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le royaume messianique serait un royaume spirituel. Et c'est cette erreur sur la véritable nature du royaume, qui lui à fait méconnaiître le Roi, le Messie. Son idée sur le Messie est donc à la fois une conséquence et une confirmation de son idée sur le royaume messianique.
Iei l’on pourrait peut-êlre nous objecter que tous ces doutes de Jean-Baptiste sont d'avance réfutés par la cerüitude qu'il aeue de la messianité de Jésus le jour où il l’a baptisé dans le Jourdain. Il aurait vu le Saint-Esprit descendre sur Jésus sous forme de colombe (Luce, LV, 22), et il aurait entendu une voix venant du ciel et disant à Jésus : « Tu es mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toute mon affection (Marc, I, 11). Matthieu rapporte même les scrupules de Jean-Baptiste à l'égard du désir de Jésus, ainsi que les paroles de celui-ci pour lever ces scrupules : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi ce qui est juste » (Mat. III, 15). Or, nous ferons simplement remarquer que rien chez Marc et Matthieu n'autorise à donner au verbe voir (&%) un autre sujet que Jésus. C’est Jésus qui a vu ou plutôt senti l'esprit de Di: u descendre sur lui, et c’est lui qui a entendu la voix de Dieu dans son cœur. Ce drame, tout subjectif et intime a été objectivé plus tard par la tradition et amplifié chez Matthieu. Mais d’après Marc et Mathieu, Jean- Baptiste n’a rien vu ni eutendu d’extraordinaire. « Cette scène a eu lieu, non pour donner à Jean-Baptiste une conviction, mais pour introduire Jésus dignement et puissamment dans le ministère qu’il allait commencer (1). »
Cette idée de Jean-Baptiste sur le Royaume des Cieux était partagée par tous ses compatriotes. Son père Zacha-
(1) Reuss, Hist. évang., p. 172.
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rie voit avant tout dans le Messie un puissant sauveur de la maison de David, un guerrier qui délivrera le peuple de la main de ceux qui lehaïssent (Luc, [, 68). Le vieillard Siméon attend la délivrance de Jérusalem (11, 26). Les disciples se querellent pour savoir lequel d’entre eux serait le plus grand dans le Royaume des Cieux, et les fils de Zébédée veulent y occuper les premières places (Marc, X, 35, Mat. XX, 2). Le peuple croit que le Royaume de Dieu va paraître à l'instant (Mat. XIX, 11) et il goûte à l’avancelesrepasetles festins quivseront donnés (Lue,XIV, 15). La vie de ce Royaume sera un prolongement perfectionné de celle-ci, la vie conjugale s’v continuera (Mat. XXII, 28), et il réunira toutes les conditions d’un bonheur terrestre. Enfin, toute la conduite des disciples ne fait que confirmer le matérialisme des espérances juives.
Et pouvait-il en être autrement? Nous ne le pensons pas. Israël est persuadé qu’il n’y a qu’un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, qu’il est le peuple bien-aimé de ce Dieu, que la terre qu’il habite est une terre sacrée, que le temple est la demeure de ce Dieu; en un mot, Israël a le ciel sur la terre. Qu’a-t-il besoin de chercher ailleurs ce qu'il possède? Si le présent est sombre, ce n’est qu'une sorte de châtiment qui durera peu, pour faire place à un avenir d'autant plus glorieux. Et cette espérance est pour eux aussi certaine que l’existence même de Dieu. L'idée d’un Royaume de Dieu, en dehors de la Palestine, de Jérusalem, du temple, ne pouvait pas naître dans un esprit Juif. Pour faire éclater ce cadre étroit, pour révéler à Israël un monde nouveau, et le véritable, pour faire son éducation, il ne fallut rien moins qu’une intervention directe de Dieu, il fallut un rayon divin qui déchirât ces épaisses ténèbres, il fallut un Envoyé du ciel pour révéler
le ciel, il fallut Jésus-Christ. Quelle a été son idée du Royaume de Dieu? Cest ce que nous allons examiner
maintenant.