‹ Etude sur l'Iliade d'HomèreChapitre 27 sur 35 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le sujet de l'Iliade est donné parle premier vers : « Chante, déesse, la colère du fils de Pelée. » Les vers suivants indiquent même le genre de développement que le sujet doit recevoir : « Ce fut une colère funeste qui précipita chez Hadès un grand nombre d'âmes vaillantes... ainsi s'accomplissait la volonté de Zeus... » Le poème se composera donc essentiellement d'un épisode emprunté à la vie d'Achille, d'une Achilléide restreinte, si l'on peut dire \ et d'épisodes empruntés à la guerre de Troie, d'une Iliade restreinte aussi. Il est inutile de montrer que ces deux parties ont entre elles un étroit rapport, qu'ensemble elles forment un tout.

Le premier motif, la colère d'Achille, imposait au poète deux scènes principales, la querelle qui fait l'objet du i'^'" chant, la réconciliation qui fait l'objet du xix^.

Il n'était pas absolument nécessaire qu'Agamemnon et les Achéens fissent auprès d'Achille une démarche pour l'apaiser, pour lui offrir une juste satisfaction, pour le ramener sur le champ de bataille. Mais, outre que cette démarche dut se présenter naturellement à l'esprit des rois Grecs, et par con-

1) En nous servant de ce mot, nous n'adhérons pas du tout, comme on le verra, à la théorie de Grote.

séquent à celui du poète, elle offrait, au point de vue poétique, de grands avantages qui ne permettaient guère de l'oublier *.

Le second motif, la peinture de la guerre, est, pour ainsi dire, le véritable sujet de l'épopée. Les Grecs de l'âge héroïque, nation belliqueuse, se complaisaient peut-être encore plus dans le tableau des combats que dans la peinture des héros, que dans le portrait d'Achille même, bien qu'Achille soit, à quelques égards, le type et l'idéal du héros grec.

l*ar lui-même, ce second sujet fournissait au poète trois combats ; l'un avant la tentative de réconciliation ; le deuxième, après cette tentative, afin d'amener les Grecs à ce point de détresse qu'Achille pût avoir pitié d'eux ; un troisième, après le retour d'Achille, se terminant par la mort du héros qui avait tenu en échec l'armée achéenne, et failli la jeter à la mer.

En réalité, il y a, dans l'Iliade, quatre batailles ; au lieu d'une avant l'ambassade, nous en trouvons deux '^. Pourquoi cette disposition? Un seul combat, même malheureux, ne pouvait guère amener Agamemnon à s'humilier devant Achille ; en second lieu, toute cette première partie du poème semble avoir eu plutôt pour but, comme nous le verrons, de montrer les vicissitudes de la guerre en général que les conséquences désastreuses du départ d'Achille pour les Achéens ; un combat indécis, comme est le premier de l'Iliade, semble bien avoir eu sa place dans un poème grec, avant la première défaite des Achéens, ne fût-ce que pour ménager l'amour-propre national et disposer favorablement les esprits des auditeurs à écouter le reste du récit ; d'ailleurs cette première phase sans résultats se retrouve dans tous les combats d'Homère, et devait natu-

1) Voir plus haut, p. 188.

2) Lai" s'étend depuis le v. 48 du ii* chant jusqu'au vers 312 du vu" ; l'autre commence avec le premier vers et finit avec le vers 488 du viiio chant.

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