CHAPITRE VIII
Les scènes dans lesquelles les dieux jouent un rôle sont de
deux sortes ; dans les unes ils n'ont de rapport qu'entre eux ;
dans les autres ils sont mêlés aux hommes.
Conseils tenus Parmi les premières, il faut regarder comme les plus impar les dieux. , . , ., , ,• t, • i
portantes les conseils tenus par les dieux. 11 y a cmq de ces
conseils dans l'Iliade ; le premier a lieu quelque temps après la querelle d'Agamemnon et d'Achille, après l'entrevue de Zeus et de Thétis ; Hère reproche à Zeus l'engagement qu'il a pris vis-à-vis Thétis et qui doit, pour honorer Achille, ajourner la chute de Troie. Le second conseil suit le combat singulier de Paris et de Ménélas ; Hère demande la continuation de la guerre et Athènè, sur l'ordre de Zeus, descend tout exprès du ciel pour rompre la trêve. Dans le troisième conseil, qui se place entre la deuxième et la troisième bataille^ Zeus impose à tous les dieux, sous la menace des châtiments les plus sévères, une neutralité absolue. Le quatrième conseil précède la quatrième et dernière bataille de l'Iliade ; Zeus lève la défense qu'il a faite dans le conseil précédent ; son motif ou le prétexte de sa résolution nouvelle, c'est que les Troyens livrés à euxmêmes ne pourraient pas résister aux Achéens et surtout à Achille. Dans un cinquième et dernier conseil, Zeus, sur la plainte d'Apollon, et malgré l'opposition d'Hère, décide qu'Achille devra accepter les présents de Priam et rendre le cadavre d'Hector.
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A vrai dire, ces cinq conseils ne méritent pas tous ce nom. D'abord il n'y a de véritable convocation que pour deux d'entre eux, le troisième et le quatrième; ce sont évidemment parla même les plus solennels et ceux qui se rapprochent le plus des conseils tenus par les hommes. Dans les autres cas, les dieux se trouvent réunis soit pour prendre part à un festin, soit à l'imitation des hommes qui viennent chaque jour en foule dans la demeure d'un chef puissant. En second lieu, il n'y a nulle part une véritable délibération. Les deux premiers sont remplis par une querelle entre Zeus et Hère ; dans le troisième et le quatrième, Zeus donne des ordres sans prendre l'avis de personne. Le cinquième ressemble un peu plus à une assemblée délibérante : Apollon y plaide la cause de la justice et de l'humanité; Hère représente la haine immuable, Zeus tranche le difTérend en maître absolu.
Quelle est donc leur importance et leur signification? Ils marquent avant tout avec force et solennité les phases de l'action. Voyez en effet : Achille est outragé ; Zeus prend et maintient contre Hère la résolution de le venger. Les hostilités, suspendues par une trêve, vont faire place à la paix ; conseil des dieux, qui' déjoue la prudence des hommes. Les forces des deux armées se balancent grâce à l'intervention des dieux ; Zeus oblige les dieux à se retirer du champ de bataille. Cependant Achille reparaît; tout doit fuir à son approche ; Zeus permettra aux dieux ce qu'il leur a défendu ; les dieux se divisent, et comme ils ne peuvent prévaloir les uns contre les autres, l'équilibre sera maintenu, du moins pour quelque temps. Ce n'est peut-être pas très fondé en raison ; mais la poésie homérique se contente volontiers de produire sur l'esprit du lecteur une illusion passagère. Enfin Achille victorieux a juré de poursuivre sa vengeance jusqu'à l'extrémité, jusqu'à l'impiété même, puisqu'il veut livrer le cadavre d'Hector en pâture aux chiens et aux oiseaux de proie ; comment triompher de la résolution d'un pareil homme? Le poète n'a plus la res-
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source de substituer dans le cœur d'Achille une passion à une autre, comme il a fait pour le réconcilier avec Agamemnon. L'intervention divine est donc nécessaire, et cette intervention se décide dans un conseil.
A ces conseils, on pourrait en ajouter un sixième moins important que les cinq autres par l'ampleur et l'intérêt, mais conçu dans le même esprit. C'est une simple conversation entre Athènè et Apollon, au commencement du vu' chant. Apollon propose une trêve, sans donner une seule raison : il se contente de dire : « Si tu m'en crois, voici le meilleur parti pour aujourd'hui. » Athènè répond qu'elle est venue pour faire les mêmes propositions à Apollon ; elle ne donne pas ses raisons non plus. C'est que le poète n'en a pas à leur mettre dans la bouche ; il veut simplement amener un combat singulier entre Diomède et Ajax. C'est bien là une phase importante de l'action ; elle doit avoir été décidée par les dieux comme toutes les autres.
