CHAPITRE III
Nous n'avons pas encore épuisé la liste des miniatures à personnages de nos manuscrits ou du moins de lun d'eux. Mas les huit images qui couvrent les deux derniers feuillets du Ms. Add. 1643 ne sont pas inscrites : elles méritent à ce titre une place à part. Nous n'avons plus ici comme précédemment, pour guider nos recherches, le bénéfice d'annotations précises laissées par un bouddhiste compétent. Force nous est donc d’en tenter l'identification, réduits à nos seules ressources. La tâche n'est heureusement pas désespérée, en dépit du mauvais état de quelques-unes de ces peintures — dégradations qui s’expliquent assez par l'usure toujours plus grande des dernières comme des premières feuilles des manuscrits, en raison du frottement des planchettes.
Si nous examinons en effet ces huit miniatures, nous constatons qu'elles nous présentent exactement les mêmes personnages que nous venons de rencontrer. À première inspection elles semblent se distribuer en deux séries faites l'une de groupes fixes et ternaires, l’autre de scènes animées empruntées à la légende du Buddha. Nous distinguerions ainsi provisoirement cinq épisodes légendaires et trois triades sacrées '. Or, de tels groupes et de tels tableaux sont tou-
1. Cf. min. I, 58, 80, 81, 83, 85, d'une part, et I, 79, 82, 84, d'autre part CVplX).
jours offerts de nos jours à la vénération des fidèles et d'autre part nous leur trouvons des répliques jusque dans les plus anciens monuments de l'art indien ou indo-grec. Nous avons donc des éléments d'identification suffisants pour justifier l'entreprise. Là d’ailleurs où nos miniatures sont par trop détériorées, nous pourrons recourir aux images analogues que contiennent encore d'autres manuscrits anciens el nolamment le Ms. Add. 146% de la bibliothèque de Cambridge".
Ç1. — Les prélendus groupes symboliques.
La première des triades (min. I, 79) nous montre Île Buddha debout entre deux personnages laïques en costume d'apparat. Sa main droite est dans la pose de la charité ; sa main gauche, par un geste que nous savons familier, ramène sur l'épaule un pli de sa robe. Ses deux assistants sont naturellement de plus petite tulle : celui de droite porte un flacon et un chasse-mouche ou cdmara: celui de gauche üent à deux mans au-dessus de la tête du Maître un parasol d'honneur dont on n'aperçoit plus que le manche. Il semble qu'on soiten présence d'une de ces représentations du Buddha entre deux Bodhisativas aussi fréquentes dans l’art bouddhique que par exemple celles du Christ entre deux anges le sont dans l'art byzantin. Pour ne pas aller plus loin, nous avons déjà vu passer, en feuilletant nos manuserits, des images fort analogues, une entre autres du Buddha Dipañkara *.
Si nous regardons cependant de plus près cette miniature, nous nous apercevons que les assistants ne se prêtent guère à celte interprétation. Tout d'abord ils n'ont pas l’ürnà des êtres prédestuinés à la Bodhi: au contraire celui de gauche
1. Sur ce ms. et ses miniatures, v. plus haut p. 31 et p. 35.