SARASVATI
$ v. — Sarasvali.
. On voit combien il devient facile, à confronter la pierre et
la lettre. de définir une divinité, serait-elle exclusivement bouddhique et sans notoriété ; et l’on peut même aller jusqu'à prédire à coup sûr ce qu'on a chance de rencontrer sur d’autres stèles, qui sont encore à découvrir. En revanche ce serait une entreprise désespérée que de vouloir reconstituer un type, füt-1l célèbre et connu par ailleurs dans la mythologie brahmanique, sans le contrôle des images et à l’aide des seules descriptions des sädhana. Tel est le cas de la Sarasvati bouddhique, de qui nous n'avons entre les mains n1 miniature n1 statue indienne ‘. Nous trouvons bien dans nos textes l'attestation de ses talents et de ses vertus spéciales ;: en lui donnant la forme féminine d’un des noms de Mañjuçrt, ils confirment expressément les liens étroits qui unissent à Vägicvara Vägiçvari (cf. plus haut, p. 48) ; ou encore ils la désignent par l'appellation de Gärada sous laquelle elle est toujours connue au Kaçmiîr ; enfin ils la décrivent..., ils ne la décrivent que trop et surtout sous trop de formes ! D'abord — cinq fois sur huit — elle sera blanche et à deux bras : mais nous serons surpris de constater qu une fois seulement sur cinq, elle joue de ce luth (via) qui passe pour son attribut caractéristique. Pourtant elle ne risquait guère de se confondre ainsi avec la Jäñgulr, que suffiraient toujours à différencier ses quatre bras et ses serpents. Au contraire, quand elle s’avise de saisir dans sa main gauche, ainsi qu'elle fait d'ordinaire, le livre de la Prajñäparamitä, ne serait-ce pas dans le dessein plus ou moins avoué d'être confondue avec 1. Du moins de l'époque que nous appelons médiévale. On sait que M. Grün-
.wedel a fort ingénieusement conjecturé que Sarasvati paraît déjà dans l’art du Gandhära ; cf. Myth., p. 154 et fig. 17 et 129.
la forme blanche de cette dernière ? Une fois même, comme pour rendre l'illusion plus complète, elle tient aussi dans sa main droite le lotus rose”! Elle le remplace une autre fois par un foudre, en qualité de « Vajra-Sarasvatï »: Mais d’autre part, toujours sous ce même vocable, et extraite ou non d’un € tantra du Yamäri bleu » /Krsnayamäritantroddhrta®), elle prend la teinte rouge, trois faces, six bras, des armes et la pose de bataille *... A laquelle entendre, et, à défaut du contrôle des monuments figurés, comment choisir ?