RÉSUMÉ
tion où il l'a laissée ^ Deux choses empêchent le poète d'être parfaitement d'accord avec lui-même ; soucieux avant tout de plaire à l'imagination et au sentiment, il se préoccupe peu du lien logique qui est surtout fait pour plaire à la raison ; puis il invente sans cesse ; il ne fait pas acte de mémoire ; la faculté créatrice est au contraire en continuel mouvement. Là où il se ressemble ou veut se ressembler,, il dilfère encore de luimême, presque par une nécessité inhérente à la nature de son génie ; il jouit de sa fécondité ; il ne permet point à la réflexion de la contenir, de l'épuiser, de la corriger sous prétexte de disparate, de contradiction ou d'invraisemblance. Emporté par son essor, il dépasse quelquefois le but comme son épervier poursuivant des colombes ; il sait bien que cet essor plaît à ses auditeurs. D'ailleurs il est maître de lui-même ; car s'il se meut en liberté, sa poésie est aussi éloignée de l'incohérence et du désordre que de la régularité absolue.
1) Il n'a pas précisément le mérite de la ligne droite qu'Alfred de Musset reconnaissait à Scribe, et lui reprochait comme excluant la souplesse et l'imprévu; on- ne peut pas dire non plus qu'il culbute son propre plan et que « partant pour Paris il va à C ans tant inople. » Mais sa méthode tient aussi un peu de celle d'Alfred de Musset (voir Legouvé, Soixante ans de souvenirs, II, 391).