Cf. Schneegans, op. cit, p
2. Villanueva fait, en effet, remarquer que les prodiges avaient eu lieu non seulement en 786, mais encore qu’on les avait observés en Allemagne et nullement à Girone. Cf. Viaje literario, XI, p. 161.
, 3. Cf. De Marca, Murca hispanica, col. 220.
qu'il l'aurait alors transféré à l’année 786 pour lui donner tout un accompagnement de prodiges ?
L'hypothèse en elle-même est assez peu vraisemblable. La part de l'imagination et de l’invention pure est, en effet, assez faible, même dans les chroniques les plus suspectes. Si elles accueillent pêle-mêle les informations et si elles les utilisent sans critique, leurs histoires les moins vraisemblables s'appuient toujours sur quelque témoignage, et leurs erreurs les plus manifestes reposent sur une autorité. Leur ambition est toujours de faire de l’histoire et c’est ce qui garde leurs auteurs d'imaginer ou d'inventer de toutes pièces ce qu’ils racontent.
l est donc probable, que, si, au sujet de la prise de Girone, l’auteur du manuscrit de Ripoll s’est écarté du texte de la Chronique de Moissac, pour rapporter le fait de façon si différente, c’est qu'il l’avait lui-même vu ou entendu raconter de la sorte. Il n’a écarté le témoignage de la Chronique de Moissac, qu’en faveur d’une tradition, qui lui semblait, à la fois, plus dramatique et plus vraie. S'il a pu se tromper sur leur valeur respective, et sil n’a su distinguer l’histoire de la légende, il n’en reste pas moins, qu’à la date, où il écrivit, à côté de la vérité historique relative à la reddition ‘de Girone, il existait une légende, originaire, selon toute vraisemblance, de Girone, et qui, dès lors, racontait, que la ville avait été prise par l’empereur lui-même. Déjà aussi, cette prise de Girone avait revêtu la orme que lui attribue le moine de Ripoll. Elle était donnée comme un effet de la toute-puissance divine. C’est là, sans doute, ce qui a déterminé ce moine à changer la date de l’événement, afin de le faire coïncider avec les prodiges, rapportés par les autres chroniques à l’année 786, et qui, dès lors, deviennent le signe de l’intervention divine.
À ce point de vue, il est intéressant de rapprocher du récit de la Chronique de Ripoll le texte d’une autre chronique, également conservée à Ripoll, et qu'on ne semble pas avoir jusqu'ici remarquée. C’est Villanueva, qui, nous la désignant des termes un peu vagues de Chronicon alterum Rivipullense, en à publié le premier des extraits et notamment le passage relatif à Girone ‘. Son témoignage est
r. Cf. Villanueva, Wiaje lilerario, V, pp. 241-249.
curieux en ceci, qu'il paraît occuper une position intermédiaire entre l’histoire représentée par la Chronique de Moissac et la pure légende, qui s'exprime dans le récit de l’autre Chronique de Ripoll.
Il relate, en effet, l'événement à la date vraie de 785, et dans les termes mêmes de la Chronique de Moissac : « En cette année, dit le texte, les gens de Girone livrèrent leur ville au roi Charles. » Mais suit immédiatement la mention des prodiges, rapportés par les chroniques à l’année 786, et qui, dès lors, paraissent mis en rapport avec l'événement. Il faut cependant noter, qu’ils sont ici relatés dans un ordre un peu différent de celui, que leur donnent ces chroniques et, d'autre part, qu’il n’est pas question du prodige, très particulier, de la croix de fer, apparue au-dessus de l’emplacement de la cathédrale ’.
Cette version nouvelle de 1x prise de Girone nous apparaît comme un premier essai plus timide pour mettre d’accord le texte de la Chronique .de Moissac avec une légende déjà existante. L'auteur se garde bien de rien changer aux termes, dans lesquels son modèle mentionnait l’événement. Il laisse au lecteur le soin de préciser dans quelles conditions s’est opérée la reddition de la ville. Rien n'empêche, qu’il la considère comme l'effet d’un siège, entrepris par Charlemagne lui-même. La seule chose, que l’auteur afhrme, c’est que cet événement fut accompagné de prodiges et il ne l’affirme, que parce qu’une légende le racontait en effet ainsi. C’est ce qui l’a déterminé, sur un point qu'il considérait sans doute comme accessoire, à altérer la vérité historique et à présenter comme contemporains de la prise de Girone les prodiges, que les chroniques mentionnaient seulement à l’année suivante.
