SORTE
la résurrection du Christ, nous n’avons aucun indice qu'il ait répété les prédictions touchant sa parousie ; bien plus, il ne parle que de son entrée dans la gloire, de l'effusion du Saint-Esprit et renvoie ses disciples à sa présence spirituelle (Matthieu XXVIIT, Actes I, 8, Luc XXIV, 26). » Il semble étrange, en effet, que Jésus, à ce moment, n'ait pas dit un mot d’un événement aussi capital que sa parousie et qui passionnait les disciples à un si haut point. Ce silence ne se conçoit guère chez celui à qui l’on attribue les discours de Matthieu, XXIV, XXV et parall., et nous y trouvons une nouvelle présomption en faveur de notre thèse.
On s'explique d’ailleurs aisément comment la séparation de ces deux idées a pu s’opérer dans l'esprit des apôtres. Il est très probable qu'avant la mort de Jésus, ils n'avaient rien, ou presque rien compris à la prédiction de ses souffrances, de sa mort, de sa résurrection et de sa parousie. C’étaient des lettres mortes auxquelles les événements seulement vinrent donner corps et vie ; car on ne s'explique pas autrement le désarroi et le trouble des Douze pendant la passion de Jésus. Aussi la résur-
rection fut-elle pour eux une véritable révélation. Main-
tenant ils comprenaient ce que le Maitre avait voulu dire. Cependant un point était encore obscur. Le Messie, d’après Daniel, devait venir sur les nuées du Ciel, au vu de tous les hommes, pour juger le monde et rétablir Israël. Or la résurrection de Jésus, quelque importante qu’elle pût être, était cependant loin de répondre à cette glorieuse perspective. Il n’y avait guère qu'eux qui s’en fussent aperçus. Cette venue était donc bien trop obscure et trop humble pour être la véritable. Et l’on sépara la parousie de la résurrection pour la reléguer dans un avenir plus
er pe
ou moins rapproché (Actes TI, 6), et pour lui permettre de répondre à toutes les espérances qui enflammaient leur cœur et leur imagination.
On fit plus. Suivant un point de vue assez facile à comprendre, l'Eglise primitive avait réservé à Jésus, la victime des méchants, le droit d’exercer le jugement contre eux. Dieu le Père était, pour ainsi dire, relégué à l’arrière-plan. La figure du crucifié attirait tous les regards, recevait tous les hommages, en sorte que l’on fit coïncider la parousie avec la fin du monde et le jugement. Cette attente, fiévreuse et universelle dans l'Eglise du premier siècle, après avoir atteint son paroxisme vers l’an 70, se calma devant l’ordre de la succession des temps. Le montanisme au II° siècle et les terreurs de l’an mille produisirent une nouvelle recrudescence de ces espérances apocalvptiques. Mais ce dernier démenti de l’histoire fut définitif, ct aujourd'hui la grande majorité des chrétiens, sans renoncer à l'erreur des apôtres, n’accorde pourtant
.à cette question de la parousie qu’une importance secondaire. Et les calculs plus ou moins ingénieux ou fantastiques de quelques-uns, si impitoyablement et si piteusement renversés par le temps, montrent que l’on fait bien, en attendant que la conscience chrétienne devienne assez forte pour oser séparer ce que l’Eglise primitive, avec la plus entière bonne foi, avait eu le tort d’unir.