‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (volume 2)Chapitre 26 sur 92 · Cf. les min. I, 10 (x. pl. VI, r), et IX · texte numérisé non relu

Cf. les min. I, 10 (x. pl. VI, r), et IX

arhat, avait été ravi jusqu'au ciel Tusita, où Maitreya ne lui accorda pas moins de trois séances de pose’. Ou bien nos

Fig 14. — Mairreÿa.

(Provenant du Magadha. Musée de Calculia. Hauleur o",70). enlumineurs ont travaillé de fantaisie ou bien ils ont r'epro-

1. V. Hiuen-tsang, trad. Stan. Julien, t. TE, p. 149; cf. Fa-hien, trad. Beal, p. xxix. Une autre statue se voyait à l'entrée du temple de Mahäbodhi (Hiuentsang, trad. Stan. Julien, t. IT, p. 465). Remarquez que la légende contée à ce même endroit au sujet de la statue du Buddha exécutée par Maitreya est aussi

faite uniquement en vue de garantir la ressemblance de l'image.

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duit deux statues différentes. D'après le premier, Maitreya est assis dans l'attitude ordinaire des Bodhisattvas et ses mains sont réunies en dharmacakra-mudrä : c'est apparemment dans cette attitude que le trouvaient les nombreux docteurs qui, à maintes reprises, se transportèrent près de lui, soit pour recueillir ses enseignements soit pour le consulter sur leurs doutes". D'après le second, 1l est debout et fait de la main droite le geste qui inspire la sécurité: dans la main gauche il tent le flacon d'ambroisie, qui est un de ses attributs ordinaires, encore qu'il ne lui soit pas exclusivement réservé*. Le seul trait commun des deux figures est la fleur blanche à cœur d'or (campa ou näâga-puspa) qui passe sous leurs bras gauches. C’est sans doute à cet emblème que notre Bodhisattva doit son appellation Hibétaine de Byamspa (pron. Cam-pa). Il nous permet encore de rapprocher de notre image de Maitreya debout, en dépit de la différence du geste — la main droite est ici en vara-mudrà —. une stèle bouddhique du Musée de Calcutta (+. fig. 14). Le stüpa inséré dans le diadème et le flacon d’ambroisie supporté, à gauche de la statue, par un développement ornemental de la tige fleurie du campa achèvent de confirmer l'identité du personnage. La dévotion tantrique du temps a donné pour assistantes au ÇCompatissant » par excellence les deux formes les plus vindicatives de Târà, à sa droite la Kurukulà et la Bhrkuti à sa gauche.

1. Cf. par ex. Hiuen-tsang, trad. Stan. Julien, t. IT, p. 221 (histoire de Gunaprabha), p. 259 (histoire d’Asanga) et t. HIT, p. 118. C'est dans ce ciel que Hiuen-tsang souhaitait de renaître (ibid., t. 1, p. 345) comme l'avait fait Vasubandhu (ébid., t. I, p. 251). Cf. Täränätha, trad. Schiefner, p. 120, etc.

2. Avec cette restriction, à laquelle nous obligent les procédés courants de nos miniatures, nous acceptons volontiers les intéressantes conclusions de M. Grünwedel, loc. laud., p. 140 et sqq.

$ 11. — Mañjucrt.

