‹ Étude sur l'influence de Montesquieu dans les constitutions américainesChapitre 18 sur 30 · ENS: EE · texte numérisé non relu

ENS: EE

plupart des constilutions de cette époque commencent par cette déclaration :

« The people of this State have the sole and exclusive rights of governing themselves... »

L'identité avec un passage de Montesquieu est trop frappante pour ne pas le citer :

« C’est une loi fondamentale que le peuple (dans une république) fasse ses lois » ().

Hamilton, un des délégués à la convention de New- York, connaissait lui aussi tous les principes contenus dans l'Esprit des Lois. Né de mère française, il parlait sa langue maternelle tout aussi bien que sa langue paternelle, qui était l’anglais. Il fit insérer à l’article VI de la constitution de l’Etat de New-York cette déclaration :

« Be it resolved that à fair experiment be made of voting by ballot. »

« Il est décidé que le vote au scrutin sera mis à une épreuve sérieuse. »

C'était mettre en pratique ce que recommandait Montesquieu : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie » ().

Quoique ne constituant pas de colonie séparée, l'Etat du Vermont s'était détaché de celui de New-York pendant la révolution et avait rédigé sa constitution en 1777. De même que l’avaient fait l’année précédente les légistes de la Pensylvanie, ceux du Vermont installèrent leur système de gouvernement sur celui de la république de Lycie. La Convention opta pour un conseil commun, ou Assemblée générale. Cette assemblée, de concert avec le gouverneur, choisissait ses magistrats. Chaque commune avait droit à un vote. C'était une exacte imitation de la petite république grecque telle que nous la représente Montesquieu ().

(1) Esprit des Lois, livre II, chap. n.

(2) Id., ibid.

(3) Id., livre IX, chap. 11.

FC

Quand se termina la révolution. neuf des treize Etats révolutionnaires avaient incorporé dans leurs constitutions la séparation des trois pouvoirs. Aujourd'hui, les constitutions des 48 Etats particuliers s’inspirent toutes de ce principe fondamental.

Si l'Esprit des Lois est démodé et presque inconnu aujourd’hui, son influence actuelle est beaucoup plus grande et plus vaste qu'elle n’a jamais été. Les fonctions des représentants du peuple, des gouverneurs des Etats, les charges des juges civils, toutes tiennent leurs attributs et sont déterminées d’après les théories de Montesquieu. Il est même probable que cette influence durera encore longtemps. On connaît tout le respect, toute la vénération des Américains envers leurs institutions politiques. Montesquieu croyait fermement à l’efficacité d’une constitution écrite comme règle infaillible d’un gouvernement. Les Américains, de leur côté, pénétrés comme ils l’étaient de l’autorité de la Bible comme règle de conduite dans la vie morale, croyaient tout aussi fermement à l'autorité d’un contrat politique comme règle de vie nationale. C’est ce qui explique, chez eux, cette pieuse révérence envers leur constitution fédérale. C'est aussi ce qui assure à Montesquieu un prestige qui durera aussi longtemps que durera le système politique américain.

Page 1