig. Veda v. 40 and its Buddhist parallel (Festgruss an Roth, Stuttgart, 1893). Cf. von Schlagintweit, loc. laud., p. 73 et sqq. où c'est Vajrapäni (et non Visnu) qui coupe en deux le corps du voleur d’ambroisie, elc,

LES BUDDHAS . .. 83

la pose de ces diverses idoles de Dipañkara. Nous en donnons deux spécimens, l’un nimbé et originaire de Mathurà (fig. 7), l’autre auréolé et provenant de Sàärnäth, près de Bénarès (fig. 8). Tous deux font de la main droite le geste de l’abhaya-mudraä et soulèvent de la gauche. un peu au- .dessous de la hanche, la «chute » savamment traitée de leur .robe de moine. D'autres ont au contraire la main droite en

Fic. 9. — Bunpuas (Cr. PL. IT et IT).

(Façade de la cave n° XIX à A jantà.)

vara-mudrd et retiennent sur l'épaule le pli de la robe: voyez par exemple les nombreux Buddhas, d'une exécution d’ailleurs si lourde, qui tapissent l'entrée de la grotte xix à Ajantà (fig. 9). Assurément nous ne prétendons pas soutenir, sur le seul indice d’une ressemblance de pose, que ce sont toutes là des statues de Dipañkara. Peut-être artistes et fidèles y voyaient-ils simplement des images du Buddha Çàkya-

muni, à qui de telles attitudes n'étaient pas non plus étrangères ". Mais nous tenions à donner, à l'aide d'exemples choisis dans les diverses parties de l'Inde, cette première preuve que les figures de nos miniatures correspondent bien à la réalité. Comparez en eflet les détails de ces représentations, tant peintes que sculptées: pose, geste, attributs ou costume, tout est pareil. Il n'est pas jusqu'à la curieuse indication des lignes du corps sous la transparence de l’étoffe — un des “traits caractéristiques de nos dessins — que nous ne trouvions laborieusement réalisée à travers la robe de pierre des statues.

1. V. par exemple les diverses poses du Buddha Câkyamuni dans les scènes de

sa vie (pl. X et fig. 29 et 30).

CÉSSBUD DAS el

1 Ajantd, Cave n° XI!

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