Ces conseils sont-ils donc une invention purement poétique, des ressorts commodes à l'usage de l'épopée ? Nous ne le croyons pas. Tel est l'esprit du Grec, surtout du Grec homérique, qu'il voit partout entre la volonté divine et les actions humaines une étroite correspondance. Seulement, à la différence des peuples qui ont été ou qui sont encore dans les mêmes sentiments, les Grecs ne consentent point toujours à fausser l'histoire, ou, dans leurs créations poétiques, à modifier le cours naturel et vraisemblable des événements pour accommoder les faits à une conception abstraite de la divinité ; au contraire, dans mainte circonstance ils accommodent leur opinion sur la divinité aux faits eux-mêmes tels qu'ils les voient ou qu'ils les ont inventés ^ De là le rôle, et souvent le rôle étrange que
1) Qui le croirait? celte conception de la divinité, au fond sans doute bien différente de toute conception moderne, se rapproche cependant des idées de Bossuet : « On a beau composer dans son esprit tous ses discours ou ses desseins, l'occasion apporte toujours je ne sais quoi
les historiens et les poètes donnent aux dieux ; de là dans Homère ces assemblées divines et les singulières paroles qui s'y échangent et les étonnantes résolutions qui y sont prises. Zeus sera tantôt un dieu équitable, ennemi de la violence et de l'opiniâtreté, comme auxxiv^ chant, quand il décide qu'Achille recevra l'ordre d'accepter la rançon d'Hector ; tantôt, au contraire, comme dans le i'='" chant et le iv'', ce qui le préoccupe le moins, c'est la justice et le respect des serments : s'il cède à la prière de Thétis, ce n'est pas en raison de ses droits, mais parce qu'elle lui a rendu service ; au mépris des traités dont il est le garant, il rejette Troyens et Achéens dans les horreurs delà guerre; il attise la haine d'Hère qui demande la continuation des hostilités et se rend à cette grossière considération que Zeus et Hère doivent se céder tour à tour afin que les dieux leur obéissent. Enfin par un caprice en apparence inexplicable, Zeus tantôt laisse, tantôt enlève aux dieux leur liberté, sans qu'il ait pour cela d'autre motif que celui que le poète a lui-même de retarder ou de précipiter les événements. Aussi au viii'^ chant ne donne-t-il aucune raison pour justifier sa défense ; c'est le sic volo, sic jubeo d'un monarque absolu ; et au XX', il donne, en revenant sur cette défense, une raison qui ne soutient pas l'examen; l'équilibre, en effet, au lieu d'être maintenu par l'intervention des dieux, devrait être rompu au profit des Achéens, puisque les dieux protecteurs des Grecs sont plus puissants que ceux des Troyens, et que dans la circonstance ils sont encore secondés par Achille qu'il s'agirait pourtant d'arrêter. En réalité le ciel, dans Homère, se môle des choses terrestres parce que le poète et ses contemporains ne conçoivent pas qu'il en puisse être autrement ;
d'imprévu, en sorte qu'on fait toujours plus ou moins qu'on ne pensait. Et cet endroit inconnu à l'homme dans ses propres actions et ses propres démarches c'est l'endroit secret par où Dieu agit et le ressort qu'il remue. »
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mais quant à justifier du moins sérieusement, en droit et en raison, cette intervention divine, c'est le moindre souci du poète.
A cet égard donc, les dieux d'Homère, loin d'être supérieurs à l'humanité, lui sont en quelque sorte inférieurs, puisque les hommes se conduisent le plus souvent dans Homère d'après de solides raisons; ce qui fait leur supériorité, c'est leur puissance et leur inaltérable félicité.
Les traits qui peignent la puissance de Zeus sont dans toutes les mémoires; il ébranle l'Olympe en secouant sa chevelure et en fronçant ses sourcils ; Hèpha^stos voulant un jour défendre Hère, Zeus a saisi le dieu et l'a précipité du ciel sur la terre. Il défie les dieux et les déesses de l'entraîner, en tirant tous sur une chaîne d'or, et avec cette même chaîne suspendue au sommet de l'Olympe, il se vante de pouvoir soulever le monde entier. Sans doute Zeus nous paraîtrait encore plus puissant, si, comme le dieu de la bible et des chrétiens, il n'avait qu'à paraître ou à vouloir, pour être obéi par les forces naturelles ; mais cette conception trop spiritualiste n'aurait point frappé, comme la chaîne d'Homère, les imaginations grecques. Même aujourd'hui le tableau homérique, tout en étant de ceux dont la parodie pourrait s'emparer aisément, ne laisse pas d'avoir une certaine grandeur ; Zeus s'y montre en effet supérieur, non seulement aux dieux et aux déesses, mais à tout l'univers ; il est le modérateur suprême ; il est la force qui régit le monde et qui le maintient sur ses fondements.
