‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint CharlemagneChapitre 13 sur 88 · LE CULTE DE SAINT CHARLEMAGNE A GIRONE · texte numérisé non relu

LE CULTE DE SAINT CHARLEMAGNE A GIRONE

mier évoque '. A vrai dire, si quelque chose surprend, quand on sait ce que racontait la légende de ses rapports avec Gironc, c'est que cette ville ait attendu jusqu'en 1345, pour payer à Charlemagne, devenu saint, la dette de reconnaissance, qu'elle s'était créée à ellemême en lui attribuant sa délivrance.

Villanueva explique l'initiative prise par Arnaud de Montredon comme l'effet de sa trop grande crédulité \ Mais il n'était pas le seul à croire à la prise de Girone par Charlemagne. La tradition était, à cette date, établie depuis longtemps parmi ses concitoyens et plus d'un Gironais, aujourd'hui encore, la considère comme Texpression même de la vérité. L'évêque Arnaud pensait ce que tout le monde pensait autour de lui. Mais, de plus, il avait le désir d'enrichir le bréviaire de son église ', pourtant célèbre déjà par le nombre de ses offices particuliers '. Il devait, par suite, tout naturellement, songer à saint Charlemagne, qui était, en un sens, un héros et un

1. C/cst à cette tradition que fait allusion .Arnaini de Montredon, quand il rappelle, entre autres mérites de Charlemagne, qu'il a fondé l'église de Girone, son épouse : « Genindensem eccksiiuii spoiisani iioiliani, iiecmvi fere oiiiiiiti iiioinichoniiii ceiiohia iiosire cliocesis fitmUvvit. »

2. « La fiesta que aqiii se hi\o u este Rev coiiio saiilo ticiw un orii^eii iiiodciuo \ conocido que es la credulidiul del obispo Aruitldo de Monrodo, el cuiil la instituyo vu i J4S coiiio se dira olro dia n Villanueva, Fiaje lilerario, etc., XI, p. 162.

5. Déjà, en 1350, n'étant encore que chanoine de Girone, il avait été le principal promoteur d'une fête nouvelle en l'honneur de la conception de la Vierge. Cf. lispiiiht Siij^nada, XLIV, pp. 54 et 58, et Villanueva, Viaje literario, etc., XI 11, p. 214. Devenu évèque, il institua deux nouvelles fêtes, celle de- saint Charlemagne et une autre en l'honneur de la couronne d'épines. Cf. l'extrait publié p. 20, note 5, du Martyrologe de l'église de Girone. L'institution de nouveaux otlices était pour un évèque un titre de gloire, dont ses successeurs gardaient le souvenir. C'est ainsi que le même Martyrologe, à propos de la mort d'un évèque de Girone du nom de Bérenger, mentionne qu'on lui doit l'établissement de trois fêtes spéciales : « Vlll.ldus FvbiUiirii aiiuo Domini MCCLlllI apud Xeapoliiu ubi eral ciiriu loiiuiua obiil Doiiipnus Berem^iirius hujus scdis episcopus, de online Prediailoiuni qui tria fesitt IX lectionuiu in hac Sede ordinavit el inslituil sollenniiter eelebiiiri videlicel Festuni Heale Kalariue vin^iuis, et beali Doniiniii eonfessoris, ordinis l'rediititoruui priuii iusiituloris et S. Pelii Murt. ejusdeni ordinis ». Cité par \'illa- •nueva, Viaje literario, etc., Xil, p. 295.

,|. I!n elVet, pour l'importance de ses rites et de ses offices particuliers, la cathédrale de Girone avait, parait-il, mérité d'être appelée « madré de las eereniouias ». Cl. N'illanueva, op. cit., XII, p. 19^.

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saint local. Il n'avait qu'à rédiger en un texte liturgique les croyances de ses fidèles. Aucun culte ne pouvait, scnible-t-il, devenir plus rapidement populaire.

Aussi bien, Arnaud de Montredon escomptait-il cette popularité de Charlemagne pour établir son culte, non pas seulement dans la cathédrale, mais dans toutes les églises de la ville et du diocèse. Une tradition voulait, que la cathédrale, qui était auparavant dans l'église collégiale de Saint-Félix, eût été transférée par Charlemagne dans l'ancienne mosquée des Musulmans, et l'Office y fera nettement allusion.' Aussi, dans la pensée de l'évèque Arnaud, cette cathédrale doit-elle être en quelque sorte le centre du culte institué en son honneur. Dans une des neuf chapelles, qu'il avait fait jadis ménager autour du chevet de l'église ', dans celle des martyrs de Çirone, il établit un bénéfice en l'honneur de saint Charlemagne', et, sur l'autel même, il fit placer une statue du saint ', qui devait en effet y rester jusqu'en 1883 +. L'acte de fondation du nouveau culte insiste particulièrement sur les cérémonies, qui doivent avoir lieu chaque année, et au jour dit, dans la cathédrale \. Mais la par-

1. En 1312, étant encore chanoine, il avait été, en même temps que l'archidiacre Raimond de Vilaric, chargé de faire reconstruire le chevet de la cathédrale. On avait bâti autourneuf chapelles. Cf. Villanueva, op. cit., XII, p. 171.

2. Cf. Villanueva, ibid., et XIV, p. 10. 5. Cf. Villanueva, op. cit., XIV, p. 10.

4. Nous verrons plus loin dans quelles circonstances cette statue cessa d'y figurer.

5. i< Statiiimus ac eciam ordinainns qnod de cctero, dicta die, fiât mninatiui fesliim signi novi de aliiio confessore beato Karolo Magna predicto in Gerundensi ecclesia prelihata. » On a de la peine à comprendre ce que signifient les mots « feslitm signi novi ». M. Schneegans qui cite ce passage {op. cit., p. 54) traduit, avec Rocher, « signum novum » par : « die neue Glocke », la nouvelle cloche. Il paraît croire qu'il y avait, antérieurement, une fête en l'honneur d'une cloche, que la fête de saint Charlemagne allait désormais remplacer. Il faudrait admettre, que cette fête, assez spéciale, était exclusivement propre à la cathédrale. Or, de façon curieuse, dans une Consueta du xve siècle, à propos de la persistance du culte de Charlemagne nous trouvons la mention suivante : « De hoc festo [Caroli Magni] in ecclesia S. Felicis nichil fit; immo fit de VIII die S. Vincentii. Sed in Sede et in aliis ecclcsiis fit de Karolo tamquam de festo signi novi » (cité par Villanueva, op. cit., XII, p. 163). C'était donc que cette fête v signi novi » ou « de novo signo » était commune à la cathédrale et à d'autres églises. L'interprétation de M. Schneegans

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