V. Ed, Chavannes, £bid., p. 10, note
2. Cf. la min. I, 37 (non reproduite). Qu'est-ce que ce mot énigmatique de lätä ?
sana de Mahäbodhi'. » Qu'il en soit de même de l’autre, c'est ce que prouve le luxe tout particulier d’épithètes qu'elle doit à sa sainteté. Deux d’entre elles, bhaisajya c'est-à-dire «& médicale » et drogyaçali, Ç ou salutaire » font sûrement allusion aux eures miraculeuses que l’idole était censée accomplir. Quant à la troisième, celle de Bhattäraka ou « Seigneur », 4l est assurément curieux. de la retrouver encore de nos jours au Népâl, unie au même nom de Varäsana, au pied de la même image”. Sur ce point, où l'abondance des renseignements rend la vérification possible, la valeur historique de nos documents se trouve ainsi confirmée de toutes parts.
Avant de passer aux Bodhisattvas, 1} nous reste encore à signaler un personnage surprenant qui a le costume, mais non la couleur n1 les signes des êtres déjà parvenus à la Bodh1. L'inscription nous apprend qu'en fait nous sommes en présence d’un € Avalokiteçvara sous forme de Buddha » tel qu'il était adoré Çen Chine * ». Blanc, à son habitude, et non jaune, marqué de l'ürnd mais non de lusnisa, il est assis à l’indienne, vêtu de la robe rouge, les deux mains en dhyâna-mudrä. De chaque côté du temple qui l'abrite, des moines jaunes à robe rouge ou verts à robe jaune lui
1. Cf. la min. IE, 2 (non reproduite). Entrainé par son sujet, l'artiste a même cru devoir commenter pour ainsi dire le geste de la statue en la faisant assaillir par l'armée de Mära ; il verse ainsi dans un sujet légendaire sur lequel nous aurons à revenir plus bas (Cf. la min. E, 83).
>. Cf. la min. E, 56 (v. pl. I, 5). Au lieu d'érogacäli lire drogyacäli ? Cette épithèle et celle de bhaisajya font déjà prévoir les « Buddhas de médecine » du Tibet (E. von Schlagintweit, loc. laud., p. 172 et L. Waddell, Zamaism, p. 393). Pour le Bhattüraka- Vajräsana v. Bhagv. Indräji, loc. laud., pl. XXIL, fig. 4 et p. 99.
3. Cf. la min. I, 31 (v. pl. IE, 6). Sur le sens spécial de Wahäcina, « Chine septentrionale », cf. I-tsing, Les Religieux éminents, trad. Ed. Chavannes, p. 55, note 3. — Pour les diverses formes d'Avalokiteçvara ou Kouan-yin, v.
Edkins, Chinese Buddhism, p. 208 et 28», etc.
LES BUDDHAS 90
rendent hommage. On sait qu'au témoignage des bouddhistes chinois, Avalokitecvara ou Kouan-Yin pouvait prendre à son gré n'importe quelle apparence, que ce füt celle de Buddha, de Déva ou d'homme. Cette curieuse miniature nous le montre sans doute sous l’une des trente-deux formes dont le revêtait tour à tour la piété chinoise. Apparemment celle-ci avait aux yeux des fidèles l'avantage de combiner en une seule image la suprême dignité du Buddha et les vertus miséricordieuses du Bodhisattva.
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LES BUDDHAS (suite) ER
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à Ms; Ars, n°13 4. Ms. Add, 1643, n° 8
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6 Ms. Add. 1643, n° 31
LES BODHISATTVAS. — AVALOKITECVARA
IL est temps de nous occuper tout spécialement, et sous sa forme ordinaire, de ce dieu sauveur du Bouddhisme, «océan de miséricorde » et symbole de toute compassion. Aucun Bodhisattva peut-être n'est chez les bouddhistes du Nord l'objet de plus de vénération, le sujet de plus de légendes": aucun ne revient plus souvent dans nos miniatures, encore qu'il n’y soit pas le seul. Les inscriptions du Ms. Add. 1645 le nomment toujours « Lokanâtha » et celles du Ms. À. 15 plus volontiers € Lokeçvara », le Protecteur ou le Seigneur du monde”. Elles nous montrent son culte répandu dans toute l'Inde, sans parler de la Chine, du Gandhâra aux bouches du Gange et du Népàl à Ceylan.
Un peu de statistique est 1e1 nécessaire. Nous possédons en tout d'Avalokitecvara quarante et une images * où 1l figure comme personnage central, sans compter celles où 1l apparail comme assistant du Buddha Dipañkara par exemple. Le
1. Parmi les textes népâlais, le Gunakärandavyüha et le Käranda-vyüha sont spécialement consacrés à sa gloire (Cf. Ràj. Mitra, Buddhist Sanskrit Literature, p. 95 et 107).