La félicité des dieux est entière. Homère le dit et le répète ; toutefois c'est là un trait, il faut bien le reconnaître, en contradiction avec beaucoup d'autres; il est évident en effet que ces dieux, qui sont agités de toutes les passions humaines, qui craignent et qui espèrent, qui sont gourmandes, contenus, blessés ou précipités du ciel, ne sauraient jouir d'un bonheur sans mélange. Deux conceptions ici sont en lutte ou s'accor-
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dent tant bien que mal, plutôt mal que bien ; l'une philosophique ou si l'on veut, poétiquement religieuse ; l'autre plus poétique que philosophique ou si l'on veut, mieux appropriée à l'épopée.
A part ces réserves et ces différences, les dieux d'Homère sont des hommes, et les scènes dans lesquelles ils jouent un rôle, à commencer par les conseils dont nous parlons, doivent être considérées et jugées, comme si les acteurs en étaient des hommes et non des dieux. A cet égard notre étude ressemblera beaucoup à celle que nous avons faite des scènes entre héros, avec cette distinction toutefois qu'avec les héros nous étions confinés dans le cercle de la vie politique et militaire, et qu'avec les dieux nous entrons comme dans une cour royale, agrandie et idéalisée, des temps héroïques.
Dès qu'on s'est placé à ce point de vue, tous les traits dans Homère semblent d'une rare justesse. Considérons d'abord le premier conseil et les faits qui le précèdent. Les dieux absents pendant douze jours sont revenus dans l'Olympe, précédés par Zeus; Thétis, comme si elle n'avait point voulu troubler par une requête importune l'âme toute à la joie des illustres voyageurs, a prudemment attendu ce retour: elle se jette aux pieds de Zeus ; elle expose sa demande ; la justice de sa cause, elle la fait à peine valoir; c'est avant tout une question de personne ; Achille le fils d'une déesse a été outragé ; Thétis sera-t-elle la plus méprisée des déesses ? elle est pressante; elle ne veut point une de ces vaines assurances qui coûtent si peu aux puissants ; ce qu'elle demande, c'est une promesse formelle ou un refus. Voilà bien, ce semble, la femme habituée à fréquenter les grands. Zeus est évidemment dans un cruel embarras, qui n'a point pour cause le souci de la justice, mais les prétentions contraires de deux femmes; l'une, Thétis qui lui a rendu des services inappréciables, qui est de bonne maison, pour ainsi dire, et qui a des titres aux faveurs du souverain ; l'autre, Hère qui surveille les actes de son époux et
qui, en femme acariâtre, compte la querelle au nombre des moyens d'arriver à ses fins. « Certes, dit Zeus avec naïveté ou plutôt avec l'abandon de quelqu'un qui n'a rien à cacher à ses familiers, je prévois des suites funestes : car tu vas me mettre en lutte avec Hère et m'exposer à des paroles outrageantes qui m'irriteront... » Et il renvoie Thétis, sans trop discuter sa demande comme s'il craignait d'être surpris par Hère. Naturellement Hère a tout vu : « Qui d'entre les dieux, s'écrie-t-elle, esprit rusé, s'est encore concerté avec toi? » Ayant épié Zeus, elle sait fort bien quelle est la déesse qui est venue dans rOlympe ; elle sera plus tard la première à la nommer; elle feint pourtant d'ignorer une partie de la vérité, comme pour se réserver, en cas de mensonge, le moyen de confondre son époux. A cette ruse bien féminine, elle ajoute un trait non moins féminin, l'exagération : « Tu te plais toujours à former des résolutions secrètes, loin de moi ; de toimême, tu ne m'as encore jamais dit la pensée que tu médites. » Zeus qui, dans sa conversation avec Thétis, a parlé en époux débonnaire et craintif, reprend sa dignité, comme s'il y était contraint d'un côté par la présence des dieux, de l'autre par la colère. « Hère, n'espère point connaître toutes mes pensées : ce serait là chose difficile, bien que tu sois mon épouse. Ce qu'il convient que tu saches, personne ni parmi les dieux ni parmi les hommes ne le saura avant toi ; mais ce que je veux résoudre à l'insu des dieux, ne cherche pas à le connaître, ne me le demande pas. » Rien de plus juste et de plus ferme que cette réponse ; elle détermine avec précision les devoirs de Zeus comme époux et ses devoirs comme monarque, les secrets d'Etat resteront enfermés dans son esprit ; sa déférence envers Hère ne l'oblige qu'à la prendre pour première confidente des pensées qu'il doit communiquer à toute sa cour. Hère reconnaît que Zeus a raison : « Redoutable fils de Gronos, quelle parole as-tu dite? Ce n'est point mon habitude de t'interroger, de m'enquérir de tes secrets ; tu délibères avec