Ainsi, il n'est pas douteux qu’antérieurement à la rédaction de ces deux textes, une légende existait, qui a déterminé leurs auteurs à s'écarter de la réalité des faits. C'était, très vraisemblablement, une légende d’origine purement locale, et qui représentait la prise
1. « 785. Gerundam civitalem homines tradiderunt reoi Karolo. Et multi viderunt sanguinem pluere et mortalitas magna secuta est. Apparuerunt acies in cælo et signum crucis in vestimentis hominum. » Villanueva, Viaje literario, V, pp. 242-243.
de Girone comme une sorte de miracle, qu’avaient accompagné différents prodiges.
Un autre trait de cette légende était l'opposition à Charlemagne, comme défenseur de la ville qu’il assiégeait, d’une personnalité bien définie, à laquelle même elle avait donné un nom. Le roi de Girone, que l’empereur aurait dépossédé de sa ville, se serait appelé Mahomet. Ce personnage n’a rien d'historique et tous les efforts tentés pour prouver sa réalité sont restés vains ‘. C’est un roi de légende, que l’imagination des Gironais a, sans doute, inventé, pour en faire l’adversaire de Charlemagne, afin aussi de donner un air de réalité à la fable de la délivrance de leur ville. Le manuscrit de Ripoll, dont nous avons parlé en second lieu, ne le mentionne pas, peutètre précisément, parce que l’auteur, plus timide dans ses efforts pour corriger l’histoire, n’a pas osé introduire tout vivant dans sa chronique ce personnage de fantaisie. Mais, dans l’autre récit, le roi Mahomet à unrôle, celui sans doute, que la légende locale lui attribuait. « Charlemagne, dit-il expressément, prit la cité de Girone, après avoir défait en une bataille Mahomet, le roi de cette cité. »
Et ce qui prouve bien que ce n’est pas l’auteur de ce récit, qui a créé le personnage de toutes pièces, c’est que nous le retrouvons dans un autre récit, complètement étranger à la Chronique de Ripoll, et, sans aucun doute, indépendant. Dans une chronique cléricale, dont nous aurons bientôt à nous occuper, et quin’est autre que le Pseudo- Philomena, il est, à deux reprises, question d’un roi de Girone du nom de Mahomet, lequel, avec plusieurs autres rois sarrasins, prend part à une expédition contre Charlemagne et est tué par l’archevêque Turpin ?. Or, on peut affirmer, que le Pseudo-Philomenà n'a
1. Cf. Abel und Simson, /abrbücher der fränkischen Reiches unter Karl dem Grossen, I, p. 420. Les auteurs de l'Histoire de Languedoc font de Mahomet le gouverneur de Girone, mais on ne peut faire fond sur leur témoignage, car, par ailleurs, ils ne mettent pas en doute que Charlemagne en personne ait assiégé et pris la ville. Cf. tome I, p. 870.
2. Cf. Gesta Karoli Magni ad Carcassonam el Narbonam, édition Schneegans, 630 sq. Il est question de seize rois sarrasins, qui ont pris les armes contre l’empereur et le dernier est précisément Mahomelus girondensis rex (645). Un peu plus loin, est relaté le succès de leur expédition et il est dit qu'aux premiers coups portés par Turpin périt ce roi Mahomet : « EE T'urpinus in primis ictibus inter fecil Mahometum, regem Gironde » (760-761).
pas utilisé la Chronique de Ripoll, à laquelle, étant donné son objet propre, il n’avait rien à emprunter. Il faut donc, que son auteur ait connu, directement ou non, peut-être par l'intermédiaire d’un récit mis par lui à contribution, une tradition, qui opposait à Charlemagne, comme défenseur de Girone, le roi Mahomet. Ainsi, le caractère miraculeux de la prise de Girone et le rôle attribué au roi Mahomet semblent bien être les deux traits essentiels de la légende, que la Chronique de Ripoll a suivie de préférence aux données de l’histoire.
On ignore, quelle fut la fortune littéraire de cette forme particulière de la tradition, et si la poésie héroïque adopta vraiment la version de la prise miraculeuse de la ville et le personnage de Mahomet. Cependant, au moins pour ce dernier, la mention, qui en est faite par le Pseudo-Philomena, pourfait nous faire croire, que l’auteur de cette chronique, l’emprunta aux récits poétiques, qu'il a certainement utilisés .
