‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'IndeChapitre 11 sur 53 · Cf. plus haut, p. 26, n · texte numérisé non relu

Cf. plus haut, p. 26, n

4. Nous considérons läksepa® (mais non mahüraja-liläo) comme l'équivalent de lalitäksepao; cf. plus bas, p. 34, n. 2. BUT

AVALOKITECVARA UT

L'accord, comme on peut voir, est parfait entre le sadhana et la miniature, sauf sur un point: les deuxièmes mains de droite et de gauche d’Avalokiteçvara portent sur l’image les attributs du serpent et du crâne que le texte se borne à disposer à ses côtés". On pourrait encore faire remarquer que le Bodhisattva et sa compagne sont figurés à l’intérieur d’une grotte : la descripuion citée n’en dit rien; mais une autre version n'a eu garde d’omettre ce délail, et même elle nous apprend que cet antre s’ouvrait au creux d’une montagne de pierres précieuses”.

Simhanada-Lokeçvara. — I est, d'autre part, des occasions où la lecture des sädhana permet de corriger les conclusions que l’on pourrait être tenté de rer de l'examen des seules miniatures. Les Népâlais et les Tibétains désignent, par exemple, sous le nom de Simhanäda-Lokeçvara (le « seigneur au rugissement du lion », entendez : à l’enseignement de la loi), une divinité qui emprunte à Mañjuçri sa monture el son glaive, à Avalokiteçvara sa couleur blanche et les deux attributs du crâne plein de fleurs et du trident où s’enlace un serpent, que nous venons de lui voir. L'étude des miniatures nous avait inspiré quelques doutes sur l'antiquité de ce bizarre compromis qui n’y figurait pas: quatre sädhana et une dhärant attestent au contraire l'authenticité indienne de celle création composite, et dès lors 1l devient tout à fait vraisemblable que ce nom puisse et doive même être déjà attribué à telles statues du Magadha (fig. 2) °. M. Grünwedel

1. On remarquera que le sädhana ne fait que conserver aux secondes mains leurs attributs accoutumés, lotus et rosaire ; cf plus haut, p. 29. 2. Var. : ratnacalaguhäntahstham (Mss. Br, fol. 12 r° ; Bo, fol. 9 vo: B3,

1OLSEII T0), 3. Il faudrait par suite donner cette subscription à la fig. 16 de la P.E.;

cf. ibid., p. 115-116 et Grünwenez, Myth., p. 130 et suiv.

32 LES BODHISATTVAS

a déjà publié un fragment d’un de ces textes, le troisième! : nous donnons ici le prenuer.

Namah Simhanadaya.

Dvibhujaikamukham çuklam trinetram simhavahanam Simhanadam aham vande sarvavyadhiharam gurum.

Adau tävan mantri, mukhaçaucädi krtvä, manonuküle sthäne sukhasanopavistah ... çüunyatäm adhitisthet. Tatah, pranidhänam anusmrtya, çukla-pam-käraparinatam kamalam, tadupari çukla-am-käraparinatam candramandalam, tadupari çukla-ah-käraparinatam çvetasimham, tadupari çukla-am-karaparinatam çvetapadmam, tadvaratake çukla-hrih-käram sphuradraçgmivisaram : etat sarvam parinamya Simhanädarüpam ätmäanam paçyet L

Sarvañgaçuklam, dvibhujaikamukham, trinetram, jatamukutadharam, Amitabhälañkrtaçirasam, maharajalilaya sthitam, simhäsanam, vyaghracarmämbaradharam, sphuratpañcatathägatam...?, ardhacandrälañkrtam; vamahastasthitam çuklapadmopari sitakhadgam, tatsamipasthitam çuklapadmopari nänäsugandhikusumaparipürnaçuklakarotakam ; daksine sitapadmopari sitaphanivestitäntatriçuladandam ; evambhütam Bhagavantam dhyatva, dhyanät khinno mantri mantram japet….

(Simhanada-sadhana : Mss. Br, fol. 16 v° Ba OL 16 ire Ba fol.y15 vaeter6 #0)

« Hommage à Simhanäda ! A celui qui a deux bras et une seule face, qui est blanc, qui a trois yeux, qui a un lion pour monture, à Simhanäda je rends un culte, à lui le Maître, guérisseur de toute maladie. Tout d’abord que le conjurateur, sa toilette faite, assis à son aise dans un endroit selon son cœur … atteigne à la notion du vide. Puis, se rappelant son vœu, (qu'il voie), développé de la syllabe « Pam ! » blanche, un lotus: et par-dessus, développé de la syllabe « Am! » blanche, un disque de lune ; et par-dessus, développé de la syllabe «Ah!» blanche, un lion blanc: et par-dessus, développé de la syllabe « Am ! »

1. Le fragment publié par M. Grünwedel (tbid., p. 212, n. 85) se trouve dans les Mss. Br, fol. 18 r°; Bo, fol. 18 vo; B3, fol. 17 r°.et vo.