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toi-même en toute tranquillité. » Quelle est donc la prétention d'Hère, et pourquoi en cette circonstance a-t-elle cru devoir interpeller le maître des dieux j c'est d'abord que sa curiosité de femme la porte, quoi qu'elle en dise, à empiéter sur le domaine propre de Zeus ; c'est aussi qu'elle craint pour les Achéens. Elle le dit, et en le disant elle s'excuse et précise son grief. C'est alors que Zeus, d'autant plus courroucé qu'il a cherché à dissimuler ses nouveaux engagements, prononce des paroles menaçantes, telles sans doute que la femme en certains cas pouvait en entendre dans une société, où, malgré une certaine douceur de mœurs, tout était fondé sur la force, les institutions domestiques comme les institutions publiques. « Malheureuse, tu as toujours l'esprit inquiet, je ne puis pas échapper à tes regards ; mais tu n'en arriveras pas davantage à tes fins et tu seras plus loin de mon cœur ; ainsi les choses deviendront pires pour toi. Si tout va d'une certaine façon, c'est que sans doute tel est mon bon plaisir. Mais assieds-toi en silence et obéis à mes ordres ; car tous les dieux de l'Olympe ne te seraient d'aucun secours, ni ne m'arrêteraient, si j'appesantissais sur toi mes mains inévitables'. » Tout a été dit dé part et d'autre; tout serait terminé sans le dépit et la rancune que les querelles laissent dans l'esprit. Par une heureuse invention, Homère écarte ces sentiments et ramène la sérénité dans l'Olympe un moment troublé. Hèpha}stos, le fils d'Hère et de Zeus, console sa mère, fait acte de déférence envers son père en conseillant à Hère la docilité, et en rappelant le châtiment qu'il a encouru lui-même pour être un jour intervenu en sa faveur ; il présente la coupe à Hère, la déesse sourit ; l'échanson boiteux, comme pour faire oublier plus vite à tous la scène précédente, s'agite dans l'Olympe, versant à chacun le doux nectar ; on rit de ses efforts et de son infirmité que ses efforts rendent plus sensible. Le festin peut
1) I, 560 et 8V.
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suivre dès lors son joyeux cours ; tous les nuages sont dissipés, toutes les sombres préoccupations ont cessé ; on sent qu'Hère et Zeus, sans avoir échangé aucune parole, se sont réconciliés. Et défait, c'est bien la pensée du poète; aussi après le festin, « Zeus Olympien, dieu de l'éclair, se rendit
vers sa couche il y monta et s'y endormit, ayant près de
lui Hère au trône d'or'. »
Le second conseil est surtout remarquable par le détour dont use le souverain des dieux. La reprise des hostilités est nécessaire : autrement comment Zeus remplirait-il ses engagements envers Thétis? que deviendraient les oracles sur Troie? Pourquoi donc le dieu ne propose-t-il pas de lui-même le moyen qui lui sera suggéré par Hère, à savoir l'envoi d'Athènè pour faire rompre la trêve ? Est-ce par scrupule ? est-ce parce que son nom a été invoqué dans les serments qu'ont échangés Achéens et Troyens ? Cette supposition est peu vraisemblable et d'ailleurs, au point de vue moderne du moins, le dieu ne commet pas une faute moindre contre la justice et la bonne foi en acceptant le conseil d'Hère, qu'en le proposant? Le motif semble d'ordre purement esthétique ; le poète a voulu animer ce conseil des dieux, qu'une simple proposition, faite d'un côté et accueillie de l'autre sans débat, aurait laissé languissant. Zeus feint donc de prendre un parti qui doit soulever contre lui une partie des dieux et surtout Hère : « il voulait, dit le poète, irriter Hère par des paroles mordantes.... ^ » On se rappelle que ces sortes de provocations ne sont pas rares dans l'Iliade : les héros comme les dieux aiment à s'interpeller ironiquement. C'est quelquefois une simple manière d'engager la conversation ou la discussion. L'effet attendu se produit : Hère laisse éclater son mécontentement. Zeus blâme avec d'autant plus d'énergie la haine implacable d'Hère qu'il a l'intention de céder sur l'objet même du débat; d'ailleurs il
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tient^ pour ainsi dire, à se faire donner acte de sa condescendance afin de résister à Hère avec plus d'autorité une autre fois ; il fera ainsi sa volonté dans le présent et dans l'avenir tout en paraissant cette fois faire celle d'Hère ; c'est un personnage avisé, comme on voit, un véritable Grec, le vrai fils du rusé Gronos, rusé lui-même par surnom et digne de cette épithète*. Une transaction a lieu; les deux divinités s'abandonnent mutuellement leurs ennemis, ce qui est toujours le principal article d'un traité entre puissants. Troie est condamnée pour la dernière fois et la guerre peut recommencer. Gette scène, comme on le voit, ne manque ni de vie ni de vérité.
