Cf. Schneegans, ibid
s. Cf. l'acte de fondation, ë» Rocher, op. cit., pp. 261, sq.
Le seul argument en faveur de l'hypothèse de M. Schneegans, qui mérite d’être retenu, est la présence du texte de l'Office dans un bréviaire, que l’on date de 1339 ". Ce bréviaire, dont on appréciera plus loin l’importance pour la tradition du texte de l'Office, porte, en effet, une note très explicite, qui nous donne le nom du scribe, qui l’a copié, celui de son possesseur, et surtout la date de sa confection ?. Elle est ainsi conçue :
« Anno Domini MCCCXXXIX currit aureus numerus in decem : unde fuit Pascha illo anno dominica post VI. Kal. Aprilis in quo anno breviarium 1stud fuit completum per manum Petri Arnaldi de Podiolo iunc clerici Sancti Petri de Gallicantu. Est autem breviarium Vitalis de Blanis àbbatis 5. »
Il semble donc prouvé par là, que l'Office de saint Charlemagne figurant dans ce bréviaire, et la fête elle-même existaient avant 1345,.et au moins dès 1339. Mais il eût fallu tenir compte aussi du fait, que si l'Office fait bien actuellement parti du bréviaire, il n’en a pas toujours été ainsi. Deux des offices, qui y figurent, ne sont pas de la même main que le reste du manuscrit : tous deux sont des offices d'institution récente et qui ont été établis précisément, par les soins d’Arnaud de Montredon. L’un est l'office, qui se récitait à la fête en l'honneur de la Conception de la Vierge ; l’autre est précisément
1. Déjà Gaston Paris avait été frappé de l'importance de ce fait. Dans un compte rendu de l'ouvrage de Rocher, paru dans la Romania, HI, p. 310, ül déclarait formellement : « Un bréviaire manuscrit conservé à Girone et daté de 1339 contient les 9 leçons de l’office. Arnaud de Montredon n’a donc fait que confirmer un usage antérieur. » Il ajoutait encore : « Un acte de 1332 parle déjà d’une fontaine appelée Font de Carles Magnes. » Mais il est évident que ce détail, précieux pour l’histoire des traditions locales concernant les rapports de Charlemagne et de Girone, n’intéresse en rien celle du culte et de l'Office liturgique. Les traditions locales attribuant la prise de la ville à l’empereur sont antérieures, et de beaucoup, à l'établissement de la fête de saint Charlemagne.
2. Cette note avait été publiée de façon fautive et incomplète par Rocher, op. cit., p. 263, note, et reproduite telle quelle par Schneegans, op. cil., p. 54 note 1. Que penser en effet, de l'expression « anus numerus » ?
3. Nous empruntons le texte correct de cette note à Villanueva, Wiaje lilerario, etc., XII, p. 207.
26 CHAPITRE Il
notre Office de saint Charlemagne. Là-dessus aucun doute n'est possible. Nous n'avons pu retrouver nulle part, à Girone, le précieux bréviaire, mais l’auteur de l'España Sagrada, et Villanueva, qui l’ont eu entre les mains, et qui ont pu l’examiner, sont très nets sur ce point ‘. Les deux offices ne faisaient pas originairement partie du bréviaire exécuté par le clerc de Saint-Pierre de Galligans ; ils n'y ont été ajoutés qu'après coup, postérieurement à 1339.
Si l’on en croyait l’España Sagrada, leur incorporation serait même très récente, puisque l'écriture de la seconde main a paru à son auteur être du xv° siècle. Mais il n’y a pas lieu de s'arrêter à cette « conjecture »?. Nous croyons, au contraire, que les deux offices ont été ajoutés peu après 1339, et au lendemain de linstitution de la fête de saint Charlemagne par Arnaud de Montredon. Nous croyons même deviner pourquoi. Le possesseur de ce bréviaire, Vital de Blanes, n’est pas en effet, un inconnu. La note, que nous avons citée, lui donne le titre d’abbé et, en effet, il fut pendant longtemps abbé de Saint-Félix 5. En 1339, quand il fit exécuter le bréviaire en question, il occupait son siège abbatial. Il aurait continué à l’occuper toujours, en restant étranger au chapitre de la cathédrale, que, peut-être, jamais l’idée ne lui serait venue 4, lors de l'institution de la fête de saint Charlemagne, de faire ajouter à son bréviaire le
1. Parlant des leçons de l'Office liturgique, l’España Sagrada dit expressément « Hallanse estas en un Breviario escrito en vitela el año de 1339 como diximos en otra ocasion, y aun este oficio, como el de la concepcion de Nuestra Señora, que esta a continuacion, son añadidos al cuerpo del Breviario y acaso escritos posteriormente » XLIV. p. 358. Ailleurs son témoignage n’est pas moins formel. Cf. XLIII, p. 42 et XLIV, p. 62. A propos de l’officeen l’ honneur de la Conception de la Vierge, elle dit encore : « Es securamente añadido como el de Carlo Magno, y aun nos inclinamos a creer sa escritura del siglo siguiente. Fundamos nuestra conjectura ademas del caracter de letra. » XEIV, p. 54. Villanueva ne dit pas autre chose. Cf. Wiuje literario, etc, XII, p. 20y.
2. On sait, en effet, combien il est difficile d'apprécier l’âge d’un document manuscrit d'après son écriture, et Florez ne saurait passer pour unè autorité en pareille matière.