Cf. Villanueva, Wüaje literario, XIT, p
118 CHAPITRE V Pa
dans les offices célébrés ailleurs en l'honneur de saint Charlemagne.
Nous avons une autre preuve du souci, qu'il eut de modeler l'Office, qu'il créait, sur ce qui était déjà, dans le fait, qu'aujourd'hui encore, la cathédrale possède un bréviaire appartenant à un diocèse étranger, dont la légende en neuf leçons raconte tout autre chose que la prise de Girone par Charlemagne ‘. C'était, sans doute, un bréviaire, que l’auteur de l'Office s'était procuré pour se conformer à la liturgie traditionnelle du saint. L'étude de la constitution de cette liturgie, de ces hymnes et de ces antiennes pourrait être intéressante non seulement pour l’histoire du culte de Charlemagne, mais aussi pour celle de sa légende en général.
Au point de vue particulier, qui nous occupe, c’est uniquement la constitution de la légende en neuf leçons, adoptée par Girone, qui doit retenir notre attention, et il est bien certain, que, Sur ce point, la comparaison et l'étude des offices célébrés à Halberstadt, à Zurich ou ailleurs ne put rien fournir au clerc, qui la rédigea. Il voulait commémorer, non pas les mérites généraux de piété, de vertu et de dévotion, que la légende cléricale attribuait à l’empereur devenu saint, mais les services particuliers rendus par lui à la ville et à l’église de Girone. Il voulait célébrer le saint, en quelque sorte, local, qui avait délivré Girone des Musulmans, qui avait aussi fondé la cathédrale et la plupart des églises, couvents et chapelles du diocèse. Sur ce sujet, les offices déjà existants devaient naturellement être muets.
Au surplus, qui, mieux qu'un Gironais, pouvait être au courant des faits et gestes, réels ou prétendus tels, de Charlemagne à Girone? Il n’est pas douteux, en effet, que la légende des services rendus par lui nait, de beaucoup, précédé à Girone l'institution du culte officiel, que lui voua, en 1345, l’évêque Arnaud de Montredon. À cette date, et depuis longtemps, on était à Girone, habitué à traiter Charlemagne comme un bienfaiteur et comme un saint. Quels qu’aient pu être l’origine et le développement des traditions littéraires, relatives à la prise de la ville par l'empereur, il est certain, qu’à Girone même,
D'ACHAT, p-u5 4?
la croyance à la réalité du fait s'établit vite parmi le peuple. Il y eut des traditions, qui en transmirent le souvenir aux générations successives, et c’est cette légende locale, qui dut s'imposer au rédacteur de l'Office liturgique, plus que les traditions poétiques, qu’en sa qualité de clerc il pouvait ignorer. En ce sens, Gaston Paris a eu parfaitement raison d’indiquer les traditions et les souvenirs populaires comme une des principales sources de l'Office liturgique :. Mais, si c’est bien, en effet, cette légende locale, que l’auteur devait d’abord utiliser, il importe de rechercher, en quoi elle consistait, à la date de 1345, quelle forme particulière elle avait revêtue, et si, en particulier, elle n'avait pas subi l'influence de traditions littéraires, qui s'étaient développées ailleurs.
I est, au moins, une de ces traditions, qui est restée étrangère à la légende locale et que l’auteur de l'Office lui-même a complètement ignorée, c’est celle, à laquelle fait allusion le passage déjà cité de la Kaiserchronik. De toutes, c’est celle qui apparaît comme la plus littéraire et la plus poétique. Charles se serait rendu maître de Girone, après lavoir étroitement bloquée et il aurait réduite par la famine?. C'est là, peut-être, le trait constitutif de la légende poétique de Girone, et le fait, qu’on le retrouve très reconnaissable dans les traditions particulières à Ernaut, l’autre sauveur de la ville, pourrait établir un curieux rapport entre les deux légendes, celle de Charlemagne et celle d’'Ernaut, qui constituent l’histoire poétique de Gironeï.
1. Cf. Gaston Paris, Histoire poctique de Charlemagne, pp. 65 et 279-281.