G'est dans le troisième conseil que Zeus fait un tableau si frappant de sa puissance. A cet intérêt qui s'adresse surtout à l'imagination, s'en joint un autre d'une espèce plus délicate, mais non moins réelle. Tous les dieux sont restés muets et stupéfaits ; il leur était difficile en effet, après un tel défi, de prendre la parole, si ce n'est pour braver Zeus à leur tour; mais Hère seule était capable de soutenir ce rôle et elle avait rempli le conseil précédent de ses aigres doléances. Que fait le poète ? Il donne habilement la parole à Athènè, la fille de Zeus; elle seule sait comment on doit parler à son père; elle seule sait trouver le trait qui concilie l'obéissance avec le désir; elle seule conserve assez de sang-froid pour ne pas abandonner une cause qui paraît perdue. Elle reconnaît donc la puissance paternelle ; mais demande au moins la permission de gémir sur les Danaens « qui vont périr victimes d'un sort
1) C'est pour la même raison que Zeus fait l'éloge de Troie ; plus elle est chère à Zeus, et plus le maître des dieux a droit à la reconnaissance d'Hère. Des critiques ont cru qu'Homère avait exalté la piété de Troie dans un intérêt national ; la lougue résistance d'ilios eût été presque un échec, si elle n'avait été expliquée par le patronage de l'Olympe ; mais rien n'indique que ce soit là la pensée du poète. Au contraire notre interprétation se concilie avec le sens général ; Zeus dissimule : -TrapotëXr/Siov àyo^txxav (iv, 6).
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déplorable', » puis celle de les conseiller « afin qu'ils ne périssent pas tous. » La prière est habile; mais ce qui la rend invincible, c'est la personne même de celle qui la fait. Zeus en écoutant sa fille se radoucit; il sourit et dit : « Rassuretoi, Tritogénie, chère enfant, je n'ai point l'intention d'exécuter mes menaces; je veux être doux pour toi. » Sans doute il y a un contraste un peu brusque entre ces paroles et le premier langage de Zeus ; mais ce contraste est dans la nature ; le Zeus homérique conserve sa majesté même dans la colère ; il n'a pas un grand effort à faire sur lui-même pour passer de la gravité au sourire, de la menace à la bienveillance. Sans doute encore il y a une grande différence entre ce discours de Zeus et la conduite qu'il tiendra plus tard envers sa fille. Mais on remarquera d'abord que le langage de Zeus est assez vague ; il ne relève point Athènè de l'obéissance qui lui est due; il ne lui accorde même pas expressément la permission qu'elle demande ; en promettant d'être doux pour elle, il ne veut peutêtre qu'obtenir par affection ce qu'il ne saurait obtenir des autres que par la terreur ; il est vrai qu'il se trompe dans ses calculs ; mais cette méprise même n'explique-t-elle pas l'amertume avec laquelle il se plaindra d'Athènè? Les sentiments de Zeus sont en effet retournés ; plus sévère ici pour Hère que pour Athènè, il traitera plus durement sa fille que sa femme, après leur commune tentative de rébellion. Comme nous le verrons, il en fera lui-même la remarque avec naïveté ^.
Le quatrième conseil n'a lieu que pour amener la lutte entre les dieux. Plus solennel pour ce motif que les précédents, con-
1) vni, 34.
2) VIII, 399 et sv. En général les commentateurs, à l'exemple d'Aristarque, voient une interpolation dans toute cette fin de scène entre Zeus et Athènè (viii, 28-40); leur principale raison c'est que les paroles affectueuses de Zeus pour sa fille se retrouvent au chant xxii (183 sv.) et mieux à leur place, disent-ils. Nous ne saurions être de cet avis : au xw chant, au contraire, comme Zeus n'a fait aucune menace, les mots « je veux être doux pour toi » se comprennent moins bien qu'ici.
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voqué par Thémis, composé de toutes les divinités, sans en excepter les Fleuves et les Nymphes, comme pour montrer que toute la terre et tout le ciel se sont émus de la guerre entre les Troyens et les Achéens, c'est le plus froid et le moins intéressant de tous les conseils tenus par les dieux dans l'Iliade. Poséidon interroge Zeus sur sa volonté et Zeus dans sa réponse non seulement ne fait pas allusion à sa première défense, mais motive très faiblement sa nouvelle détermination ; c'est que les bonnes raisons, reconnaissons-le hardiment, manquent au poète ; le combat des dieux aura de la grandeur; le poète a hâte de le chanter ; pour peindre le conseil, il emploie uniquement les traits qui peuvent frapper l'imagination, comme cette convocation des divinités, ou ceux qui peuvent lui servir de transition, comme le court dialogue entre Zeus et Poséidon.