Comme Matreya, Mañjuçri est de couleur jaune’. Nos inscriphions lui donnent indifféremment les noms de Mañjucri, de Mañjughosa et de Vâgirâtta (sic). On sait que le Svayambhü-puräna raconte, en l’adaptant au récit des origines népâlaises, sa merveilleuse légende. Ce n’en est pas assurément l’un des détails les moins curieux qu'elle fasse venir son héros de la Chine. Or c'est aussi en Chine que nos inscriptions localisent deux au moins des images de Mañjueri. L'une (min. I, 64) est explicitement hibellée : « Mañjughosa en Mahäcina » : l'autre (min. IT, 30) porte seulement : CVâgirälla sur la montagne Pañca-çikha ». Mais nous savons d’autre part par les commentateurs que la montagne Pañca-çikha ou Pañca-çirsa (des Cinq-cimes), lieu de naissance de Mañjueri, est située en Chine. Il n° aurait pas lieu de s'étonner que nos manuscrits reflétassent sur ce point la version népàlaise de la légende : mais en réalité, cette croyance n'était pas confinée au Népâl. Au témoignage d'I-tsing, tous les Indiens de son temps étaient d'accord pour dire que « le sage Mañjuçri était à présent en Chine ». Il y a nueux : le centre chinois du culte de ce Bodhisattva est, de l'aveu général, le fameux couvent d’Ou-tau-shan, dans la province de Chan-si : or c'est justement ce nom, qui signifie € la montagne aux cinq pics ou lerrasses ». que traduit très exactement le sanskrit « Pañca-cikha » ou & Pañca-cirsa ». Sur ce point encore nos documents recélaient une petite parcelle

d'histoire ?.

1. Cf. les min. 1, 64 (v:pl. VI, 3), et Il, 17 (v. pl. VI, 4), 930 et 35.

2. À propos de cette question, v. Hodgson, Æssays, p. 62 et 116, et I-tsing, A Record of the Buddhist Religion, trad. Takakusu, p. 137 et 169, avec la citation de Burnouf (Lotus de la bonne loi, p. 502), en note. Sur le culte de Mañjuçri à Ou tai-shan, v. Edkins, Chinese Buddhism, p. 230, ete. M. L.

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L'image la plus caractéristique de Mañyjuçri le représente assis sur un lion. Nous la trouvons par deux fois reproduite, justementsurcesmèmes miniatures], 64(v.pl. VI, 3).etIT, 30. Le fond de la scène est rempli par un temple souterrain creusé dans une montagne : le lion bleu à gueule rouge semble un monstre de porcelaune : la figure a les mains réunies dans la pose de l’enseignement et tient, comme second symbole, un lotus bleu. Nous venons de voir que les deux inscriptions se complètent : ces deux images toutes pareilles se rapportent à une même idole, celle qu'on adorait

Fire, 15. — Maxsuçri (Cr. Pr. VI, 3).

(Provenant du Magadha. Musée de Caleulla. Hauteur 0",60).

à Ou-tai-shan ou Pañca-çikha-parvata, en Chine'. Cela ne veut pas dire qu'il n’en existât pas de semblables dans l'Inde. On peut en rapprocher par exemple, — sauf toutefois le geste — la figure 15, originaire du Magadha.

Si même nous en croyions l'analogie des miniatures, 1l

Waddell reproduit (Lamaism, p. 279) l’image donnée par Huc des cinq crêtes, V. encore Ed. Chavannes, Voyageurs chinois chez les Khitan et les Joutchen, Journal Asiatique, t. IX, 1897, p. 393, note 1.

1. Cf. une miniature toute pareille encore dans le ms. bengali Add. 1464, fol. 2. Pour des images analogues en Chine ou au Japon, voy. Pander, p. 68,

n° 92 el Von Siebold, pl. X, n° 39.

faudrait voir un Mañjuçri dans toutes les statues de Bodhisattvas juchées sur cette même monture. Au témoignage du pandit Bhagvänll Indrâji et de M. L. Waddell, les Népâlais et

les Tibétains identifieraient quelques-unes d’entre elles comme

Fig. 16. — Maxsuçii 2 (Cr. Pi. VI, 3.)

(Dans la cour intérieure du couvent çaiva ‘de Bodh-Gayà. Hauteur Os)

étant un Avalokitecvara Qau lion » ou &au rugissement du

lion ». Les modèles qu ils en donnent sont semblables à la figure 16°, et, dans ce cas particulier, l'hypothèse semble

1. V. Bhagv. Indräji, loc. laud., pl: XXV, n° 15 (Simhandtha Lokecvara) et L. Waddell, J, R. A. $., 1894, pl. T(Sinhanäda Avalokita).

