IVI
134 l'invention
gorge traversée de part en part ; il tombe comme un chêne, tout de son long, et de ses doigts crispés saisit la poussière '. Théon, à qui Antiloque a tranché la veine jugulaire, tombe sur le dos en étendant ses mains vers ses compagnons * ; geste naturel et touchant d'un homme perdu. Alcathoos, droit comme une colonne ou comme un arbre élevé, reçoit un coup de lance en pleine poitrine ; il tombe ; le cœur percé par le fer et palpitant encore fait trembler, dit le poète, la hampe de la pique ' ; Astéropéos est blessé au ventre près du nombril ; ses entrailles se répandent à terre *. Blessé également au bas-ventre, Arètos saute en avant, comme un taureau sauvage frappé d'un coup de hache entre les deux cornes, et tombe à la renverse '. Atteint dans le dos d'un coup de javelot qui pénètre jusqu'au nombril, Polydore tombe sur ses genoux en criant et, penché vers la terre, contient ses entrailles avec ses mains *.
Par ces scènes et bien d'autres, qu'il serait trop long d'énumérer, l'imagination est comme terrifiée; l'expression de « misérables mortels, » qui revient quelquefois dans la poésie homérique, en acquiert une force toute particulière, un accent extraordinaire de vérité. La mort vient vite toutefois ; et le poète décrit rarement, pourne pas dire jamais, les souffrances de cette courte agonie ; il nous les laisse deviner. S'il a parlé de la douleur, c'est dans des cas où la blessure n'est pas mortelle ; ici encore il s'exprime avec une grande justesse. Non
3) xiii, 438. Nous devons tenir cette observation pour très exacte, dit M. Daremberg, bien que les armes employées aujourd'hui ne laissent guère le moyen de la vérifier... M. Daremberg cite, d'après le Mémoire de M. Jamin sur les plaies du cœur, ce passage de Paul Egine : « quand le cœur est blessé, le trait marque quelquefois le mouvement des pulsations. » L^autorité de Paul Egine en chirurgie rend ce témoignage important.