En ce qui concerne les auteurs de deux manuscrits de Ripoll, il est du reste inutile de recourir à .l’hypothèse d’un récit poétique, consacré à l’histoire de la prise de Girone. Deux clercs de Ripoll pouvaient parfaitement savoir ce qui se racontait à Girone touchant ce prétendu événement. Les deux villes étaient trop voisines, pour que les clercs de chacune d’elles naient pas eu d’étroits et fréquents rapports. Enfin, rien n'empêche d'admettre, qu’un clerc ou qu'un moine de Girone, sans composer à proprement parler un Chronicon Gerundense, avait pu remanier une Chronique déjà existante, en y insérant, très brièvement, la mention des croyances populaires touchant la prétendue délivrance de sa ville par Charlemagne. Comme rien, par ailleurs, n’atteste le développement littéraire de ces traditions, il est légitime de considérer, qu’au moment où les a connues l’auteur de la Chronique de Ripoll ?, elles n’existent encore qu'à l’état de légendes locales.
1. On n'a pas encore précisé l'étendue des emprunts faits par lui à l'épopée, et la valeur des récits utilisés, mais ce qui ressort de l'étude de M. Schneegans, c’est qu'il n'a certainement pas inventé tout ce qu’il raconte. Nous comptons reprendre là question dans une étude sur la composition du Pseudo-Philomena.
2. Il est certain notamment que le prodige particulier à Girone, ajouté par
Quels que soient l’âge et l’origine des traditions littéraires, relatives aux rapports de Charlemagne et de Girone, il est certain, qu’il a existé une légende locale et c’est elle, que nous retrouvons dans le récit du moine de Ripoll. Il est également certain, que la forme, sous laquelle elle nous y apparaît, représente un état déjà relativement ancien. Sans doute, c’estsans raison que Rocher date du xn siècle la Chronique de Ripoll ‘. On ignore, de même, l’âge véritable du second manuscrit de Ripoll qu’a transcrit Villanueva, mais il n’est pas douteux, qu’ils étaient l’un et l’autre antérieurs au xiv° siècle, et par consèquent antérieurs à l'institution de la fête de saint Charlemagne à Girone et à la rédaction de l'Office liurgique.
On peut donc affirmer, qu’en 1345, à Girone, la légende de la prise de la ville par Charlemagne existait déjà, caractérisée par certains traits, et qu’elle constitue la principale source, à laquelle a tout d’abord puisé le clerc, qui, sur l’ordre de l’évêque Arnaud de Montredon, composa l'Office. Sa qualité même de clerc nous confirme, qu'il a dû la connaître, car si l’origine de ces traditions est certainement populaire, il n’est pas douteux non plus, qu’elle avait, dans son développement, subi l’influence cléricale.
Sans doute, on ne peut, à ce point de vue, rien conclure des deux traits, que nous avons dégagés comme caractérisant la forme la plus ancienne, où la légende nous apparaît. Le personnage du roi Mahomet nous apparaiîtrait plutôt comme un produit de l’imagination populaire. Et, quant au caractère miraculeux attribué à la prise de la ville, il n’est pas nécessairement d’origine cléricale ?.
l’auteur de la Chronique de Ripoll à la mention des prodiges généraux, que lui ont fournie les autres chroniques, provient d’une tradition purement gironaise. De même, le rapport établi entre cette croix de feu apparue dans les airs et le transfert de la cathédrale est essentiellement un trait de la tradition locale, qu'il n’a pu connaître qu’à Girone ou par un document émané de là.
1. Cf. Schneegans, op. cit., p. 76. Dans une note, M. Schneegans suppose que Rocher tient le renseignement du P. Fita, qui, en effet, lui en a fourni bien d’autres. Mais cette façon de dater la Chronique supposait une étude, que nous ne savons pas avoir été faite par le P. Fita. On ne sait rien de plus touchant ce manuscrit que ce qu’en a dit l'éditeur des Monumenta Germantae historica.
