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- encore » 1. De ces réflexions, Michelet conclut que Montesquieu a eu le jugement faussé sur l’Angleterre par la vague de corruption qui sévissait dans ce pays pendant le ministère Walpole. La vérité est que si Montesquieu attire notre attention sur cet état de servilité, il nous fait voir aussi l’autre côté de la médaille : « Je ne juge point l'Angleterre par de tels hommes » ®.
Il trouve les Anglais modestes, ils « font peu de politesse, mais jamais d’impolitesse ». Le fait est qu'ils sont si occupés « qu'ils n’ont pas le temps d’être polis ». Mais ils sont originaux : « Ce sont des génies singuliers ; ils n’imiteront pas les anciens, qu'ils admirent… Ils sont libres de tous préjugés ; ils n’ont aucun parti-pris en faveur de naissance, ou de titres, ou de dignités. » Il admire la vivacité d’esprit si répandue en Angleterre. À travers une apparence de désordre, de conflits et de passions politiques, il aperçoit le bon sens pratique et immuable de l’Anglais : « Quand un Anglais aurait autant d’ennemis qu’il a de cheveux sur la tête, il ne lui arriverait rien. » I est étonné de la liberté de pensée et d'action qu’on y rencontre partout.
Ce qui intéressait surtout Montesquieu, c'était le fonctionnement des lois et du gouvernement. Dans sa 104° Lettre Persane, il avait déjà exprimé ses idées sur la monarchie et le peuple anglais ; maintenant qu'il se trouve au pays d’outre-Manche, il étudie, il cherche à comprendre quel est le mobile du peuple, du gouvernement et de la monarchie du pays. Il suit les débats des deux chambres et il prend des notes sur les questions qu’on y discute et sur les discours prononcés à la tribune. À l’occasion d’une discussion sur le port de Dunkerque, il put remarquer jusqu'où allait Panimosité des deux peuples et il trouva que les Français « avaient été malmenés » dans ce débat. La grande liberté de parole des membres du Parlement ne cessait de le surprendre, et plus tard il écrira que l'Angleterre est le pays le plus libre du monde.
(1) Notes sur l'Angleterre.
(2) Cf. Zévorr, Montesquieu, page 135.
op
Le nombre de gazettes quotidiennes ou hebdomadaires publiées à Londres l’étonnait tout aussi bien que le nombre des abonnés : « Un couvreur se fait apporter la gazette sur les toits pour la lire. » Il est aussi frappé de voir jusqu'à quel degré de chaleur les gazettes du parti opposé attaquent le gouvernement, et il en conclut que nul pays n'arrive à ce degré de liberté. « Je n’en excepte aucune république. » « Je l’appelle libre parce que le prince n’a pas le pouvoir de faire de tort à personne, par la bonne raison que son pouvoir est contrôlé et borné par un acte. Mais si la chambre basse devenait maîtresse, son pouvoir serait illimité et dangereux, parce qu'elle aurait en même temps la puissance exécutrice, au lieu qu'à présent le pouvoir illimité est dans le parlement étre roi etat pe exécutrice dans le roi dont le pouvoir est borné. » On dirait un paragraphe tiré du onzième livre de L'Esprit des Lois, au chapitre vr.
Certaines personnes que Monteur rencontra en Angleterre lui furent très utiles pour les études et les observations qu'il faisait sur la nation britannique. Non pas qu'il fréquenta les salons de la société de Londres. Il trouva les dames anglaises froides et réservées, elles s’imaginent que tout étranger qui recherche leur compagnie le fait avec mauvaise intention : « Je ne veux point, disent-elles,, give him any encouragement. » Cependant, il savait faire preuve de la vraie galanterie française quand l’occasion s’en présentait. Un soir qu'il était invité à dîner chez un milord et que l’envoyé de la cour de Versailles, M. de la Boine, v était aussi, celui-ci soutint que l’Angleterre n'était pas plus grande que la Guyenne: Montesquieu riposta à l’envové Le même soir, la reine le remercia en disant : « Je sais que vous nous avez défendus contre votre M. de la Boine. » « Madame, répliqua le philosophe, je n'ai pas pu m'imaginer qu’un pays où vous régnez ne fût pas un grand pays » W.
(1) Cf. Corrins, Montesquieu, Voltaire et Rousseau en Angleterre, le chapitre sur Montesquieu,
Parmi les hommes illustres dont il fit la connaissance, il faut citer Folkes, Charlement et Chesterfield, Le premier l’introduisit dans les milieux scientifiques de Londres ; mais c’est surtout au dernier qu'il est redevable de ses connaissances étendues sur la constitution anglaise M. Ce fut Chesterfield qui, par son esprit critique, lui fit entrevoir les lois, les coutumes, l'esprit des Anglais et leur système social. Dans ses entretiens avec le fameux critique anglais, Montesquieu discutait avec lui les avantages des lois du pays, de la liberté intellectuelle, politique et civile de la nation. Avec son esprit de juriste, l’écrivain français faisait des comparaisons et en tirait des conclusions qui devaient plus tard l’immortaliser. À sa mort, Chesterfield écrivit :
« He well knew and justly admired the happy constitution of this country, where fixed and known laws equally restrain monarchy from tyranny and liberty from licentiousness » P).
« Il connaissait très bien et admirait à juste titre l’excellente constitution de ce pays, où des lois arrêtées et connues retiennent et empêchent la monarchie de devenir tyrannique et la liberté de tourner en licence. »
(1) Sur le détail des relations de Montesquieu et de Chesterfield, cf. Churton Cozuxs, Voltaire, Montesquieu el Rousseau en Angleterre. (2) Evening Post, Londres, février 1755.
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