LES BODHISATTVAS IT pi

plausible, C'est ainsi que la statue reproduite par M. L. Waddell porte dans sa coiffure un Dhyäni-Buddha, ce qui ne prouverait rien — dans la pose d'Amitàäbha, ce qui est au contraire une preuve excellente en faveur de son idenlificalion. Ces images ont de plus un certain nombre d’attributs caivas, comme le {riçüla, le serpent, ou même le croissant el la peau d’'antilope, qui conviennent bien, comme nous avons vu plus haut (p. 110) aux représentations lantriques d'Avalokitecvara : mais 1l nous semble difficile d'admettre que ce ne soil pas à Mañjucri qu'elles aient d'autre part emprunté non seulement le lion, mais encore le peut glaive candrahäsa (c'est-à-dire € létincelant ») qui surmonte son lotus. Le résultat est un Lokeçvara tout à fait composite, sorte de compromus entre un Giva et un Mañjueri”. On peut se demander si une telle forme est bien ancienne et s'il ne faudrait pas chercher son origine dans une fausse interprétation d'images imcomprises de ce dernier. Peut-être la confusion première serait-elle due à lextension abusive que les Népâlais semblent avoir faite à Avalokiteçvara du surnom de € Vâgiçvara » qui apparent en propre au € Mañjughosa » ou € Vâgirâlla » de nos inscriptions.

D'autres images de Mañjuçri élaient simplement assises sur un lotus : nous en possédons aussi deux exemples. Telle est celle de la miniature IT, 17 (v. pl. VE, 4). Il y porte le nom de €Kumära », qui rappelle sa condition princière. A la différence de tout à l'heure, 1l habite une montagne non plus @ aux cinq erêtes », mais Qà la cime unique », Ekacirasthäna, l'inscription ne nous dit pas en quel pays. L'image est appelée au couple de colombes » : par allusion à quelle lé-

2. C'est ainsi qu'on a pu prendre de telles statues pour des représentations de Mahecvara (cf. Hodgson, Æ£ssarvs, p. 138) ou, comme nous aurions pu être tentés de le faire ici, de Mañjucri. Remarquons toutefois que d'après les docu-

ments de M. L. Waddell (J. R. A. S. 1894, p. 76) le lion de cet Avaloki-

tecvara serait blanc, landis que celui de nos Mañjucri est toujours bleu. Ç , | JU

Fic. 17. — Mu

verr (Cr Pa oVE. 4):

(Provenant du Magadha. Musée de Calcutta. Hauteur, 0,"85).

LES BODHISATTVAS Ll 10

gende, nous ne savons. Si avec son lion 1l a perdu un de ses symboles, 1l lui reste toujours la fleur de lotus bleu ou utpala qui se distingue nettement par sa forme allongée en pinceau du padma ou lotus rose, épanoui en cercle. A la vérité 1l partage cel attribut avec Vajrapâni et la Tärà verte; mais l'absence de vara, la couleur ou le sexe suflit en ce cas à faire recon-

Fic. 18. — Maniuçr.

(Musée de Madras. Hauteur o",80).

naître Mañjuçri. Comparez encore une autre statue de Calcutta qui lui donne même pose, même geste el même symbole (v. fig. 17). I n'est pas jusqu'à son vdhana habituel qui ne soit rappelé par Le simhäsana ou siège de lion que lui a donné l'artiste.

