‹ Etude sur l'Iliade d'HomèreChapitre 32 sur 35 · REPRISE DES IDÉES · texte numérisé non relu

REPRISE DES IDÉES

chantaient un beau péan ; ils fêtaient le dieu aux flèches inévitables et le dieu qui les entendait se réjouissant en son cœur'. » — Le fils de Strophios, Scamandrios, expert dans la chasse, tomba sous la lance de Ménélas; c'était un habile c/iassewr ; car Artémis l'avait instruit elle-même à frapper toutes les bêtes sauvages, qui vivent dans la forêt sur les montagnes ; mais alors Artémis aux flèches redoutables ne lui fut d'aucun secours, ni son art, dont auparavant il était si fier ^. b Automédon s'élançait au combat avec ses chevaux, comme un vautour après des oies; sans peine il fuyait hors de la mêlée et de la portée des Troyens ; sans peine aussi il s'élançait contre la foule, qu'il poussait devant lui. Mais il ne tuait point de guerriers, etc^. » On ne peut guère lire une vingtaine des vers d'Homère sans rencontrer ce procédé ; cette oscillation est constante ; elle est comme le pouls et la respiration du poète.

Ce petit phénomène prend quelquefois des proportions assez remarquables. Un exemple bien frappant à cet égard est le récit de Nestor au XI"' chant. Le vieux roi fait l'histoire de cette boèlasia ou vol de bœufs qui amène la mort d'Itymonée tué par Nestor et le partage entre Pyliens du butin fait sur les Eléens. Nestor, après ce récit qui prend neuf vers, remonte aux causes de la lutte entre les deux peuples. C'est l'affaire de cinq vers; nous sommes ramenés ensuite au partage du butin, et le poète en prend occasion pour préciser, ce qu'il n'a point fait encore, les griefs des Pyliens contre le roi éléen, Augeias. Nestor entame alors un nouveau récit qui est l'histoire de l'expédition éléenue entreprise pour venger la boèlasia dont il a été question plus haut ; c'est dans cette dernière phase de la guerre qu'a lieu le siège de Thryoessa, ville pylienne, et que

1) 1,472. — MoXjTti, jLitXTTovTEç : c'est tout à la fois le chant et Ja danse.

2) V, 49 et sv.

3) xyii, 459 etsv. •

Moulios est tué par Nestor. Le procédé est ici bien manifeste ; il consiste à entrer immédiatement au cœur du sujet ; le poète revient alors sur le passé afin d'être clair et complet. Certains détails même, qui semblaient devoir être donnés avec le nom de la personne qu'ils concernent sont ajournés ; ainsi les deux Molions sont nommés en un endroit', mais il n'est question de leur origine (ils avaient Poséidon pour père) que quarante vers plus loin. On pourrait, en se plaçant au même point de vue, analyser la fable de Meléagre que raconte Phœnix au ixe chant, le mythe d'Atè qui est exposé par Agamemnon au moment de sa réconciliation avec Achille. Le poète suit une méthode toute semblable.

Cette manière de composer entraîne nécessairement des répétitions comme nous l'avons vu ; elle est favorable aussi aux changements subits de point de vue et aux contradictions apparentes.

Au xvii" chant, par exemple, les Grecs emportent le cadavre de Patrocle vers les navires ; ils sont poursuivis par les Troyens : « La guerre s'étendit derrière eux comme l'incendie terrible qui se précipite, soudainement excité, et consume une ville ; les maisons s'effondrent au milieu d'une grande lueur; le vent qui frémit attise la flamme-. » Par ces mots le poète veut comparer sans doute l'élan et les progrès des Troyens à la vitesse avec laquelle se propage un incendie; or dans le second membre de la comparaison, le point de vue paraît changé ; le poète ne songe plus qu'au tumulte de la déroute : « Ainsi s'élevait derrière les Achéens qui se retiraient un bruit incessant de chevaux et d'hommes armés. » En réalité, il y a dans le premier membre deux idées, l'une exprimée, l'autre sous-entendue; dans le second membre, le poète exprime l'idée qu'il a sous-entendue, et sous-entend

2) XVII, 735 etsv.

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