TARA
La seule déesse qui tint une place considérable dans notre collection de miniatures était Tara ; le rôle éminent que nous étions dès lors disposés à Lui attribuer dans la mythologie du Bouddhisme se trouve confirmé par notre collection de sädhana, où elle est encore la seule à rivaliser d'importance avec Avalokiteçvara et Mañqjuert. Non moins de trente conjurations lui sont directement adressées sous son nom de « Sauveuse »: et 1l faut en ajouter autant qui l'évoquent sous les vocables de Jañguli, d'Ekajata, de Bhrkutr et de Kurukulla : car ce ne sont là, en définitive, que de simples épithètes. À la vérité, elles ont fini par donner naissance à des personnalités assez distinctes pour Qs'assister » entre elles ; mais 1l paraît que cela n'empêche en rien leur foncière idenüté, ou du moins nous n'avons aucune raison de révoquer en doute l'assurance formelle et réitérée que nous en donnent nos documents. Le procédé le plus simple et le plus pratique pour classer tant de descriptions d'une divinité à tant de formes paraît être de les ranger par couleurs’. On se
1. Le seul sädhana qui reste en dehors de ce cadre commode, l’auteur ayant oublié de spécifier la couleur de sa déesse, est une Tara (probablement verte et
rappelle que Tara assume tour à tour les cinq teintes sacrées, rouge, bleue, jaune, blanche et verte : nous commencerons par ce dernier type, qui semble avoir été le plus popu-
lare.
Sr. — La Türa verte.
Notre premier soin sera de constater que les titres de deux des saädhana reproduisent les inscriptions de deux des miniatures : ce sont ceux et celles où 1l est question de Tara € la grande » /Mahallari) et de la & Tara du bois d’acacias » (Khadiravani). L'occasion est bonne pour comparer à l’image peinte son commentaire écrit. Voici toute la partie iconographique de ces textes :
. Tram çyämäam, dvibhujäm, daksine varadäm, vame sanälendivaradharam, sarvabharanabhüsitäm, padmacandräsane paryañkanisannäm vicinta yet !…
(Mahattari- Tara-sadhana : Mss. À, fol. 58 r°; Br, fol. 62 w° et 63 r° ;
Bo Holscorrs Sol 6h
« Tara est (vert) foncé; elle a deux bras: à droite elle épand ses faveurs, à gauche elle tient la tige d’un lotus bleu; elle est ornée de toutes les parures ; sur la lune ? d’un lotus rose, elle est assise les jambes étroitement croisées (à l’indienne) : qu’on la conçoive ainsi... »
C'est la couleur, le geste, l'attitude de la figure centrale des miniatures I, 14 et 56 et II, 16°. L'autre sädhana fait
pareille à la Mahattari- Tara) dite Aryastamahäbhaya, c’est-à-dire « dont le seul rappel délivre des huit grandes craintes » ou plutôt des huit périls qui peuvent menacer les fidèles de la part des démons, de l’eau, du feu, des éléphants, des tigres, des serpents, des brigands et de la police (Yasyäh smaranamaätrena nastam astabhayänakam, etc. : Mss. Br, fol. 74 v° et 75 ro ; Ba, fol. 86 ro et ve; B3, fol. 65 r° et vo). — Sur ce genre d'images, cf. P. E., p. 144 et n. ».