On s'étonne peut-être de ne pas avoir encore aperçu sur ces miniatures l'épée et le livre quon est habitué à con-

sidérer comme les attributs obligés de Mañjuçri, au même ütre qu'ils sont, dans liconographie chrétienne, eeux de saint Paul. De telles images n'existent pas seulement au Népâl, au Tibet, en Chine, au Japon ou à Java”: nous en avons un spécimen dans la figure de la miniature IT, 33 dont la main droite lève le glaive de la sagesse tandis que la main gauche Uent le traité de la science transcendantale ou Prajñàpâramità. L'inscription a été malheureusement omise par le scribe : mais la couleur jaune du personnage et la présence du lotus bleu sufliraient seules à établir une identification que l'épée et le hivre ne font que confirmer. Une statue analogue de Bodhisattva, conservée au Musée de Madras (v. fig. 18), n'a gardé comme attribut que l'épée : mais ici le lion symbolique de Mañjucri, sculpté sur le piédestal, achève également de fixer nos incertitudes.

Su. — Samantabhadra.

Après ce Bodhisattva, l’un des auditeurs et interlocuteurs les plus habituels du Buddha dans les textes mahävänistes est Samantabhadra. Comme Mañjucçri est le dieu de la serence et personnifie la perfection de la sagesse, Samantabhadra serait le dieu de l'action et symboliserait le bonheur". Nous n’en avons qu'une image (min. E, 32; cfpl. VI, 2). Au heu d'un hon, il à pour monture un éléphant. Sa couleur est verte. À en juger par la pose de ses mains, il à aussi pour fonction d'enseigner la bonne loi. Sous son bras gauche passe une sorte de sceptre ou de fleur d'or, de forme lancéolée. Des montagnes boisées occupent le fond du tableau. Enfin l'inscriphion le localise encore en Chine. D'après les

1. Cf. les ouvrages cités de Bhagv. Indräji, pl. XXVE, fig. 18 ; E. von Schlagintweit, pl. V; Pander, p. 68, n° 88, et p. 75, n° 145; von Siebold, pl. X, n° 38, el pl. XXI, n° 196 ; Grünwedel, fig. 72, etc.

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sinologues bouddhisants, Samantabhadra était particulièrement honoré à Wo-mei-shan, dans la province de Se-tchouen. Devons-nous croire qu'un écho de l'existence de ce couvent élit arrivé jusqu'au Népâl et en trouvons-nous encore la trace dans l'indication de ces montagnes (shan) ? [n'y aurait à cela aucune impossibilité quand on songe aux rapports constants entre le Népâl et la Chine et quand on constate, comme nous venons de le faire, que la renommée du sanc- Lure beaucoup plus septentrional et lointain de Ou-tai-shan avait pénétré dans lPinde.

Siv. — Vajrapänr.

D'après les bouddhistes du Nord, Samantabhadra aurait pour Dhyäni-Buddha Vairocana tandis qu Aksobhya serait celui de Vajrapämi. Nous avons déjà aperçu ce dernier debout, les jambes croisées, à, la gauche de Dipañkara (v. pl. Il, 3). Nous le retrouverons exactement dans la même attitude à la droite de la Târà de la figure 22. Dans la miniature I, 22 (v. pl. VE 5)ilest devenu à son tour personnage principal. Comme Samantabhadra, ilest vert et. comme Mañjueri, 1l a le lotus bleu pour emblème : mais sa marque dishnetive est le foudre ou vajra auquel 11 doit son nom el peui-être même son apothéose*. L'image ici donnée serait de l'Oddiyäna. Si, comme on est tenté de le faire, on hisait € Udyäna », l'autreindication de Mañgakosta ferait alors songer à « Moungkie-li », la capitale de ce pays, aujourd’hui Manglaor, dans la vallée du Svât. Mais cette double hypothèse reste bien problématique. Reconnaissons toutefois quelle est jusqu'à un certain point confirmée par le fait que Hiuen-tsang mêle

1. Cf. Edkins, Chinese Buddhism, p. 230, et (pour des spéculations sur le symbolisme des véhanas) p 385. Comparez dans Von Siebold, loc. laud, les pl. X, n°s fo et4r, où l'on retrouve l'éléphant et le sceptre fleuri d'or.