2. Cf. Turpini, Historia Karoli Magni, édition Castets, p. 4.
CouLer. — Office de Girone. 9
Sans doute, c’est le Pseudo-Turpin, qui raconte, comme l’on sait, la chute des murs de Pampelune ’ et c’est une autre chronique monacale, qui rapporte que la prise de Carcassonne par Charlemagne fut due à un miracle analogue. Mais le peuple lui-même était, dès longtemps, accoutumé à se représenter l’empereur comme un saint, qui opérait des prodiges et le Roland nous le montrait renouvelant le miracle de Josué et arrêtant le soleil dans sa course, afin de pouvoir, à loisir, compléter sa victoire sur les Sarrasins. Il se pourrait donc que d’eux-mêmes, les Gironais aient imaginé la délivrance de leur ville comme ayant été marquée par une intervention divine.
Mais l'influence strictement cléricale se marque dans la forme particulière attribuée à ces prodiges. La croix de feu n'apparaît dans les airs que pour indiquer la place de la future cathédrale et pour expliquer son transfert, c’est-à-dire pour rendre compte d’une circonstance curieuse de l’histoire de l’église de Girone. En effet, si, aux yeux des Gironais, Charlemagne était le sauveur de la ville, pour les clercs de Girone, il était celui, qui avait sinon bâti, du moins installé la cathédrale, et qui avait fait la plupart des fondations pieuses du diocèse. La légende du bienfaiteur de l’église devait être, aux yeux du clergé, aussi chère que celle du conquérant, et ce sont peut-être ces mérites particuliers, que voulut surtout commémorer Arnaud de Montredon. L'intérêt clérical collabora avec l’amourpropre et l’orgueil des Gironais pour conserver pieusement la légende de Charlemagne à Girone. C’est une tradition, cléricale autant que populaire, que l’auteur de l'Office liturgique avait à fixer
Il lui emprunta naturellement tout ce qu’il pouvait. Il releva soigneusement les lieux, par lesquels cette tradition locale faisait passer Charlemagne et ceux, auxquels son nom restait attaché, pour les relier ensuite par un itinéraire vraisemblable. C’est ainsi, que venant du Nord, Charlemagne arrive d’abord au Mont'de Ramis. La vraisemblance n’est sacrifiée, que quand un intérêt supérieur l'exige.
1. Cf. Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam, édition Schneegans, IS É LAS
Comme il faut rattacher à l’expédition de Charlemagne la fondation du couvent de Amer, l’empereur s’engage à l’ouest dans le Val d’Astoll, passe à Sen Madi, pour de là gagner Amer, où il aurait, dit-on, battu les Sarrasins. Il revient ensuite vers Girone et campe sur la Barufa, où se trouvait la fontaine, qui, depuis, porta son nom ‘. C’est de là qu'il dirige le siège, qui, avec l’aide divine, eut pour effet la prise de la ville. Toute cette topographie exacte et précise atteste, que nous avons affaire à un Gironais, comme l’énumération de tous les couverts, églises, chapelles et autels soi-disant fondés par Charlemagne nous montre, que ce clerc était au courant de la plupart des traditions monastiques du pays. Mais il se pourrait, que, sur ce point, l’auteur ait développé les indications de la légende, et qu'il ait, pour servir certains intérêts, grossi la liste des fondations de Charlemagne. Il répondait, du reste, en cela à la pensée de l’évêque Arnaud de Montredon, qui considérait Charlemagne comme ayant fondé presque toutes les églises et couvents de son diocèse ?.
Sur la prise elle-même de la ville, il se conforme strictement à la tradition locale. Il rapporte, comme elle, qu’elle fut marquée de différents prodiges et qu’elle fut l’effet d’une intervention de la toutepuissance divine. Tout au plus, essaie-t-il d'expliquer et de justifier cette intervention, en supposant qu'elle ne s’est produite, qu'après que les efforts personnels de Charlemagne furent longtemps restés vains. On peut, en effet, considérer, que, comme la bataille livrée à Amer, les combats et les assauts prétendus, qui précédèrent la chute de la ville, sont de l'invention de l’auteur. Il les mentionne, du reste, aussi brièvement que possible, et c’est tout ce qu’il ajoute de lui-même à la tradition. Pour le détail des prodiges, il s’en tient aussi à ce qui se racontait autour de lui. Le plus important, au point de vue local, est l’apparition de la croix de feu, et, quant aux gouttes de sang, si elles paraissent rappeler la pluie de sang, qui est relatée à la fois par la Chronique de Ripoll et par les autres annales, il est cependant inutile de supposer, que l’auteur en a emprunté
CP SUpre pie 2. Cf. supra, p. 20.
l’idée à l’une ni aux autres. Dans les croyances du moyen âge, ce prodige pouvait annoncer tout événement sanglant et guerrier. C'est un trait, en quelque sorte banal, dont la croyance populaire pouvait avoir orné la prise de Girone.
