Ms. Add. 1645, n
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CRE he 271 00 UE
4 Ms. Add. 1643, n° 7
CTI
Su. — Le Buddha Cäkyamuni.
Les onze miniatures inscrites, qui nous restent à étudier, donnent cinq images différentes d'un autre Buddha en qui nous devons reconnaître celui de notre âge, ou, comme l'appellent volontiers les textes sanskrits, Câkyamuni. Toutes sont assises : et en effet il n'est personne devant qui le Buddha doive se lever. Apparemment il n'est représenté debout que lorsqu'il est supposé en marche. Une légende rapportée par Fa-hien et Hiuen-tsang parle bien d'une statue de Buddha qui se lève respectueusement, mais c'était devant | «€ Honorable du siècle » Iui-même: un tel portrait ne pouvait saluer que son original !,
Tout d'abord 1l nous faut mettre à part deux représentalions impossibles à localiser, au moins pour des cosmographes européens. Nous possédons de chacune deux répliques”. Les quatre inscriptions s'accordent à nommer le Buddha par son titre bien connu de Bhagavän, & le Bienheureux ». Les quatre miniatures (sauf toutefois IT, 1), le montrent de trois quarts et assis à l'européenne : trois lui assignent le geste de l’enseignement et une (IT, 14) celui de l'argumentation : toutes l'entourent d’un nombreux auditoire. Nous avons donc affaire à des scènes de prédication: la mention dharma-
1. Fa-hien localise la légende à Grävasti (v. trad. Legge, p. 56 et trad. Beal, t. [, p. xriv) et Hiuen-tsang à Kauçämbi (+. trad. Stan. Julien, t. IT, p. 284 et trad. Beal, t. I, p. 235).
2: 0CGfmlestmin. I, 12 et II, 14 (v. pl TTL, 2) et les min. E, 15 (v. pl. IE, 1) el, Tr.
decana ne lusse d’ailleurs là-dessus aucun doute : mais où le Buddha prèche-t:1l la loi et à qui ?
D'après deux des inscriptions, celles des miniatures I, 12 et IT, 14, nous nous trouvons dans le ciel des & Trayastrimças ». Ce séjour des « Trente-trois » est, comme on sait, le dixième des trente-deux ciels superposés du Bouddhisme. Étage le plus élevé du Kämadhätu (le monde inférieur soumis à l'empire du désir), 1l est situé sur le sommet du. Sumeru : et la miniature I, 12 indique en effet que ‘nous sommes sur une montagne. C'est dans ce ciel que le Buddha serait monté pour instruire sa mère qui, morte sept Jours
‘après sa naissance, aurait dû à ses mérites de renaître à la cour d'Indra : c'est de là que nous le verrons redescendre par une échelle merveilleuse. S'agit-11 justement ici de ce fameux incident de sa légende? Pour l’affirmer, nous devrions être en état de reconnaitre et de désigner clairement parmi les Dévas ou les Bodhisattvas qui lui servent d’auditeurs le personnage qui représente sa mère : or, nous en serions bien empêchés. Peut-être avons-nous simplement 1er une scène de ce que les sûtras mahàyänistes nous donnent comme la première période de prédication du Buddha. Ils imaginent en effet qu'aussitôt parvenu à la Bodhi, avant d’entreprendre sa mission sur la terre, il commença par éclairer les dieux et les Bodhisaltvas : ainsi le soleil commence par 1lluminer le faite des collines ‘. Tout d'abord on nous le décrit comme assis sous un arbre spécial de la Bodhi et entouré d'innombrables personnages mythologiques: puis la scène change el se transporte successivement dans les divers paradis des Dévas, à commencer par celui d'Indra qui est justement le €Trayastrimça » de nos deux scribes.
Il se peut donc que les deux précédentes miniatures repro-
1. Pour cette interprétation, nous nous en référons aux renseignements donné
par Edkins, Chinese Buddhism, p. 18 et sqq.