2. L'inscription de la min. II, 21, l'appelle aussi Lokanätha. Ces noms seraient restés courants au Népäl d’après les nombreux exemples cités par Bhagv. Indräji (loc. laud., p. 100-102) et au Tibet (v. L. Waddell, Zndian Buddhist Cult of Avalokitecvara, p. 58).
3. Pour les numéros de ces 41 miniatures, v. à l'index sous le mot Avaloki-
tecvara. CF. pl. IV et V.
Ms. Add. 1645 en compte trente et une (en y comprenant le n° 69), et le Ms. A. 15 dix (dont une non-inscrite). Sur ce nombre vingt-trois sont debout, dont quatre à quatre bras, une à six et deux à douze: une enfin en a théoriquement mille. Des dix-huit images assises, quinze ont la forme strictement humaine: une a quatre bras, une autre en à six et trois faces ; une autre enfin a douze bras et onze têtes.
Sur toutes ces miniatures Avalokiteçvara est représenté avec le teint blanc, sauf au Népàl, où 1l est rouge. Il est toujours costumé en Bodhisattva, excepté dans la mun. I, 57. dont nous venons de parler et sur laquelle il est déguisé en Buddha. Sa coiffure est le plus souvent haute et noire, en forme de mitre; 1l est très rare qu'on y voie paraitre son Dhyâni-Buddha Amitäbha, amsi qu'il est fréquent dans les sculptures". Comme attributs, 1l tient presque toujours de la main gauche la longue tige d'un lotus rose à moins que celleci ne vienne passer sous son bras. Quand il a plus de deux mains, 1} tent également le rosure et le livre, parfois le flacon d'ambroisie. La main droite, à peu d’exceptions près, est toujours dans la pose de la charité”. Il à
1. Citons pourtant l'exemple de la min. IT, 4 (non reproduite). Cf. fig. 12. À ce propos, M. L. de la Vallée-Poussin a bien voulu attirer notre attention sur une série d'expressions contenues dans le premier chapitre de son Pañcakrama. Les divinités, tant mâles que femelles, qui entrent dans la' décoration du mandala, sont dites tour à tour svanatha-mukuta, Varrocäna® ou Ratnasambhavamaulika, Aksobhya-k;tacekhara, Amitäbha-kiritin, etc. (NV. Pañcakrama, éd. de la Vallée-Poussin, [, vers 107-194). Nous croyons avec lui que toutes ces expressions reviennent à dire: « portant dans leur diadème l’image de tel ou tel Dhyani-Buddha », et peuvent par suite servir de commentaire aux sculptures. On voit que cet usage n'est pas particulier à Avalokitecvara ‘il n'est même pas spécial à l'Inde, car nous retrouvons par exemple à Palmyre ce même procédé qui consiste à insérer des figurines dans la coiffure des statues.
2. Pour ces exceptions cf. les min. I, 20 (v. pl. V, 4) et 25-27 (v. pl. IV, 5), et II, 28, où la main droite esl en abhaya-mudrä ou vitarka-mudrä, et les min. I, 75, et II, 22 et 31 (v. pl. V, 5), où les deux mains sont réunies en dharmacakra-mudrä. Täränâtha nous parle, à propos de Candragomin, d’une statue d'Avalokitecvara « au doigt levé » ; mais la preuve que cette pose n'était
AVALOKITEGVARA 99
quelquefois jusqu'à quatre: assistants, toujours féminins, semble-t-il. Celui qui revient le plus souvent est la Tärà verte, toujours à sa droite. D'autres assistants, rouges ou encore jaunes à deux ou quatre bras, sont des formes différentes de Târà et de Mârici, ou même de la Prajñäpäramità. Il se peut pourtant qu'un personnage rouge et terrible, co1ffé d'une tête de cheval, et toujours à sa gauche, soit Hayagriva”. Enfin le prela apparaît à plusieurs reprises, agenouillé audessous de sa main droite.
Passons rapidement en revue, en nous aidant des inscriplions, ces quarante et une miniatures et tout d’abord celles qui le représentent en pied.
$ 1. — Fiqures d'Avalokileçvara debout.
Parmi les images d'Avalokiteçvara debout et à forme humaine, 1} faut faire une place à part aux deux idoles népàlaises des min. I, 6 et IT, 4. Elles ont en effet ce caractère commun que, par une excephion unique, elles sont rouges : cette divergence et cet accord ne sauraient être purement accidentels. Evidemment au Népâl la couleur rouge d'Amitâbha avait passé à son Dhyäni-Bodhisallva*. Toutes deux d'ailleurs sont connues. Celle du Ws. Add. 1643 n’est rien moins que l'Avalokiteçvara de la colline de Svayambhà, dont il a déjà été question plus haut”. On ne peut s'empêcher de reconnaître dans l'autre lidole non moins célèbre qui, au témoignage de Bhagvänläl Indrâji, ferait processionnelle-
pas habituelle, c'est qu'on avait cru devoirinventer une légende pour l'expliquer. (Trad. Schiefner, p. 104.)