2. Ces points de suspension marquent la place d’une épithète : amsalulilapañcaciram (les Mss. B2 et B3 lisent à tort: °viram) qui rappelle l’une de celles de Mañjucri, dit le pañcacira, et dont nous renvoyons la discussion à la page L2.

Fire. 2, — Simhanada-Lokeçvara.

(Provenant de Hasanpur, district de Monghir. Phot. du Musée de Calcutta)

34 LES BODHISATTVAS

blanche, un lotus blanc !; et sur le cœur dudit une syllabe « Hrih ! » blanche et toute rayonnante : ayant développé tout cela, qu'il se voie sous les espèces de Simhanäda : le corps tout blanc, à deux bras, à une seule face, à trois yeux; le chignon en forme de tiare: la tête ornée d'Amitäbha; accroupi (à l’indienne), le genou droit relevé?, assis sur un lion ?, vêtu d'une peau de tigre “, les cinq Buddhas émanant de sa personne, orné d'une moitié de lune; dans sa main gauche se tient, au-dessus d’un lotus blanc, un glaive blanc, et près de lui, sur un lotus blanc, un crâne blanc rempli de diverses fleurs parfumées; à droite’, sur un lotus blanc, un trident dont l'extrémité est enveloppée d’un serpent cobra blanc ; ayant médité sur le Bienheureux en cet appareil, las de sa méditation, que le conjurateur prononce la

formule (de conjuration).. »

Nous n'avons rien à ajouter à cette description de la statue 1c1 reproduite : tout au plus pourrions-nous souligner — au point de vue purement esthétique, car elle est loin d'être sans valeur d'art — le caractère féminin de sa beauté et l’élégante morbidesse de sa pose.

Harihariharivahanodbhava-Lokecvara. — De cette forme du Bodhisattva, reconnaissable à sa monture, 1l faut rapprocher une autre dont le nom fantaisiste ne s'explique guère que par le texte. En fait, il s'agit d'un Avalokiteçvara juché

1. Ce lotus intercalaire est d'ordinaire supprimé dans les descriptions comme dans les monuments. Sur la figure 2 il semble avoir été remplacé par un coussin.

2. Mot à mot : dans la pose pleine d’aisance d’un roi; cette expression n’est pas, comme nous l’avions d’abord pensé (P. E., p. 67, n. 5), synonyme de lalitaksepa, et il faut, d’après l’analogie des statues, y voir ce que nous disons. Cf. plus bas, p. 43 et fig. 2 et 5. :

3. Nous traduisons simhasanam comme équivalant ici à : simhavahanam.

4. Var. équivalente : portant un habit d’ascète (tapasvivesadharam).

5. On sait que déjà dans l’art du Gandhära des figures accessoires se profilent ainsi sur les auréoles : sur la figure 2, elles décorent simplement le bord supérieur de la stèle.

6. L’équivalence de karotaka — kapäla est, en outre, attestée par les variantes.

7. Il n’est pas dit que cet attribut soit dans la main droite : en fait les monuments le placent seulement du côté droit (cf. fig. 2).

AVALOKITEGVARA 80

sur Visau /Hari), lequel est lui-même monté sur Garuda (Harivähana), qui est à son tour perché sur un lion fhari). L'assonance a, comme on voit, sa bonne part dans cette superposition d'êtres hétéroclites : mais d’un autre côté celle-c1 n’est pas sans analogie avec la façon de composer les dossiers des trônes tant peints que sculptés’, et nous ne serions pas surpris qu'elle ait pu tenter un artiste :

Pürvoktavidhänena çünyatäbhävanänantaram sita-hrih-karanispannam Harihariharivähanodbhavam ? Bhagavantam Aryävalokitecvaram sarvañgaçuklam, jatämukutinam, çäntavesam, (sadbhujam), daksinakarena Bhagavantam Tathägatam säksinam kurvantam, dvitiyenaksamälädhärinam ?, trtiyena duhkuhakam lokam upadarçayantam, vamena dandadharam, dvitiyena krsnäjinadharam, trtiyena kamandaludharam, simha - Garuda - Visnu - skandhasamsthitam * ätmänam dhyatva : Om hrih hüm iti mantram japet.

(Hari-hari-harivaähanodbhava-sädhana : Mss. À, fol. 45 a, v° ;: Br, fol. nv ban Bill arEnel 28 nr Déidol-asire.)

« Qu'on procède de la façon ci-dessus exposée jusques el y compris la méditation sur la notion du vide ; d’une syllabe « Hrih! » de couleur blanche naît le Bienheureux H° A°; le corps tout blanc, couronné de son chignon, l'aspect propice, à six bras; de ses mains droites (en commençant par en bas?) : 1° 1l prend à témoin le Buddha ; 2° il tient le rosaire ; 3° il désigne le monde mécréant ; de ses mains gauches (en continuant de haut en bas®), il tient : 1° un bâton ; 2° la peau d’une antilope noire ; 3° un vase à eau (d’ascète); il se tient sur les épaules de Visnu (qui se tient) sur Garuda (qui se tient) sur un lion ; après

1. Cf. sur ce point P. Æ., p. 68, et Grünwenez, Buddhistische Kunst in Indien, p. 51 et sqq.

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