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duisent ce dernier épisode. Nous ne serions pas éloignés de penser que les deux autres‘ représentent celui qui le précède immédiatement : du moins rien ne manque-t-1l à la scène, pas même l'arbre. Remarquons toutefois que le Ms. À. 15 mêle des moines à l'auditoire qui, dans le Ms. Add. 1643, est uniquement composé de Bodhisativas”. Ce qui est sûr, c'est que l’image est celle du « Bienheureux à l'exposition des yänas ou véhicules ». On reconnait dans ce dernier terme l'une des expressions courantes du Bouddhisme, dont les deux grandes ramifications ont reçu le nom de € grand » et de « petit Véhicule », de Mahä-yâna et de Hina-yâna. Est-ce à dire que ce soit à ceux-ci que l’allusion s'applique? Pour notre part nous ne le croyons pas. Nous avons affaire à un texte et à une peinture mahäyänistes et l’on ne voit pas bien le Buddha exposant à son tour le petit véhicule à ces Bodhisattvas dont le culte constituait, aux yeux d’I-tsing, la principale caractéristique de l'autre secte. Il s'agirait done 1c1, moins des doctrines abstraites que des vivants modèles auxquels l'homme pouvait s'attacher pour atteindre le salut. On se rappelle que ces ydnas étaient plus volontiers au nombre de trois “: c'était d'abord le mode sublime des Bodhisattvas, ces sauveurs de profession de l'humanité souffrante, puis le procédé déjà moins recommandable des {Pratyeka-buddhas ». des Buddhas sans maîtres n1 disciples, et enfin le système
D. A savoir les min.il, 19 (v. pl. III, r).et I, x.
2. Il va de soi que sur ce point encore l'autorité traditionnelle du Hs. Add. 1643, avec son chiffre invariable et fatidique de cinq auditeurs mythologiques nous parait l'emporter sur celle du Ws. À. 1$, où les auditeurs sont mêlés et en nombre variable (de sept à neuf).
3. Cf. I-tsing, À Record of the buddhist Religion, trad. J. Takakusu, p. 14.
h. Sur les trois yénas, v. Kern, Manual, p. 61; Eitel, Handbook, sub verbo « triyäna », etc. Dans le Saddharmapundarika (ch. 111), le Buddha explique que les trois y&énas ne sont d'ailleurs que trois moyens différents d'atteindre un même but.
plus humble des Crâvakas ou auditeurs convertis. Tel nous semble être le sens de nos deux InSCTIp ions ; mais si elles nous
permettent de préciser le sujet de la scène, elles ne nous four-
Fie. 10. — Buooua (Cr. PL. II, 4).
(Provenant de Sérnäth. Bristish Museum. Hauteur 1,15).
nissent aucun moyen d'en déterminer l’occasion ni le lieu.
1. Notons que la min. I, 15 (v. pl. HT, 1) est divisée en deux compartiments. Dans celui de droite, nous avons un personnage en qui les miniatures et inscriptons E, 18 (v. pl. IX, 2) et IT, 20 nous permettront de reconnaitre Jambhala. Peut-être est-ce encore lui qui est aux écoutes derrière le dossier du trône du Buddha de Ja min. ZE, 14 (+. pl. HE, 2). Cf. plus bas, à la suite du chapitre sur les Bodhisattvas, ‘
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En revanche les sept autres miniatures nous présentent des images localisées et nullement mythiques. Deux d’entre elles, par exemple, reproduisent la même idole du pays de Pundavarddhana (sic), dans le N.-0. du Bengale : les deux inscriphions l’appellent : «& Le Seigneur Buddha des Troisrefuges » ou simplement les € Trois-refuges ”. » Ces trois çaranas ne sont pas une expression moins familière à la langue bouddhique que les trois ydnas de tout à l'heure. Ce sont naturellement le Buddha, le Dharma et le Sañngha — le maître, la doctrine et la communauté — ces trois termes de la fameuse triade bouddhique en qui les disciples déclaraient par trois fois mettre leur recours. Le nom de cette image n'a donc rien qui puisse nous surprendre : nous en dirons autant de son attitude, qu'on aurait tort de croire tout à fait exceptionnelle chez un Buddha. Celle surtout de miniature I, 8 est franchement assise à l’européenne, de face, sur un siège à pieds et à dossier garni de coussins (v. pl. TE, 4). Mais nous avons déjà fait observer que cet &àsana » n'est ni inconnu mi même rare dans l'Inde ancienne”. Nous venons d'en voir d’autres exemples dans nos miniatures (v. pl. HE, sr et2). On trôuvera sur les fig. 9, 10 et 29 plusieurs spécimens très bien conservés de statues précisément assises de la même façon.
Les deux miniatures suivantes nous montrent encore Île Buddha enseignant : mais cette fois il a les jambes croisées à l'indienne”*. Le trait caractéristique de cette image est qu'elle a pour Qassislants » des animaux. Ce sont des éléphants blancs à tête rouge. Sur l'une des représentations quatre de