Aucun des conseils divins de l'Iliade n'est mieux amené ni plus animé que le cinquième. Apollon parle pour Hector ; sa cause est belle ; la question de justice, de clémence et d'humanité est traitée avec éloquence ; habilement le dieu rappelle en débutant la piété d'Hector et représente, en terminant, que sa cause est celle de tous les dieux, étant celle de l'équité. « Ce que fait Achille n'est ni beau ni bon ; qu'il craigne de nous indigner contre lui, si brave qu'il soit : car dans sa fureur il outrage une poussière insensible* . » A ces considérations que peut opposer Hère ? rien si ce n'est des raisons d'ordre inférieur, tenant aux personnes plus qu'au fond des choses : Hector a sucé le lait d'une femme mortelle et Achille est né d'une déesse, d'une déesse qu'elle a nourrie elle-même et élevée avec tendresse, qu'elle a unie à Pelée, cher aux immortels. Certes elle ne parlait pas ainsi de Thétis, quand cette déesse vint supplier Zeus d'ajourner, en faveur d'Achille, la chute de Troie ; mais
1) xxiY, 52-54, xwcpYjv... yaTav, une poussière insensible. Nous ne croyons pas qu'il puisse s'agir ici d'un outrage à la terre muette. Cf. vu, 99 et xxiv, 22.
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son affection se réveille quand elle la croit de nature à se rendre Zeus favorable. De même, en véritable femme, elle reproche à Apollon, comme une perfidie, d'abandonner Achille, après avoir assisté au mariage de Pelée et de Thétis, après y avoir joué de la cithare; comme si cette complaisance d'Apollon, comme si les relations éphémères du dieu avec les parents d'Achille pouvaient prévaloir contre les intérêts éternels de la justice et de l'humanité ! Zeus a un rôle digne de lui; en vrai souverain, en roi d'une cour où les dignités et la noblesse ont une grande importance, il ne dédaigne pas les raisons émises par Hère. Achille doit être et sera plus honoré qu'Hector; mais en maître des dieux, en représentant des lois et de la justice, il ne laissera pas plus longtemps Achille commettre une impiété. Le cadavre d'Hector ne sera pas enlevé furtivement par Hermès, comme le proposent certains d'entre les dieux ; ce serait un outrage pour le héros ; mais on convaincra Achille, et de lui-même il rendra le cadavre. Le triomphe de Zeus sera celui de la raison, de la raison insinuante et persuasive. Une réflexion singulière semble à première vue gâter la résolution de Zeus : « Ne songeons pas, dit le dieu, à dérober le cadavre du brave Hector ; cela ne serait point possible, àl'insu d'Achille; car sa mère ne le quitte ni pendant le jour ni pendant la nuit^ » On se demande si Zeus, dans le cas où la tentative présenterait des chances de succès, l'approuverait et la conseillerait. Nous ne le croyons pas : Zeus ne fait qu'opposer une difficulté d'exécution aux partisans de la cause qu'il condamne pour un motif tout autre et d'un ordre plus élevé ; il est en cela comme partout, un grec avisé, un habile orateur. Ce serait trop demander à Zeus que de vouloir faire de lui, sous prétexte qu'il est dieu, un personnage attentif au seul maintien des principes. Socrate, le Socrate de Platon, aurait sans doute à sa place tenu un langage plus pur de tout alliage,
1) xxiv, 71-73. Aristarque retranchait ces trois vers.
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plus dégagé de toute préoccupation utilitaire ; mais le Zeus homérique, plus sage qu'un héros du temps, est bien loin de l'être autant que Socrate. Sa haute sagesse est celle d'un de de ces hommes d'Etat que Platon accusait, malgré leurs talents et en proportion même de leurs talents, de corrompre les hommes; mais par cela même n'est-il pas conforme aux modèles que la vie présente à l'imitation des poètes ?
Si les volontés de Zeus étaient accueillies par l'Olympe avec Rapport des
. . , , divinités avec
une entière soumission, les divmités qui ont a cœur le succès zeus.
des Achéens seraient presque réduites à un rôle passif. Telle n'est pas et telle ne pouvait pas être, même au simple point de vue poétique, la conception de l'Iliade. Les dieux sont des êtres pleins d'inquiétude, que la connaissance du dénouement fatal ne calme ni ne rassure ; le moindre échec les émeut ; la moindre victoire les comble de joie j en cela, comme en tout le reste, ils sont bien des hommes. De cette situation et de ce caractère inhérent à la divinité homérique naissent trois sortes de scènes entre les dieux ; tantôt quand Zeus, tout en manifestant ses intentions, n'a pas exprimé un ordre formel, les dieux, partisans des Achéens, essaient de le fléchir ; tantôt, quand Zeus a fait entendre les menaces les plus terribles, ils ont recours, d'abord, à une tentative de révolte, puis, cette tentative ayant échoué, à la ruse.
