LE CULTE DE SAINT CHARLEMAGXE A GIRONE
tie essentielle de la fête est la récitation aux Vêpres et à Laudes d'un office propre au saint, comprenant une oraison, une légende et des antiennes choisies par Arnaud, et cette récitation est prescrite non seulement pour la cathédrale, mais pour toutes les autres églises de la ville et du diocèse de Girone. Cet office est la commémoration expresse des mérites du saint, et de toutes les manifestations du nouveau culte, c'est la seule qui doit ici nous intéresser '.
De ce qui précède il apparaît bien, qu il serait impossible d'avoir sur l'origine du culte de saint Charlemagne à Girone un document plus explicite et, comme, d'autre part, on n'a jamais contesté l'authenticité de cet acte d'Arnaud de Montredon, il semblerait que l'on
nous paraît impossible et, dès lors, on peut se demander si le texte original portait bien les mots « sigtii iiovi ». Ne seraient-ils pas une mauvaise lecture, et l'acte de fondation ne portait-il pas en abrégé " lectionum novem » ? C'était l'habitude en effet de désigner les offices particuliers par le nombre des leçons qu'ils comprenaient, les offices à neuf leçons étant plus importants que ceux à trois ou même à une leçon unique. Nous avons vu plus haut le soin, avec lequel le martyrologe de Girone rappelle que tel évéque a institué trois offices de neuf leçons, « tria /esta IX lectionum ». Cf. p. 2, note 3. On verra plus tard en effet que l'office de saint Charlemagne célébré à Girone comprenait neuf leçons. Il est vrai, que l'hypothèse d'une erreur de lecture est assez difficile à admettre, du fait que la Consueta présente la même expression curieuse « tatnqiiam de Jesto sigiii nmi ». Nous n'avons pu nous reporter à l'original de l'aae d'Arnaud de Montredon. Le désordre des archives de la cathédrale de Girone est tel, qu'on n'a pas pu nous présenter le cartulaire, auquel Rocher l'aurait emprunté. Mais estil bien sûr, que Rocher lui-même ait vu l'original ? N'aurait-il pas connu le texte de cet acte d'après une copie, d'après un viJiiiius quelconque ? Kt ne serait-ce pas l'auteur de cette copie qui aurait lu « signi novi » ? La faute serait passée dans celle de M. Rocher comme dans la Consueta, où la même expression n'offre pas un sens plus satisfaisant.
I. « In omnibus et singulis ecclesiis nostrarum civitatis et dwcesis preJictarum in utrisque vespeiis et laudihus dicta die anito quolibet cuw oratioue et antipbonis propriis ad hoc per nos designatis coininenioracio celebrctur. •> Kn dehors de la ville de Girone, l'évéque Arnaud avait également fait des fondations pieuses en l'honneur de saint Charlemagne. Un document du 21 juillet 1545 nous atteste, qu'.'iRupia, bourgade du canton de La Hisbal, aux environs de Girone, il fit faire une chapelle qu'il plaça « sub invocatione sanctissime corone Christi ac Beati Karoli Magni confessoris ». Hlle devait, on le voit, perpétuer le souvenir des deux dévotions, introduites durant son épiscopal dans le diocèse de Girone. Ce document a été cité par Rocher d'après le Liber S'otularum du chapitre de la c.itliédrale.
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n'eût qu'à enregistrer la date, qu'il nous donne, de 1345 ', comme étant celle de la fondation de la fête et de la composition de l'Office. On est donc surpris de voir M. Schneegans considérer, qu'avant 1345 et l'institution faite par l'évêque Arnaud, il y avait déjà, à Girone, une fête en l'honneur de Charlemagne. L'Office serait donc lui-même plus ancien et, comme on a cru retrouver une forme de la légende % dont cet Office ne serait que l'abrégé, peu s'en fout qu'on ne recule, jusqu'au lendemain de sa canonisation, l'établissement à Girone de la fête de saint Charlemagne, dont la forme primitive de l'Office serait ainsi contemporaine.
A la vérité, M. Schneegans se trouve embarrassé par les termes si explicites et si nets de l'acte d'Arnaud de Montredon. D'un bout à l'autre, en effet, il y est parlé de « l'établissement » et de la « fondalion » d'une fête de saint Charlemagiie. Il s'agit, à n'en pas douter, d'une véritable « création » et M. Schneegans est bien obligé de le reconnaître \ Uévèque se fût exprimé autrement, s'il eût voulu confirmer, ou développer une fête déjà existante. C'est équivoquer que dédire, qu'il est parlé de « fondation », parce que la fête allait être désormais plus brillante, et que les frais qu'elle entraînait étaient imputés par l'évêque sur ses propres revenus ». En outre, s'il y avait eu déjà, en 1345, une fête ayant le même objet, comment Arnaud de Montredon n'y aurait-il pas fait allusion ? Alors que dans son exposé des motifs et pour justifier son initiative, il invoque l'exemple des villes allemandes, qui célèbrent le culte de Charlemagne ^, comment n'eût-t-il pas rappelé aux Gironais la dévotion, qu'ils manifestaient déjà à son égard ? Enfin, dans aucune histoire de l'église de Girone, nous ne relevons la moindre trace d'un culte, voué à Charlemagne antérieurement à 1345.
1. C'est par erreur que Villanueva (o/). cit., XIII, p. 198) donne la date de 1346. Partout ailleurs il dit 1345.
2. Nous étudierons dans le chapitre iv ce texte, dont on ne connaissait qu'un fragment et que nous avons retrouvé en entier dans un manuscrit des archives de la cathédrale de Girone.