C(. Aimeri de Narbonne, édition Demaison, v. 4545,sq
3. Cf. Schneegans, op. cit., p. 81 et note i. Dans les poèmes de Gaufrey et de Maugis d'Aigrement, Hernaut de « Giron » ou de « Gironde » est un des douze fils de Doon de Mayence. Le point de départ de cette dernière transformation est peutêtre un simple rapport de noms entre notre Ernaut et un autre personnage de l'épopée française. Certaines traditions représentent, en effet, le fils d'Aimeri comme seigneur d'Orléans et l'appellent non plus « Ernaut de Girone » mais « Hernaut d'Orléans )>. Dans les Enfances Vivien, Ernaut surnommé « li Rous » et oncle de Vivien est d'abord seigneur de Girone, puis d'Orléans. De même, dans la fameuse généalogie d'Albéric des Trois-Fontaines, notre Ernaut, frère de Guillaume, est cité comme tenant Orléans. Cf. Demaison, édition d' Aimeri de Narbonne, I, pp. ccxxiii et ccxxiv. Il a succédé dans ce fief à un traître, qui, dans le Coiiivnnement de Louis, s'efforce de ravir le trône de France à' Louis, le fils de Charlemagne. Celui-ci ayant été puni de sa félonie et tué par Guillaume d'Orange, la « duché )) d'Orléans avait été donnée à Ernaut, fils Aimeri. Or, ce<raître s'appelait Arneis. Ne serait-ce pas son nom, altéré, qui aurait amené une confusion entre lui et notre Ernaut ? Puis, celui-ci aurait hérité non seulement le fief, mais encore les sentiments et le rôle, attribués à son prédécesseur, et devenu, comme lui, un clicvalicr félon, il aurait trouvé accueil dans la famille des « Mayençais ».
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Hrnaut « de Gironc ». Sa pcrsoniialitc épique est faite du rôle, que lui attribue la légende dans l'histoire de la ville espagnole'. Il est « celui qui tient Girone », celui qui la défend contre les Sarrasins, ou qui \a à son secours, quand ceux-ci l'assiègent.
Sur ce point, il est vrai, les récits diffèrent et de façon assez sensible. Dans le Département des fils d'Aimeri \ c'e.st Aimeri, qui envoie son fils Ernaut au secours de la ville. P^lle est au pouvoir des chrétiens et tenue par Savari, un « conte gentil », contre les païens, qui en font le siège. Mais Hrnaut la délivre, en récompense de quoi il demande et obtient la main de la iilie de Savari, i^éatrix, qui lui assure ainsi la possession du pays de Girone. Au contraire, les allusions de VAiiiicri de Nurhoiiiu' nous le montrent en possession de la ville '. C'est lui-même, qui s'y trouve assiégé et qui doit repousser les attaques des douxe tils de Borrel le « desf\ié ». Enfin, le Girard de Roussillon raconte, qu'Ernaut, fâché contre son roi, lui dit un jour : « Sire roi, votre amour ne m'e.st pas profitable. Làbas, du côté de l'Espagne, tu m'as placé en bordure ; je suis assailli par les païens du monde entier ^ » Sa mise en posse.ssion de Girone semble dater de la constitution de la marche d'Espagne, consécutive à la conquête du pays sur les Sarrasins. Ainsi, ni le Dcparteiuent, ni V Aimeri, ni le Girard de Ronisilloii n'attribuent à Ernaut l'honneur d'avoir, le premier, pris Girone. Son rôle héroïque, d'après eux. se serait manifesté, non pas lors de la prise de la ville par les chrétiens, mais à l'occasion de tentati\es faites par les Sarrasins pour la reprendre.
Le Fragim'Hl de la Haye lui-même, à supposer que la ville, dont il nous raconte le siège, soit bien Girone ', ne conçoit pas les choses
1. Le pociiK- d'Itlic de Siiiiil-dilic i:st pcut-clre le seul ijui ïassc d'Mni.iut l'un des N.irbonnais, sai^.s mentionner jamais Girone comme son lier. Mais le caractère assez particulier du poème et de ki légende mise en tx.'nvre Millit peut-être à expliquer cette sinmilaritè.