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Il va de soi que nous n'avons pas à spéculer ici sur les causes m les effets de l'introduction des divinités féminines dans le panthéon des soi-disants disciples du Buddha. Notre tâche, plus humble, est aussi plus sûre. Elle a été encore facilitée par l'excellente monographie que M. G. de Blonay a donnée de celle de ces déesses qui fitla plus belle fortune, à savoir Tärà'. Bornons-nous à constater que Târà tient également dans nos miniatures la place la plus importante, après celle dévolue à Avalokiteçvara. On sait d'ailleurs qu'elle est associée à ce dernier dans l'imagination populaire et qu'elle partage aussi bien ses vertus charitables que ses titres princiers. Comme lui elle porte au front la marque prédestinée de l’ärnà : elle a le même costume et les mêmes parures, — ces riches joyaux dont une de ses images peintes fil un Jour présent à son dévot Candragomin qui, n'ayant plus rien, ne savait que donner à une vieille mendiante, Elle est en vérité une sorte de Bodblisattva féminin”.
1. Gr. de Blonay, Matériaux pour servir à l’histoire de la déesse buddhique Tära. Paris, 1893.
2. Cf. plus haut, page 72, note 1. Pour cette légende de la vie de Candragomin, v. Târänâtha, trad. Schiefner, p. 196-7. — Sur la signification et la portée historique du titre de Bhaftärikä que l'inscription IL, 23, d'accord avec les textes, donne à Tär4 et qui est le féminin de celui de Bhaltäraka porté par Avalokitecvara (cf. min. I, 39 et IX, 31), v. de Blonay, loc. laud!, p. 63.
$ 1. — Les diverses formes de Târâ.
C'est un fait bien connu que Târà adopte tour à tour les cinq couleurs sacrées. D'ordinaire elle est verte, mais, comme dit son poète Sarvajñamitra, on peut encore la voir rouge comme le soleil, ou bleue comme le saphir, ou blanche comme la mer lactée, ou jaune comme l'or". Peut-être l'arüiste a-t1l eu l'intention de les représenter toutes les cinq sur la min. £, 16: la présence d’un second personnage jaune au lieu d'un rouge est la seule difficulté à cette identification. De même sur la miniature IT, 4 (v. pl. IV, 1) nous trouvons réunies quatre d’entre elles, et autant sur les min. I, 72 et 7h, ete. De toutes, semble-t1l, nous avons des échantillons : car si nous ne comptons que seize images où Târà Joue le rôle principal, elle revient beaucoup plus souvent comme comparse.
C'est ainsi que nous avons déjà vu la Târà blanche (Sita- Trd; à la gauche des Avalokiteçvaras du Népâl (v. pl. IV, 1: cf. min. I, 6). L'identification des autres est malheureusement plus délicate et peut prêter à bien des confusions. Cette assistante bleue, à l'air agressif, parfois vêtue d’une dholi tigrée (min. E, 29), tenant la massue et le lacet (min. I, 48). qui se présente une dizaine de fois à la gauche de la Tärà verte ou mâme à celle d'Avalokiteçvara (man. I, 44) et de Mañjueri (pl. VE 3 et min. IT, 50), semble bien devoir être la terrible Târâ bleue, Ugra-Tärà ; encore les documents tibétains de M. L. Waddell lappellent-ils Ekajati. De même il est difficile de déterminer exactement le nom de l'assistante rouge qui est debout à la gauche de plus d'un Avalokitecvara, d'aspect tantôt terrible (pl. V, 4 et min. I, 99) et tantôt bénin (min. I, 45). Dirons-nous que c'est la