‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde (volume 2)Chapitre 31 sur 92 · SD NU · texte numérisé non relu

SD NU

Târânâtha, qui dit merveilles de la formule magique de Kurukulli (sie), nous rapporte encore au sujet de Cundà un

1. Cf. min. 1, 54 (v. pl. VITE, »). Cf. Täränàtha, trad. Schiefner, D. 149,-el L. Waddell, J. R. A. S., 1894, p. 85.

2. Cf. les min. Æ, 53 (v. pl. VII, 2), et IT, 27. Cf. L. Waddell, ibid., p. 80. Notons à la bibliothèque de l’Université, à Cambridge, l'existence d'un Xurukulli-Kalpa (ms. Add. 1691, I, Catalogue de GC. Bendall, p. 178). Täàrànätha parle d'une formule magique de Kurukulli (trad. Schiefner, p. 102).

Ra Cexoat(GruPos VIF, So E (Provenant d'Amarävali? British Museum. Hauleür 1),

véritable conte de fées. Bien prit au fils du génie de l'arbre et de la belle Ksatriyà de lavoir choisie comme patronne : car avec son aide, il tua la méchante reine dont le lit était chaque soir un tombeau pour un nouveau roi du Bengale et depuis 1} régna en paix sous le nom de Gopäla. Cette tutélaire divinité apparaît dans nos manuserits sous deux formes, l'une à quatre et l'autre à seize bras”.

La première, de couleur rougeâtre, est tout à faut bénigne. Dans ses mains supérieures elle porte, comme la Prajñäpâramità, le rosare et le livre: mais ses mains inférieures, au heu d’être en dharmacakra-mudrä. sont dans l'attitude de la .méditalion : un vase repose sur ses paumes ouvertes (v. pl. VIE 3). Elle présente ainsi une analogie frappante avec une statue médiévale, probablement originaire d’Amarävati, etqui décore aujourd'hui le grand escalier du Brilish Museumn (fig. 24). Sur l'image du Ms. Add. 1645 un moine, quatre fidèles laïques, un éléphant et un tigre sont échelonnés autour d'elle. La présence de ces animaux force à se demander, non seulement si Cundâ n'était pas d'un ordinaire recours contre les bêtes fauves ou furieuses, ce qui va de soi, mais enCOre Si NOUS h aurIONS pas iC1 un souvenir de ecs litanies peintes ou sculptées où l’on voit un Avalokiteçvara ou une Târà délivrer tour à tour « des huit périls », au nombre desquels figurent toujours Féléphant en rut et le tigre*. Malheureusement la miniature n’est pas suffisamment claire pour que nous puissions en décider, et celle du Ms. À. 45 (dont linscripuon a d'ailleurs été omise) ne reproduit pas

1. Cf. les min. E, 5x (v. pl. VITE, 4), et £,.58 ou II, 32 (Cv pl MIN, 3). — V. sur son compte Târänâtha, trad. Schiefner, p. 202 ét S. Beal, À catena of buddhist Scriptures, p. 4x1, où elle est appelée « Tchundi ».

2. V. L. Waddell, J. R. A. S., 1894, p. 58, et Zndian antiquary, 1893, p. 9-10; J. Burgess, Buddhist Cave-temples, pl. XXIIT, 3 etp. 5r, où la bibliographie est donnée, etc. CF. la description poétique de ces images dans le Sragdharästotra, St. 10-18 (G. de Blonay, La déesse buddhique Türä, p. 36 et 42).

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ces assistants. L'image serait celle de la Cundâ de la ville de Vuñkarà dans le pays de Lär.

Fig. 25. —.Cuxpa (Cr. Pc. VIIL !

(Près de la porte orientale du couvent çaiva de Bodh-Gayä. Hauteur 1,65).

De son côté l'idole à seize bras, particulière au premier

TO

manuscrit, habiterait justement € le séjour favori de Cundà » dans le pays, encore inconnu pour nous, de € Pattikera ». Son air bienveillant contraste avec l'appareil menaçant de ses attributs (v. pl NH. A). ‘Foudre, disque, massue, épée, arc, flèche, hache, trident, etc., rién ne manque à son arsenal de guerre mais en niême temps, pour le fidèle qui sait voir, sa première paire de mains est dans la pose dé l’enseignement, une autre dans celle de la charité, d’autres encore tiennent le rosaire, le lotus d'or, le flacon d’ambroisie : ‘et' c’est sans doute ainsi que cette divinité singulière se trouve être aussi propice aux bons que terrible aux méchants. Vous reconnaîtrez tous ces attributs contradictoires aux mains d'une des plus curieuses statues que renferme la maison du Mahant à Bodh- Gayà (v. fig. 25). Elle se cache dans l'ombre d’un petit sanctuaire, à droite en sortant par la porte qui donne sur la rivière Phalgu ou plus exactement Halâñ}, la Nairañjanà des vieux textes. Encore qu'elle ait dix-huit bras au lieu de seize, nous ne pensons pas qu'on puisse hésiter sur cette identification ”.

S 117. — Mérict.