La première de ces scènes suit l'erilèvement d'Enée par Apollon et le retour, sur le champ de bataille, du dieu de la guerre, d'Ares un moment écarté par Athènè. Hère, à la vue du péril, presse Athènè de secourir les Achéens ; les deux déesses se rendent auprès de Zeus pour lui soumettre leur projet. On se demande avec quelque curiosité quelles raisons Hère pourra alléguer pour obtenir l'approbation de Zeus, pour le faire revenir sur sa décision. L'habileté, la fécondité et le poids des arguments, l'éloquence en un mot, semblent d'autant plus nécessaires que Zeus a dû voir avec plaisir l'intervention
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d'Ares, Or Hère se contente de dénoncer à Zeus la témérité, l'insolence, la fureur d'Ares. Rien, en apparence, de moins persuasif. Toutefois le motif donné par Hère est de ceux auxquels les Grecs, dans leur conception du monde, attachaient une grande importance. La mesure, la modération dans le succès, était, à leurs yeux, une vertu de premier ordre, un devoir rigoureux ; dépasser une certaine limite, c'était s'exposer à un choc avec la force qui régissait le monde, et, dans Homère, à la colère de Zeus qui représente cette force. Ares est précisément un furieux qui abuse de la victoire. Zeus, dispensateur de cette même victoire, est aussi celui qui punira Ares ou le laissera punir de l'avoir poussée trop loin. Hère est sûre de convaincre Zeus parce que son langage répond autant à la pensée de Zeus qu'à la sienne propre ; aussi n'a-t-elle pas besoin d'être pressante ni de faire à la pitié de Zeus un appel désespéré. A cette considération, qui suffirait par elle-même. Hère ajoute une raison toute féminine : la joie d'Aphrodite et d'Apollon est une insulte pour l'épouse de Zeus. Le père des dieux donne sans hésiter son consentement. « Va, dit-il, lance contre lui Athènè dévastatrice ; c'est elle qui sail lui porter les coups les plus douloureux ^ » Cette réponse achève de bien marquer chez le poète l'intention d'opposer à la violence furieuse la force légitime et maîtresse d'elle-même. Sans doute la conception n'est pas purement allégorique ; mais l'allégorie n'en est pas non plus entièrement absente. Les personnages ne sont pas des êtres de raison ; mais ils ont aussi une signification morale. Ils vivent et agissent avec plénitude, sans être gênés ou amoindris par la nécessité de représenter une idée ; mais l'idée apparaît néanmoins sous le tissu complexe des sentiments et des actions. Les autres parties du récit, la description du char, d'Hère, de Tégide et des différentes parties de l'armure que revêt Athènè, le départ des deux déesses, devant
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lesquelles s'ouvrent les portes ouraniennes confiées à la garde des Heures ; la vitesse de leurs chevaux qui, d'un seul bond, dépassent la portée du regard de l'homme ; leur arrivée sur les bords du Simoïs qui fait croître pour les chevaux une nourriture ambroisienne, sont de purs ornements ; magnifiques ou gracieux, ces détails encadrent, non sans quelque surcharge peut-être, l'important entretien de Zeus et d'Hère.
