‹ Étude sur l'influence de Montesquieu dans les constitutions américainesChapitre 10 sur 30 · ÉO QE · texte numérisé non relu

ÉO QE

ouvrage a-{-il l'apparence d’un édifice superposé, où l’on reconnaît ici et là les matériaux et les étapes de diverses constructions.

S'il est vrai que «les livres ont leur histoire tout aussi bien que les hommes », il serait intéressant de connaître celle de ce grand livre. On s’accorde à penser que c’est vers 1729 ® que Montesquieu a trouvé la vérité qu’il cherchait. « Quand j'ai découvert mes principes, dit-il encore dans sa préface, tout ce que je cherchais est venu à moi... J'ai posé les principes et J'ai vu les cas partiticuliers s’y plier d'eux-mêmes. » Selon l’auteur, il v a donc un système, une méthode, dans son livre, quoique beaucoup le trouvent désordonné. Du reste, disons en passant que le président à mortier était assez soucieux de l’approbation du public, et assez désireux de se faire lire, pour ne pas chercher à exposer d'avance sa méthode aux lecteurs.

Pour peu qu’on prenne la peine de considérer le titre tel qu'il s’imprimait dans les premières éditions, on pourra en dégager les principes qu'il se propose de suivre : De l'Esprit des Lois, ou du Rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement, les mœurs, le climat, la religion, le commerce, elc., à quoi l’auteur a ajouté des recherches nouvelles sur les lois romaines touchant les successions, sur les lois françaises el sur les lois féodales. C’est donc la relativité des lois que l’auteur se propose de traiter. « Elles doivent être relatives au physique du pays ; au climat, glacé, brûlant ou tempéré ; à la qualité du terrain, à sa situation, à sa grandeur ; au genre de vie des peuples, laboureurs, chasseurs ou pasteurs. Elles doivent se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir ; à la religion des habitants, à leurs inclinations, à leurs richesses, à leur nombre, à leur commerce, à leurs mœurs, à leurs manières. Enfin, elles ont des rapports entre elles, elles en ont avec leur origine, avec l’objet du législateur, avec l’ordre des choses sur lesquelles elles sont établies. C’est dans toutes ces vues qu'il faut

(1) Voir Sorel, Montesquieu, page 72.

Tes considérer. C’est ce que j'entreprends de faire dans cet ouvrage. J’examinerai tous ces rapports : ils forment tous ensemble ce que l’on appelle l'Esprit des Lois » W.

Au milieu de ce nombre de lois si variées, si diverses, si complexes, et provenant de tant de nations si différentes, l’ancien président à mortier entrevoit une certaine, unité, un corps organique et une âme vivante. L'imprévu, le hasard, la chance tiennent peu de place dans cet assemblage de parties si hétérogènes, c’est un édifice construit avec des éléments résumant de longs siècles d'expérience du genre humain « que les hommes ne peuvent ni transformer ni varier ». On reconnaît ici que l’auteur ne s’est pas encore dépouillé de tout son absolutisme de jeunesse. Car enfin, on doit admettre que les assemblées du peuple et leurs décisions, ainsi que les caprices d’un tyran et les fortunes de la guerre, ont été pour quelque chose dans les lois, même en dépit des conditions physiques, sociales et historiques de l’humanité.

Pour mieux comprendre l’analyse, prenons la division du sujet telle qu'elle apparaît dans l'édition de 1750. Les huit premiers livres sont consacrés aux lois en général, c’est-à-dire à la nature et aux principes des trois souvernements ; les livres IX à XIIT sont réservés à l’armée, à la liberté politique, à la constitution d’Angleterre et aux impôts ; les livres XIV à XIX traitent de la nature du climat, de celle du terrain, des mœurs et des manières d’une nation ; les livres XX à XXIII se rapportent au commerce, à la monnaie et à la population ; les livres XXIV à XX VI ont pour sujet la religion et les rapports des lois religieuses avec les lois politiques et civiles. Les derniers livres, de XX VI à XXX, sont plutôt des appendices à l'ouvrage, des recherches faites sur l’origine des lois féodales et les rapports qu’elles ont eus, chez les Francs, avec les révolutions de leur monarchie. L'ouvrage a souffert dans son unité par de telles additions.

(1) Esprit des Lois, liv. I, chapitre mr. En vérité Montesquieu entend faire œuvre de législateur plutôt que d’historien, et ce qu’il a com posé, c’est « un livre de droit » (lettre au duc de Nivernois, 8 oct.

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