Les Chinois confondent, paraît-il, en une seule les déesses Cundà'et Mârici.- Si l’on en juge par son nom et par le culte

1. La statue est assise sur un lotus double dont la tige est soutenue par deux Näga-râjas. La première paire de mains (brisée) étaiten dharmacakra-mudra. Des mains de’droité la 28"eét brisée ‘la 3° est mi-étendue dans un geste 'intermé diaire entre la sara-mudrä et l'abhayapäni-mudrä, la /e tient l'épée, la 5e et 6e des joyaux (?), la 7° un foudre, la 8° un croc, la g° une massue en forme de khälvänga." D'autre part, des mains de gauche la 2° est brisée, la 8e tient la massue en forme de bâton, la /° la tige du lotus, la 5e le flacon d’ambroisie, la 6e le lacet et la 7° le disque, tandis que la 8e et la € sont brisées. C’est, semble-t-il, de cette statue que Ràj. Mitra a donné une reproduction fantaisiste dans la pl. XXXI, 5, de son Buddha-Gayÿä mais sans proposer pour elle aucune espèce d'identification, Comme nous le verrons par la suite, le nombre des bras de ces

divinités tantriques est en somme assez flottant.

LES DIVINITÉS FÉMININES LA qu'on lui rend encore au Tibet, cette dernière serait une personmification de l'aurore: du moins son appellation semble dérivée du sanskrit marici qui signifie € rayon de lumière » et c'est comme telle que les lâmas l’invoqueraient tous les matins au lever du soleil'. Nous en avons deux figures bien différentes, l'une rouge et l'autre jaune.

L'inscription insiste sur le fait que celle-c1 est &« à deux

Fire. 26. — Manici ? (Cr. Pr. VII, 5).

(Dans la cour intérieure du couvent çawa de Bodh-Gayä&. Hauteur 0",62).

bras », mais oublie de nous indiquer la place de son € sanctuaire ». Elle est assise à l’indienne, la jambe droite pendante et la main droite sur le genou, dans la pose de la charité. Seuls son œil frontal et la fleur d’acoka, qu'elle Uent à Ja main gauche, lui donnent, en l'absence de toute couleur,

1. Cf. les min. I, 62! (v. pl. VII, 6), 55 (v. pl. VITT, 5), et II, 26. V. Eitel, Handbook, sub verbo « Maritchi », et L. Waddell, ZLamaism, p. 361 et Prat.

un air un peu différent de celui de la secourable Târà (v. pl. VIIL 5): Aussi identifierions-nous plus volontiers avec cette forme de Màrici une des statues aujourd'hui encastrées dans les murs de la maison du Mahant à Bodh-Gayà (fig. 26).

La seconde forme a-un aspect autrement caractéristique el presque exceplionnel avec sa rouge corpulence et ses trois faces à trois yeux. Debout dans la position du üreur à l'arc et agitant au bout de ses dix bras autant d’attributs meurtiers au centre d'une auréole flamboyante, c’est assurément l'image la plus hideuse — nous dirions volontiers la plus tibétaine — que nous ayons encore rencontrée (v. pl. VILLE 6). Sur la min. E, 62 elle est en outre coiffée d'une tête effarée de cheval, rappel des liens conjugaux qui l’umissent à Hayagrîva. C'était, au dire unanime de nos deux manuscrits, @ la Mârict d'Odiyâna » (re : Udyäna?). On à retrouvé au Magadha plusieurs statues à pose et attributs identiques. Elles n'ont d'ordinaire que huit bras et, des trois faces, celle de gauche est une tête de sanglier : sept autres petits sangliers rangés en sens opposés au bas de la stèle traînent une sorte de char que supporte une tête de Rähu (v: fig, 27) 2107880 sans doute à cette face et à cet attelage de sangliers (vardha) que celle divinité doit son surnom de Vajravarähi, le seul sous lequel elle fut jusqu'ier connue. Nos inscriptions prouvent qu'il s’agit en réalité d'images de Mâriei. Ces statues nous apprennent à leur tour ce que, faute de nous montrer ces vardhas, nos miniatures laissaient inexpliqué, à savoir

1. Remarquez que, par une inadvertance de l'artiste, on compte onze bras, cinq à droite et six à gauche, sur la min. I, 62, reproduite pl. VIT, 6. Une statue conservée dans la maison du Mahant, à Bodh-Gayà, n'en a que six. (CF. min. IF, 29). Celle reproduite par Cunningham, Mahäbodihi, pl. XXX, en a huit. Il est à remarquer qu'au Kachmir les statues de Visnu ont également trois faces, dont une (celle de gauche) de sanglier. Pour des Märicis chinoise et japonaise, ayant le même vahana, v. Pander, n° 163, et Von Siebold, n° 418 (toujours à six bras).

he : d

Fig. 27: — Manici (Cr. Pr. VIT, 6).

(Provenant du Magadha. Musée de Caleulta. Hauteur EN LOS)

d'où vient à la Mârici du Japon, de la Chine et du Tibet son ütre de «laie de diamant » et sa porcine monture. Nos documents forment ainsi comme un pont entre ces images non-indiennes. qui portent le même nom que nos miniatures, et ces statues du Magadha, qui peuvent s'identifier à l’aide de nos inscriphions. Toutes ces figures peintes ou sculptées de Märici, dont on peut rapprocher encore celle de la çakti de la pl. IX, 6, nous forcent d'ailleurs à reconnaître que le goût des limas pour le fantasmagorique et l'horrible existait déjà, au moins en germe, dans l’art indien.

) Ms. Add. 1643, n’ 53

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9 Ms. Add, 1643, n° 58

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ll Ms. Add. :

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