Le viii° chant nous offre, comme nous l'avons dit, une véritable tentative de révolte. Une première démarche d'Hère près de Poséidon reste inutile ; plus sensé, moins emporté par la colère que la déesse, comptant moins peut-être, en cas d'insuccès, sur l'indulgence que l'épouse de Zeus, le dieu refuse de secourir les Achéens. Réduite à ses seules ressources, Hère parvient cependant à ranimer le courage des Grecs ; mais les voyant de nouveau fléchir, elle ne se possède plus ; elle oublie les conseils et l'exemple de prudence qui lui ont été donnés par Poséidon ; elle revient à son premier dessein d'une ligue contre Zeus. Athènè a été plus haut sa compagne ; elle sera ici sa complice. Homère reprend donc en partie la scène qu'il a décrite plus haut ; mais il la variera et la développera, en raison même du changement de situation et de la gravité du projet formé par les deux déesses. Nous retrouvons le poète fidèle à ses habitudes d'invention ; son imagination facile se répète et se renouvelle tout à la fois. Athènè se laisse aisément convaincre par Hère ; irritée contre Zeus, elle rappelle, pour justifier sa révolte, les services qu'elle lui a rendus ; elle est venue au secours d'Héraclès ; elle l'a aidé à repasser les eaux du Styx ; de quel prix est-elle payée ? elle est sacrifiée à Thétis. On se rappelle que Thétis, consolant Achille et lui promettant l'appui de Zeus, raconte comment elle a bien mérité du père des dieux ; le mouvement d'Alhènè est analogue et aussi naturel. Ce qui est également bien conforme à la nature, c'est qu' Athènè, qui mentionne ses bienfaits, ne connaît pas ceux de Thétis, ou les tient pour médio-
cres, ou regarde les siens comme supérieurs par cela seul qu'elle est la fille de Zeus. De plus, Athènè, selon un procédé assez familier aux femmes et aux enfants, ne veut expliquer que par un sentiment de haine contre elle la fermeté de son père. Elle sait le contraire, n'en doutons pas ; mais il lui plaît d'exagérer sa disgrâce ou plutôt de la supposer. Elle feint et c'est Zeus qu'elle accuse de feindre. « Et sans doute il m'appellera encore sa chère fille aux regards étincelants ^ » Jusqu'ici sa colère s'est exhalée en récriminations ; elle n'a rien dit qui l'engage, mais comme séduite par ses propres raisonnements, comme entraînée par le mouvement de sa pensée plus encore qu'émue de pitié pour les Achéens, elle se montre tout à coup disposée à une rébellion ouverte, et déjà elle s'applaudit des cruelles représailles qu'elle va exercer sur les Troyens. Le char est attelé ; Athènè s'arme pour le combat ; les Heures ouvrent les portes. On reconnaît les traits du récit précédent - ; Homère les répète en les abrégeant, parce qu'il doit donner un développement plus ample au reste de l'épisode.
Zeus irrité envoie Iris porter ses menaces aux deux déesses ; il estropiera sous le joug les chevaux rapides ; il précipitera les déesses elles-mêmes de leur siège et brisera l'attelage ; atteintes par la foudre, elles n'auront pas encore guéri leurs blessures après dix ans révolus. Les immortels ne sauraient mourir ; Homère est donc ici conséquent avec lui-même ; mais comment les dieux, bienheureux par essence, peuvent-ils souffrir comme des hommes ? C'est là une inconséquence dont le poète ne se préoccupe pas ; il n'a vu et ne veut voir qu'une
1) vin, 373.
2) Il n'y a aucune raison de retrancher ce passage. C'est une répétition; mais les répétitions ne paraissent pas avoir rebuté les Grecs dans le genre épique; il est même probable qu'elles leur plaisaient. On ne voit pas pourquoi, disent les commentateurs, Athènè prend les armes de Zeus; mais c'est son costume de guerre ; elle le revêt contre Hector aussi bien que contre Ares.
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chose ; un attentat cohtre la majesté de Zeus appelle un châtiment long et terrible. Zeus ajoute : « Je ne suis point tant indigné et courroucé contre Hère, car elle est habituée à enfreindre mes ordres, quels qu'ils soient *. » C'est là un trait à la fois plein de naïveté et de justesse : juste, car rien ne nous cause autant de déplaisir que la défection subite des personnes sur lesquelles nous croyons pouvoir compter ; naïf, parce que, si en réalité nous prenons pour mesure de notre indignation celle de notre déplaisir, nous aimons à ne paraître nous irriter qu'en proportion de l'injustice commise à notre égard. Homère a lu dans le cœur de Zeus, et il l'a fait parler, comme si le dieu lui-même y avait lu.
Iris porte le message de Zeus ; aux paroles du maître des dieux qu'elle répète mot pour mot, elle ajoute une injure : « Ton audace est inouïe, chienne impudente, si vraiment tu oses lever contre Zeus ta lance gigantesque. » Cet excès de zèle ne nous déplaît pas chez une messagère : couverte par l'autorité de Zeus et pénétrée de l'importance de son rôle, Iris cherche les paroles les plus fortes pour exprimer son indignation et celle du maître. D'ailleurs, il faut le reconnaître, les épithètes injurieuses, au temps d'Homère, ne blessaient pas autant que chez nous ; facilement échangées, elles donnaient plus de vivacité au reproche sans le rendre intolérable ^.
Hère avait compté sur la faiblesse de Zeus ; le voyant résolu, elle comprend que la lutte est inutile ; elle abandonne ses projets : « En vérité, fille de Zeus qui tient l'égide, nous ne pouvons faire une guerre ouverte à Zeus, à cause des mortels. Que l'un périsse et que l'autre vive, au gré du hasard ; que Zeus, s'inspirant de ses propres pensées, décide entre les Troyens et les Achéens : c'est chose juste. » Cette résignation, en partie fondée sur la crainte, en partie sur un sentiment