‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (volume 2)Chapitre 30 sur 92 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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himisitnti.

assistantes qu'on retrouve près de l’image du Ws. A. 15; chez qui en revanche la pose des jambes s’est beaucoup relächée. Il ne vaut pas la peine de noter l'attitude immuable des mains, la droite toujours en vara-mudraà et la gauche tenant le lotus bleu, comme sur la figure 23, par exemple”.

On jurerait que la min. I, 49 a été exécutée d’après cette même statue si d'ulleurs ce modèle ne se répétlait pas uniformément (v. pl VII, 3). L'idole est du pays d'Odra ou Orissa et habitait un sanctuaire rendu notoire par le miracle de ses € arbres suspendus ». Apparemment il faut admettre que les deux arbres représentés à la hauteur du toit du temple flottent dans les airs, sans aucun soulien, ainsi que nous avons déjà vu faire à un parasol de stüpa dans ce même pays d'Orissa*. Rien n'invite d'ailleurs à croire quil s'agissait de la même place. Hiuen-tsang note en Orissa deux sanctuaires distincts et tous deux renommés pour ces phénomènes contraires aux lois de la pesanteur.

Les min. I, 17 et IT, 19, présentent celle particularité quelles nous fournissent un exemple peint de ce procédé, si fréquent dans la sculpture indienne, qui consiste à répéter à satiété, sur les bords de la stèle, d’exactes réductions de l'image centrale. Sur chacune nous ne voyons pas moins de huit petites Târâs, toutes pareilles étagées, toujours dans la même pose, aulour d'une plus grande Târà. Toutefois les inscriptions diffèrent quelque peu: elles s'accordent pour donner à l'idole principale le nom de « Bhagavati » ou Bienheureuse : celle du Ws. À. 15 ajoute « Buddharddhi » ce qui veut sans doute dire qu’elle possède la rddhi ou pouvoir surnaturel d'un Buddha. Toutes deux enfin la placent dans la même région de l'Inde orientale : mais tandis que l’une se

1, CS pli 4: Bhag.«Indräji, doc. laud., pl. XXNIHEEn92 55; E,: von Schlagintweit, loc. laud., pl. VI: collection B.-H. Hodgson, Tibet, n° 2, etc. 2. V. plus haut, p. 58, note 2. Ici encore il faut lire « alagna-tarü ».

Fic:123= "Tara (Cr. PE, VIT, 5'et° A).

(Provenant du Magadha. Musée de Calcutta. Hauteur 0o",95).

contente de l'indication générale de Samaltata, l'autre désigne plus particulièrement le Candradvipa. Dans tous les cas, nous savons à quelle légende fait allusion cette dernière : elle nous est racontée tout au long par Târânâtha, toujours à propos de Candragomin. Nous avons déjà vu comment la carrière de cet étonnant docteur, qui, à peine né, s'informait poliment auprès de sa mère si sa grossesse ne l'avait pas trop fatiguée, n'est qu'un tissu de nuracles où Avalokiteçvara et Tärà prennent la plus grande part’. Dans ce cas particuher 1l nous est conté comment ses connaissances et talents variés en grammaire, en médecine, en métrique et en art plastique lui avaient valu un riche bénéfice et la main d'une fille de roi. Ayant un Jour entendu une servante appeler celleci € Taärà », 1l ne put supporter la pensée de vivre avec une femme qui portât le même nom que sa divinité tutélare. Le roi, son beau-père, pour le punir de ces scrupules qu'il jugeait offensants, le fit enfermer dans un colfre et jeter au Gange. Mas, grâce à sa protectrice Târà, il aborda dans une ile, créée tout exprès à son intention près de l'embouchure du fleuve et qui prit de lui le nom de Candra-dvipa. Or «€ pendant son séjour dans cette île, 1l éleva des statues de pierre à Avalokitecvara et à Tàrà ». Si ce n’est pas cette dernière statue que reproduit notre miniature, c'est elle du moins que doit viser notre inscription, encore qu'elle ne réédite pas celte fois, comme tout à l'heure à propos de l’Avalokitegvara de la min. Æ, 44, la signature de Candragomin.

La réputation d’une autre de ces images de Tärà semble s'être conservée jusqu'à nos Jours: c'est celle € du bois de Khadiras, dans le pays de Kodga » ou Kourg, au S.-0. de l'Inde. Du moins n’estal pas difficile de reconnaître son vrai

1. Cf. plus haut, page 107. Pour ce qui suit, v. Täränätha, trad. Schiefner,

nom sous ceux de € Khadirayana » ou € Khadirana » que lui attribueraient encore les Tämas”. Notre miniature correspond trait pour trait à la description donnée par M. L. Waddell d'une Târà verte entre une Märici jaune et l'Ekaæati bleue (v. pl. VIE 4). Telles sont les variantes orthographiques de nos inscriptions que nous devrions peut-être en rapprocher la € Tärà du bois de Ksaira » de la min. IT, 25: mais la pose en est toute différente (v. pl. VII 5). D'autre part ce € Ksaira » rappellerait aussi bien, et même mieux, la mention du &bois de Khaira » dans le Konkan. à propos de l’Avalokileçgvara de la min. E, 41. Aussi nous garderons-nous d’insister sur ces rapprochements qui n'ont peut-être d'autre raison d'être que notre ignorance.