2. Cf. l'ingénieuse théorie de M. Grünwedel, loc. laud., p. 88.

expressément le nom de Vajrapâni à l'un des récits édifiants qu'on lui fit en Udyâna. Quand le Buddha dompta le grand näga de cette contrée, il requit, nous raconte-t-1l, soit l’assistance, soit simplement l'arme de ce Bodhisativa . Il serait bien étonnant qu'une idole locale de Vajrapämi n'eût pas servi à donner corps, sinon naissance, à cette légende.

$ v. — Vajrasallva.

Samantabhadra et Vajrapäni sont des Dhyäni-Bodhisattvas: Vajrasaliva serait davantage. Il est resté pour les

Fig. 19, — Vasrasarrva (Cr. Pi. VI, 6).

(Provenant du Magadha. Musée de Calcutta. Hauteur 0o",50). Népâlais et les Tibétains une sorte de divinité suprème,

1. Stan. Julien (t, H, p. 184)et S. Beal (t. [, p. 122) ne sont pas d'accord

LES BODHISATTVAS 129

supérieure aux Dyäni-Buddhas et portion de l'Adi-Buddha, incarnation de la souveraine intelligence qui mène l'univers”. Dans les textes comme dans nos inscriptions (un. I, 2 et II, 11), 1l réside sur le Sumeru, axe mythique du monde. Au fond, ce serait l’une des trois déifications des qualités surnaturelles attachées au vajra que nous offre le panthéon bouddhique : moins sublime que Vajradhara, 1l le seroit plus que Vajrapäni. Il se distingue de ce dernier par sa couleur blanche (v. pl. VI, 6). Ilest assis en padmäsan«. Outre le foudre magique qu'il porte en équilibre, debout sur sa main droite, sa main gauche tent encore sur la hanche une clochette ou ghänlà”. Si d'ailleurs on était tenté de penser que cette divinité fût particulière au Bouddhisme transhimälayen, l'exacte ressemblance de la figure 19, originaire du Magadha, obligerait à reconnaitre que les images de Vajrasattva sont une création de l'art indien, comme sa concepüon est un produit de la veine mythologique de l'Inde.

Ç vi. Jambhala.

Nous rangerons à la suite de ces figures de Bodhisattvas celle d'une dernière divinité masculine, d’un rang moindre, mais dont le culte est également resté très répandu. Nous avons déjà rencontré ce personnage (v. pl. HE, 1): nous Île

retrouvons tout pareil à lui-même sur l'image singhalaise

reproduite par les miniatures I, 18 (v. pl IX, 2eUIET "20, ou la stèle du Magadha de la figure 20 *. Couvert de riches

sur ce point, Pour l'emplacement de Manglaor et du näga Apalàla, v. Major Deane, J-R. À. S., 1896, p. 656.

1. Cf. Bhagv. Indräji, loc, laud., pl. XXVIE, n° 23 (cf. pl. XXIX, 8r)et p. 102 ; Hodgson, Essays, p.53 et 136, et J. B: À. S ,; t: XII; p. 406; E. von Schlagintweit. loc. laud., p. 34 et pl, Il; Waddell, Zamaism, p. 352.

2. Remarquez toutefois que ces deux attributs ont changé de mains sur la nr 41,%2:

3. Comparez encore les reproductions données par Bhag. Indraji, loc. laud.,

12 f ICONOGRAPHIE BOUDDHIQUE

joyaux, il est corpulent et jaune. Ses veux flamboyants et sa

Fic: 20. — Jamsuara (Cr. PL. IX, 2).

(Provenant du Magadha. Musée de Calcutta. Hauteur 0",50).

bouche souriante lui donnent un air comique de bourru bien-

pl. XXIX, n° 29; par E. von Schlagintweit, pl. XXXI et XXXIL; et le n° 2 de la collection de peintures tibétaines de B.-H. Hodgson à la bibliothèque de l'Institut de France. M. J. Burgess a déjà reconnu Kuvera debout sur le fronton de la Cave XIX à Ajantà de chaque côté de la grande arche (v. Buddhist Cavetemples, pl. XXX ct notre fig. 9). Il semble qu'on le retrouve assis entre A valokitegvara et Maitreya dans la Cave VI à Elurà (Ælura Cave-temples, pl. XELT, #), etc.

