Cl. supra, pp. 60 sq
demander, si celui-ci n'est pas le développement de celui-là, ou inversement, si l'Office liturgique n'est pas un abrégé pur et simple du récit du Tractalns. C'est cette hypothèse, que M. Schneegans a écartée tout d'abord, en s'efforçant d'établir, que ni l'Office ne pouvait être un résumé de l'autre récit, ni celui-ci une version développée de l'Office.
Un argument, qu'il invoquait dans les deux cas, était tiré de certaines divergences constatées e;itre les deux récits, en ce qui concerne la forme de quelques noms de lieux. L'Office, notamment, appelait SacJusa la localité, au pied des Pyrénées, où Charlemagne se heurta à une première résistance des Sarrasins, au lieu que l'autre récit, représenté par le fragment du Vidimiis appelait le même endroit Clusaet Seclitsa. De même, la position plus élevée, où les Sarrasins s'efii'orcent, encore une fois, de barrer la route, est appelée Malpartns dans le premier, au lieu que le second lui donne les noms à'Esparlus et de Porfiis. Ces variantes, sur la valeur desquelles M. Schneegans s'est du reste trompé, n'auraient pas, d'après lui, existé, si les deux récits s'étaient directement inspirés l'un de l'autre \
Il est certain, que, si l'on devait comprendre comme lui les formes Sacinsa et Scclusa, les tenir pour des formes altérées de Cl usa, et rattacher, en particulier, 5^c///5a au verbe sechidere, on s'expliquerait mal les variantes des deux auteurs, mais il ne s'ensuivrait pas, qu'ils n'aient pas pu s'inspirer l'un de l'autre. Si le même texte, à côté de Clusa, présente la forme, soi-disant altérée, Seclitsa, pourquoi n'admettrait-on pas, qu'un imitateur ou un copiste ait pu, à son tour, mal lire et arriver à Saclusa ? Mais, en réalité, ces trois formes sont également correctes. Dans Saclusa, qu'il faut écrire Sa Clusa, nous devons reconnaître le substantif Clusa précédé de l'article catalan féminin sa^ et seclusa lui-même, écrit Se Clusa est son synonyme exact, .fg étant une forme dialectale du même article sa '. Chacun
î. Cf. Schneegans, op. cit., p. 73.
2. Au moins en ce qui concerne Saclusa, M. Schneegans avait reconnu son erreur primitive et la présence dans ce mot de l'article catalan féminin. Cf. Gesta Karoîi Magni ad Carcassonam et Narboiiam, édit. Schneegans, p. 36.
3. Cf. Morel-Fatio, D.is Catalanische (Grôher, Grhniriss der rotnanischcn Philologie, I, p. 682).
LE nUCTATUS DU C.-iPTIOSE (.l-.RUSDf, 8)
des auteurs de VOf/îce et de Traciattis, tous deux catalans, a pu employer, de préférence, la forme qui lui était la plus familière, alors même qu'il aurait eu l'autre sous les yeux.
Pour ce qui est de l'autre nom de lieu, les variantes sont plus nombreuses encore que ne l'imaginait M. Schneegans. Si, en effet, en face de Malparlus de TOffice, le Viâimus avait Espnrtns et Portas, le TracUtlus donne, de son côté, Perliis et Espertiis. De la comparaison de ces différentes formes, il apparaît, tout d'abord, que la primitive est Ferliis = lat. *pertus{i(ni), qui convient très bien à la percée, au passage qu'elle sert A désigner. Les autres n'en sont que des formes dérivées ou des équivalents. Il apparaît, en outre que dans Espertiis et dans Espartus, à écrire respectivement Es Perlas eiEs Part us, il faut faut reconnaître l'article masculin catalan « =^ lat. ipse précédant le subtantif. Parlas n'est qu'une variante phonétique de Pertas, où nous trouvons le changement de e protonique initial en a, fréquent en ancien catalan '. Quant à Portas, donné par le Vidimasï côté de Es Parlas, s'il n'est pas simplement une f;uite de Ber:;ard Cerda -, on pourrait le considérc^r comme un équivalent latin, mais très imparfait de Pertas. Enfin, le Malparlas de l'Office pourrait bien être le nom populaire au lieu de pertas ou de parlas, le nom géographique. L'Office pourrait procéder directement du Tractalas ou inversement, la substitution de l'un de ces noms à l'autre serait, dans les deux cas, aisément explicable.
On relèverait encore, entre les deux textes, d'autres variantes dans la forme des noms de lieux. C'est ainsi que pour le Collum de Panissas de rOlïice, on trouve dans le Vidinius la forme latine G>/////;/ /^7///.vsari, et dans le Tarclalas, à côté de Paaissas une autre forme catalane attestant le passage à e de Va suivi d'une nasale. Le même phénomène nous est présenté par la forme Soil Madir de rC^ffice •.