I. Cf. Schneegans, op. cit., pp
LE TEXTK I)K l'OITICE LirURGlQ.UE 6l
comparaison de ces récitsa influé, presque à son insu, sur sa façon de comprendre celui de l'Office : l'abondance des détails, qu'il trouvait dans l'autre, lui a fait paraître obscure et inadmissible l'extrême concision du texte liturgique. Dans les deux cas, il a admis qu'il y avait une lacune dans le texte transmis par le Bréviaire de 1339. C'est de sa part une hypothèse toute gratuite, que rien ne vient justifier.
Ces deux prétendues lacunes se trouveraient dans la dernière leçon de l'Office, la VIII'^ dans l'édition de M. Schneegans, et la IX*- dans la forme véritable du texte, telle que nous l'avons restituée. L'existence de la première nous serait révélée par l'impossibilité, où l'on serait, de donner un sens satisfaisant à la phrase, par laquelle commence ladite leçon. Précédemment il a été raconté, comment Charlemagne, parti du Mont « ilc Rainis », s'était engagé dans le val d'AstoU ÇFalleiii Hoslalesii) et, eii un lieu désigné, y avait battu les Sarrasins. La suite des événements est notée par les premiers mots de la leçon IX : « Recedens inde Sanctus Karolus rediit ad Monlem de Barufa. » Ce sont précisément, ceux que M. Schneegans, dans l'état actuel du texte, trouve inintelligibles. Le sens de rediit étant « il revint », il se refuse à admettre, que Charlemagne puisse « revenir » à un endroit, où il n'est jamais allé, puisque, en effet, c'est pour la première fois qu'il est question de la position appelée Barufa. En réalité, les scrupules de M. Schneegans proviennent uniquement de ce que, dans l'autre récit, les faits sont racontés de façon beaucoup plus explicite '.
Mais si l'on s'en tient au seul texte de l'Office, le passage en question n'apparaît pas nécessairement comme altéré et il n'est pas malaisé de lui trouver un sens convenable. En effet, pour s'engager dans le val d'AstoU, Charlemagne s'est écarté de la direction de Girone. Il est donc naturel, que, lorsqu'il quitte le cloître de Sainte- Marie de Amer pour entreprendre enfin le siège de la ville, l'auteur
I. Il y est dit, en ciVct, qu après sa victoire, C".liarlciiiai;iic revint d'abord à ce mont « (le Kdiiiis n, d'où il était d'abord parti, pour ensuite, en se dirij^eaiu snr (iirone, gagner le mont de Biiiii/\i voisin de cette dernière ville.
nous dise qu'il « revint » vers Girone, dont Barufa est une position environnante. L'emploi de « rediii » n'est pas plus choquant que celui de « recedens » dans cette même phrase '. L'Office était, du reste, destiné à être récité par des gens familiers avec la topographie de La région de Girone. L'auteur n'avait donc pas à préciser avec une rigoureuse exactitude les étapes d'une marche, que chacun se représentait fort bien. Surtout il ne voulait pas faire montre d'une stratégie impeccable et il ne f;mt point chercher à retrouver dans son récit un itinéraire et un plan de campagne de tous points corrects et logiques. Son véritable objet est ailleurs. Pour toutes ces raisons, il est inutile de supposer, à l'endroit indiqué, l'existence d'une lacune et il faut admettre, que le texte de ce début de la dernière leçon nous a été bien conservé.
L'autre lacune, signalée par M. Schneegans, dans cette même leçon, n'a pas plus de réalité. C'est aussi, et uniquement, la comparaison avec l'autre récit, qui a paru établir, qu'il manquait quelque chose au texte de l'Office. Celui-ci, comme on sait, se termine par la mention des prodiges, qui marquèrent la victoire de Charlemagne. L'autre, au contraire, raconte, qu'à la suite de ces prodiges, les Sarrasins, pris d'épouvante, abandonnèrent la ville. L'empereur entra alors dans Girone et fit célébrer deux messes d'actions de grâces dans la mosquée des Sarrasins, qui devient dès lors la cathédrale. A la nouvelle église, Charles fit différentes donations, et il établit alors comme évêque de Girone un chanoine de Notre-Dame du Puy-en-Velay. C'est la mention de ces différents faits, qui, d'après M. Schneegans, manquerait au texte de l'Office \ Il pensait, sans doute, encore qu'il ne l'ait dit nulle part bien clairement, qu'elle devait former la matière d'une leçon perdue, la neuvième, puis-
1. Dans cette phrase, en effet, recedere ne signifie pas « revenir sur ses pas » mais simplement « partir ». Dans l'autre récit de la prise de Girone, le mot est même employé pour désigner la marche « en avant » de Charlemagne. Après avoir occupé le Perthus, l'empereur, nous est-il dit, partit, « recessit inde » et pour reprendre sa marche sur Girone.