Une chose surprend au premier abord, c’est que l’auteur de l'Office n'ait pas utilisé toutes les données de la tradition locale. Si le personnage de Mahomet vivait vraiment, à cette date, dans la légende populaire, il est au moins curieux de constater, qu'il ne figure même pas dans l'Office. On peut cependant expliquer cette particularité par le caractère, que l’auteur a voulu donner à son récit. Comme il écrit la version, en quelque sorte officielle, de la prise de Girone, il a pu considérer le personnage de Mahomet comme trop légendaire pour avoir sa place dans un récit, qu'il veut que l’on tienne pour authentique. Nous verrons, du reste, qu'il y a une autre raison à son silence, et qu'il a probablement éliminé ce roi de Girone pour se conformer aux données d’un texte, qui semble avoir eu à ses yeux la plus grande autorité.
Ainsi l’état de développement de la légende locale explique déjà une des particularités que nous avons relevées dans le récit l'Office liturgique. C'était une assez pauvre légende, que l’auteur a encore appauvrie, peut-être par souci de la vérité historique. Et de là vient, que son récit, si l’on en retranche la mention des fondations faites par Charlemagne, se réduit uniquement à ceci : l’empereur vint un jour faire le siège de Girone, qui lui résista longtemps et il ne réussit à la prendre, qu'avec l’aide de la toute-puissance divine. Dans l’ensemble des leçons qui constituent l'Office liturgique, la narration de la prise proprement dite de Girone n’occupe que la moindre part.
A-t-il cherché, comme on l’a cru parfois, à embellir les données de cette légende locale à l’aide de détails ou de motifs empruntés à > r 1 on, pou a x l'épopée ? Outre que les traditions poétiques, relatives à Charlemagne, ne semblent pas avoir euen Espagne la même diffusion ni
la même popularité qu'ailleurs, la personnalité cléricale de l’auteur de l'Office et son souci apparent de donner un récit authentique devaient le détourner W’utiliser ce que racontaient nos poèmes héroïques, à supposer qu'il les ait connus. En fait, dans son récit de la prise de Girone, on ne trouve aucun trait, qui doive êtré nécessairement reporté à l'épopée comme à sa source véritable.
On a parfois considéré comme un emprunt à l'épopée la mention de la « Vallée ténébreuse », — Wallis Tenebrosa, — que l'auteur de l Of fice place dans le voisinage immédiat de la colline de Barufa. On a voulu y retrouver un souvenir du Val-Ténèbre, où, d’après le Roland *, Charlemagne, dans sa poursuite, atteignit les Sarrasins ? Nous croyons, qu'il n’y a là qu'un ue de mots purement accidentel. La précision, avec laquelle l'Office indique la situation de cette vallée, a permis de l'identifier avec celle, que creuse le torrent de Galligans et qui sépare Girone de la hauteur de Barufa 5. Il faut entendre les mots de vallis tenebrosa, non comme un nom propre, mais comme un nom commun, désignant un accident de terrain de la banlieue de Girone et qui n’avait peut-être pas de nom particulier. L'auteur se borne à noter que Barufa est voisine d’une « vallée sombre ». Sa topographie, par ailleurs si précise et siexacte, n’a pas eu sur ce point à emprunter un nom à des poèmes, que, sans doute, il ignorait.
On pourrait, de même, être tenté de considérer comme provenant de l'épopée la mention, du reste assez inattendue, de Roland et du Turpin, à propos des fondations pieuses, qui marquent le passage de Charlemagne à la montagne de Ramis. Alors qu'il n'a été question d’eux nulle part auparavant, ni lors des préparatifs de l'expédition, ni lors des premiers combats en Roussillon, alors qu'ils ne seront pas non plus mentionnés à propos de la prise proprement dite de Girone, on est surpris de voir Roland dédier une chapelle à Sainte Tècle et l'archevêque Turpin un autel à saint Vincent. On en a conclu, que les personnages avaient été empruntés par l’auteur de