LES BODHISATTVAS 12)

faisant. [l Hent sur son genou gauche sa fidèle mangouste (nakula) : au creux de sa main droite se voit son autre attribut distinctif, le citron, (jambhara) auquel il doit sans doute le nom quil a conservé au Népâl et au Tibet et que déjà nos inseriphions lui donnent. Le scribe du Ms. Add. 1643 V'appelle en effet & Jambala » et celui du Ws. A. 15, plus fort peut-être en orthographe, € Jambhala ». Cette manière de nommer les divinités d'après leur attribut le plus familier fut toujours populaire". En fait iln'est autre que Kuvera, seigneur des Yaksas, gardien du Nord et dieu des richesses: nous n'avons pas besoin de chercher plus loin les raisons du culte dont 1l est l'objet *.

La mangouste, selon les lâmas, signifierait justement sa victoire sur les serpents, gardiens des trésors. Il est permis de se demander jusqu à quel point ce symbolisme nuageux correspondait à la réalité des choses. Peut-être ce vivant attribut n'est1l après tout qu'une interprétation fantaisiste de la longue bourse en forme d’outre qui était l'accessoire naturel de Kuvera et le plus ancien dont 1l soit question. Considérez par exemple la statue — peut-être brahmanique, 1l n'importe : sur l'adoration de Kuvera tout le monde était d'accord — que représente la figure 20 ; la bourse allongée qu'elle tient sur le genou gauche et qui, détail curieux, a conservé la tête de l'animal dans la peau duquel elle fut faite, a fort bien pu donner naissance à la mangouste qui occupe la même posilion sur la figure 20. C'est même la seule manière d'expliquer le fait que, sur les images tibétaines, la mangouste est encore représentée vomissant les mêmes trésors que jadis on voyait tout naturellement s'échapper par l'ouverture de la besace. Jambhala se ramèneral ainsi en défi-

1. Cf. ce que nous avons constaté plus haut à propos du nom de Campa donné au Tibet à Maitreya, p. 113. |

2. Sur un rite matinal consacré à Jambhala, v. L. de la Vallée-Poussin, Bouddhisme, Études et Matériaux, p. 216.

mhve à & cette statue de divinité tenant une bourse d'or » qu'I-tsing a vue Q assise, une jambe pendante » à la porte de la plupart des monastères de l'Inde et dont les prototypes ne nous sont pas inconnus dans l’école du Gandhâra'. On l'appelait, ajoute-t1l, € Mahâkäâla », parce qu’elle était @ toute

Fic. 21. — Kuvera (Cr. PL. IX, 2.) (Provenant du Magadha. Musée de Calcutta).

noircie » par l'huile dont l’arrosait sans cesse, lors des püjds,

1. V. [-{sing, À record of the Buddhist Religion, trad. J. Takakusu, p. 38. Pour une image de Kuvera au Gandhära, cf. par ex. J. Burgess, Journal of Indian Art and Industry, n° 63, juillet 1898, pl. XIV, 3 (où c'est un assistant qui tient le grand sac d'or qui s’épanche). Une image du Mahäkäla népälais a élé donnée par Bhagv. Indràji, loc. laud., pl. XXIX, n° 50.

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la piété des fidèles. C'est assez dire que ce n'était à qu'un surnom. [n'en à pas fallu davantage pour doter le panthéon bouddhique d’une divinité nouvelle : mais 1l est remarquable que le Mahäkäâla du Népâl ne soit en somme qu'un doublet plus redoutable de Jambhala ou Kuvera, dont il a conservé | jusqu'à la mangouste. Il existe entre ces diverses images un rapport indéniable et qui valait la peine d’être signalé en passant.

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