‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (volume 2)Chapitre 18 sur 92 · LES BUDDHA · texte numérisé non relu

LES BUDDHA

Q1 Ou l'appelait l'image du Vajrâäsana, Ce €siège de diamant » était celui sur lequel le Buddha avait jadis pris place, au pied de l'arbre sacré de lillumination ; 1l passait pour Île

Fic. 11. — Bupona pu Vasrasana (Cr. Pr. HE, 5).

(Vue de l'autel intérieur du temple restauré de Mahäbodhi).

centre de l'univers et le seul endroit capable de supporter le poids d’un Buddha et de sa pensée”. Quant à la statue,

1. V. Ksemendra, Dacävatära-carita, IX, st. ho : « Tatah sa niskampam avapya decäm Vajräsanäkhyam... ». Cf. Hiuen-tsang, trad. Stan. Julien, t. L.

Hiuen-tsang nous la décrit tout au long. Elle était assise à l'indienne, les jambes croisées et le pied droit en dessus, dans une attitude imposante, la main gauche reposant dans son giron (dhyäna-mudrä) et la main droite pendante, la paume en dedans, et les doigts allongés vers le sol (bhümisparça-mudrà). Jadis, nous explique-t1l, le Buddha, tenté par Mâra, sortit de sa méditation pour prendre la terre à témoin : c'est le geste que reproduisait cette image merveilleuse et quasi-divine !, Or si l'on n’a pas retrouvé la statue originale (ou du moins aucune qui répondit aux dimensions données par Hiuen-tsang), nous en possédons de nombreuses répliques, tant dans les niches du temple de Mahâbodhi que dans les chapelles d’alentour : l’une d'elles a été rétablie sur l'autel lors des restaurations récentes (+. fig. 11°). Qu'on

p. 14o et t. Il, p. 458. etc. — II semble que cette dévotion spéciale au Vajräsana dont Fiuen-tsang, I-tsing, les inscriptions de Bodh-Gayà et Täränâtha nous donnent tant de témoignages, soit d'origine assez moderne. Nous ne voyons pas par exemple que le Zalitavistara en parle. mais seulement du Bodhimanda. Fahien lui-même semble en être resté à la vieille forme de la légende où le Buddha s’asscoit simplement sur une jonchée d'herbe au pied de l'arbre de la Bodhi (trad. Beal, t. 1, p. x ; Hiuen-tsang ne sait plus trop que faire de cette histoire, trad. Beal, t. Il, p. 123 ou trad, Stan. Julien, t. IE. p- 472). Remarquez toutefois que Fa-hien mentionne dans le voisinage deux trônes carrés de pierre sur lesquels le Buddha se serait assis, et qu'on voit déjà sur les bas-reliefs de Bharhut (Cunningham, Stüpa of Bharhut,p. xxx) de ces trônes fort analogues à ceux qu'ont fait retrouver les fouilles de Bodh-Gayà (Cuuningham, Mahabodhe, pl. XIIP.

1. V, plus haut, p. 69. — Cf. Hiuen-tsang, trad. Stan. Julien, t. I, p. 466- 70. I-tsing est d'accord avec Hiuen-tsang pour faire de cette statue l’œuvre de Maitreya (Les religieux éminents, trad. Ed. Chavannes, p. 16, lire: « Il admira (à Mahäbodhi) la figure vénérable qui a été faite par le Compatissant... », selon la rectification faite par M. Ed. Chavannes, dans ses Inscriptions chinoises de Bodh-Gayü, p. 10 du tirage à part). Täränâtha rapporte une version un peu différente mais non moins merveilleuse de la légende et attribue l'image à des arbstes divins (trad. Schiefner, p. 20). V. d’ailleurs une étude sur les origines de celte statue dans la Revue de l'histoire des Religions (novembre-décembre 1894, p. 344-8).

2. Le pseudo-temple hindou de Mahäbodhi étant ouvert à tout venant, nous F P

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veuille bien lui comparer d'une part les ex-votos d'argile de Mahâbodhi et d'autre part nos miniatures (v. pl. IE, 5) : on reconnaitra leur parfaite fidélité à rendre le costume, l'attitude et le geste.

La lecture de nos trois inscriptions achèvera de nous édifier sur l'identité foncière des modèles primitifs de toutes ces reproductions, peintes, moulées ou sculptées. Tout d'abord elles ne parlent que du Vajräsana. Ceci nous est une preuve de plus que ce terme servait dans le langage courant à désigner, non le Csiège de diamant » mais bien lidole qui y était assise dans la pose ci-dessus décrite, C'est avec raison que M. Ed. Chavannes avait déjà reconnu un modèle de cette statue dans les mentions chinoises du « vrai visage du trône de l'intelligence » ou «du diamant! ». De nos trois images d'ailleurs, la première n’est donnée que comme la reproduction d’une simple copie, celle que lon vénérait à Râdha ou Râhr, dans le Bengale occidental*. Les deux autres prétendent représenter l'original lui-même. L'inseription de l’une est sur ce point des plus explicites : le Vayrà-

n'avons pas eu la moindre difficulté à prendre cette photographie. Selon une coutume très ancienne et dont on a déjà des exemples au Gandhära, la statue a été entièrement recouverte de feuilles d'or par la piété des pèlerins actuels, et c'est ce qui lui donne cet éclat métallique. Le manteau dont elle est ordinairement emmaillotée a été rejeté sur l'épaule droite pour permettre de la photographier. Il ne faudrait d’ailleurs pas voir, dans cette façon d’habiller les idoles, un rite proprement brahmanique, ni une marque du mauvais goût moderne. L'ancienne statue devait jadis être affublée exactement de même, si nous en croyons tous les témoignages, épigraphiques et autres, qui nous parlent de dsäyas offerts à la statue du Vajräsana à Mahäbodhi. Cf. Ed. Chavannes, Les inscriptions chinoises de Bodh-Gayä (Revue de l'histoire des Religions, t. XXXIV, n° 1, 1896), p. 15, 22, Do, 52, etc. — Pour d'autres répliques en pierre du même modèle, v. encore Cunningham, Mahäbodhi, pl. XXVI, ou Räj. Mitra, Buddha-Gayÿä, pl. X. Cf. enfin d'innombrables reproductions sur ces sceaux d'argile que les pèlerins offraient en ex-voto (Cunningham, ébid., pl. XXIV).

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