Les documents Ubétans de M. L. Waddell placent à tort ou à raison le bois de khadiras sur Le fameux mont Potalaka que Tàrà parlageait comme résidence avec Avalokiteçvara. Une autre de nos images, dite € la bienheureuse Târà » et qui se retrouve dans les deux manuscrits, y est explicitement localisée”. Târänâtha nous avertit d'ailleurs qu'on rencontrait plusieurs images de Târà aux divers étages de la sainte montagne. Celle-ci est la seule qui soit assise à l’européenne (v. pl. VIE, 6): comme celle de la pl. VIT 5, elle expose la bonne loi à ses assistantes. Dans le Ms. Add. 1613, ces auditrices sont au nombre de cinq, chiffre fatidique qui se re-

1. GE. la min: E, 46 (x pl VIL 4) V. LL: Waddel ERA NS 006 PP 07 et 89, et Pander, loc. laud., p. 58, n° 161. L'arbre Ahadtra est le mimosa ou acacta calechu. La lecture Xodgadeca nous parait préférable à celle doublement voisine, aussi bien par la forme des caractères que par la situation géographique, de Aongadeca. (Sur ce dernier pays, V. J. Dowson, J. R. A. S$,, t:vur, 1846, p.71)

2. Cf. min. E, 16, et II, 18 (v. pl. VII, 6). Nous retrouverons encore tout à l'heure sur la même montagne la Bhrkuti-Tärà de la pl. VIIF, 1. Au sujet du Potalaka, v. plus haut p. 109, note 1. Tous les renseignements semblent ainsi d'accord pour le faire chercher dans les massifs montagneux du S.-0. de la péninsule.

trouve dans les légendes rapportées par Târänätha, mais que le Ms. À. 15 n'a pas respecté 1c1 encore”.

Il faut enfin signaler une dernière Tàrà verte, du pays de Râdha ou Râhr, dans le Bengale”. C'est la seule qui soit couchée, — sans préjudice de la Bhrkuli qui est jaune, à quatre bras, et que nous rangerons parmi les divinités féminines, pour la plupart à forme extra-humaine, qu'il nous reste à examiner.

1. Cfplus haut, p. 87, note 2. V. Täränàtha, trad. Schicfner, p. 143. 2. Cf. la min. I, 72. L'inscription ajoute Tadihä (?).

' ce

HE CHOMINEURE

TÂRÀÂ PI, VII

Add. 1643, n° 24

Ms

? Ms.

5) Ms. Add. 1643, n° 49

Sin 4 ND :

€ Târâ n'est pas un type isolé, dit M. G. de Blonay dans son excellente étude : elle a de nombreuses sœurs, elle présente bien des traits communs avec les divinités féminines du tantrisme. Plus on se rapproche des pratiques tantriques, plus la différenciation entre chaque personnage divin devient difficile. Dans les stotras et dhâramis, les hymnes de Târà se trouvent confondus pêle-mêle avec ceux de Mârici, Kurukullà, Vasundharâ. Dhanadi. Sampatpradà, divinités féminines qui composent la classe tantrique des Vidyädevis ou Mâtrkädevis. Mais dans ces litanies interminables les personnages sont si vagues qu'on se demande siles noms représentent encore des individualités divines distinctes !. » Nous voudrions justement essayer de fixer les traits de plusieurs de ces divinités. Nous n’en trouvons pas en effet moins de six représentées et nommées dans nos miniatures, à savoir Bhrkuti, Kurukulà, Cundä, Mârici, Vasudhärà et la Prajñàäpà-

ramità.

ST. — Phrhuli el Kurukulà.

A SN A Â. J , Sürement la première — et peut-être la seconde — n’est

qu'une forme particulière de Târà. Notre inscription le dit

1. G. de Blonay, Matériaux pour servir à l’histoire de la déesse buddhique Türä, p. 64.

Il ! 2 ICONOGRAPHIE BOUDDHIQUE

expressément : € Bhrkuli Târà, sur le saint Potalaka’. » Si nous en croyons Târânâtha, c'est l'image qu'on rencontrat @ à la moitié de la montagne. » Nous avons déjà dit qu'elle était jaune, à quatre bras, el — pose assez exceptionnelle — couchée sur un lit. On aperçoit en fait le & froncement de sourcils » auquel elle doit son nom (+. pl. VIT, 1): encore est-elle d'apparence infiniment plus bénigne que la Bhrkuti Târâ tibétaine que nous décrit M. L. Waddell et qui d'ailleurs serait bleue.

D'après les mêmes documents. Kurukulà ou Kurukullà ne serait également qu'un des vocables sous lesquels Târà était adorée. Son image, de couleur rougeâtre, est à la fois redoutable et propice. Tandis que la paire supérieure de ses quatre bras brandit l'arc et la flèche contre les ennemis de la loi, sa première main droite fait le geste qui rassure les fidèles. Dans la quatrième elle tient la fleur d’açoka, seul attribut qu'elle ait conservé sur ses descriptions tibétaines (v. pl: VIT, 2). Telle elle apparaît, assise à l’indienne, sous une caverne, dans chacun de nos manuscrits: mais seul le seribe du Ws. Add. 1643 a songé à l'inscrire et c’est à lui que nous devons de savoir que nous avons peut-être sous les veux la Kurukulà de la montagne du même nom dans le pays de Lâr (Inde oc-

cidentale)

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