Cl", supra, p
}. Les allusions do Y Aimer i de Wirbonne nous représentent Ernaut comme assiégé dans sa ville et comme réduit, à son tour, à la famine par les douze (ils de Borrel « le desfaé ». Cf. supra, p. 3. Ne serait-ce pas là, purement et simplement, une réplique du siège de la ville par Charlemagne ? C'est sans en donner de raison que M. Sclineegans (<)/>. cil., p. 79) nie tout rapport entre ces deux sièges de Cïirone et semble considérer leur ressemblance certaine comme une pure coïncidence. Le moyen, dont celui-ci s'était servi pour la réduire, aurait été retourné contre les chrétiens et contre liirnaut leur chef. Dès lors, ne serait-on pas en droit de supposer, que la légende d'ijiiaut, pour laquelle il est si malaisé de retrouver un germe historique, n'est qu'un développement tout littéraire, une suite quelconque, donnée l'i la légende primitive de Girone, l.iquelle avait pour seul héros Charlemagne .'
120 CHAPITRK V
L'Office liturgique se représente tout différemment la victoire de Charlemagne. Sans doute, d'après lui, l'empereur en fit le siège, mais il ne songea pas <à la réduire par la famine. Il lui livra plusieurs assauts et travailla à l'emporter de force. Ses efforts longtemps vains furent enfin couronnés de succès, quand l'intervention divine, qu'avaient annoncée les prodiges, décida la chute de la ville. Il serait ditlicile de découvrir des rapports même lointains entre cette version de la prise de Girone et celle de la Kaiserchnmik. Il ne suffit pas de dire, qu'on ne saurait les préciser, et, en même temps, de chercher cà retrouver, à tout prix, dans le récit de l'Office la donnée essentielle de la Kaiserchnmik. Ce n'est assurément pas, parce que l'Office nous parle d'un long siège, qu'il se réfère forcément à la tradition de la reddition de Girone, provoquée par la famine.
Il faut reconnaître, que M. Schneegans n'a pas osé l'affirmer. Mais, en ce qui concerne le récit du Tractatiis, il relève avec soin tous les traits, qui semblent indiquer, ou même qui n'excluent pas la connaissance de cette tradition poétique. II en arrive ainsi à noter, comme la preuve de rapports possibles, le fait, que, d'après la Kaiserchronik, Charles aurait fait baptiser les Sarrasins trouvés dans Girone et la construction de la cathédrale, mentionnée par le Tractatus, par laquelle se manifeste le rétablissement du christianisme dans la ville conquise. Comme si la conversion des païens après la victoire des chrétiens n'était pas un trait absolument banal dans toutes nos chansons de geste !
De même, M. Schneegans n'a gardé d'omettre les termes, par lesquels le Tractaftis rapporte, que le siège de Girone fut complet et son blocus effectif. Il en déduit, que la famine a pu s'en suivre et que l'auteur pouvait se référer à la tradition, attestée par la Kaiserchronik. Mais tout siège d'une ville a au moins la prétention d'être parfait et d'empêcher, qu'on puisse communiquer avec elle. Il ne s'ensuit pas forcément, que cette ville en soit réduite à la famine et que ce soit la famine, qui amène directement sa capitulation. Girone a donc pu être assiégée et se rendre, sans y avoir été contrainte par la famine.
Au surplus, si l'on s'en tient au récit du Tractatiis, les Sarrasins
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ne sont pas si étroitement bloqués dans Girone, qu'ils ne puissent s'enfuir et, quand ils le font, c'est trois jours après l'apparition des prodiges, et en raison de l'effroi qu'ils leur causent. On peut donc affirmer, que ni l'auteur de l'Office, ni celui du Tractatiis n'ont fiiit allusion, même indirectement, à la tradition conservée \>?ir \a Kaiser chronik. Ils n'ont même pas l'air d'en soupçonner l'existence. Et comme tous deux, en raison même du but qu'ils se proposaient, ont dû tenir le plus grand compte de l'état des traditions et des croyances locales, on peut conclure de là, que jamais .à Girone, ni en 1345, lors de la rédaction de l'Office, ni plus tard encore, lors de la composition du 1 ractntiis, on ne s'est représenté la victoire de Charlemagne et la reddition de la ville par les Sarrasins comme ayant été l'effet de la famine.
Mais c'est là un renseignement tout négatif et l'on voudrait plutôt savoir, quelle forme avait prise dans l'imagination et dans le souvenir des Gironais cet événement, dont ils tiraient gloire. Malheureusement, tous les documents écrits, relatifs à ces traditions locales, ne remontent pas au delà du xiv^ siècle ' et l'on peut affirmer, que tous, ils ont plus ou moins subi l'influence de l'Office liturgique,lequel, à partir de 1345, représente la version, en quelque sorte officielle, adoptée par les Gironais, touchant la délivrance de leur ville par Charlemagne.
Avant celte date, la légende avait-elle revêtu une forme très précise? C'est une question, que l'on peut se poser. Aujourd'hui, alors que le souvenir de Charlemagne y est encore vivant, on ne sait plus bien à Girone, s'il a conquis jadis la ville sur les Sarrasins ou s'il n'a eu qu'à la défendre contre eux. On sait seulement, qu'il est venu à Girone, qu'il v a combattu les païens et qu'il v avait fait diverses fondations. Son nom reste attaché à tel ou tel lieu, à tel ou tel monument et cela suHit à l'amour-propre des Gironais. Hn était-il bien autrement aux environs de 134), près de six siècles après l'événement, d'où était sortie la légende ?
Nul doute qu'à cette date, la topoinniie des environs de Girone
1. C^t. Roclicr, ()/'. cil., p. 267, où se trouve r.ipportée cette opinion Ju I'. I"ita
ne portât la trace du développement de la croyance à la venue de l'empereur. Nous savons, qu'en 1332 une fontaine de la banlieue de Girone était déjà appelée Font de Caries Magnes '. Elle était située sur une des hauteuis environnante^, la Barnja, où, disait-on, Charlemagne avait campé, et qui, appelée le Motit de Barufa par l'Office liturgique y est aussi représentée comme une des étapes de l'empereur dans sa marche sur Girone. D'autres endroits encore et d'autres monuments devaient, sans doute, porter déjà le nom de Charlemagne, mais on ne peut l'affirmer en l'absence de tout document positif.
On savait donc, que l'empereur était venu à Girone et aussi, très probablement, qu'il avait eu, non à défendre la ville, mais à la conquérir sur les Sarrasins. Peut-être même la légende avait-elle déjà la forme, qu'attestent l'Office liturgique et le Tractatus, et présentaitelle le triomphe de Charlemagne comme dû à une intervention de la toute-puissance divine.
En efi^et, parmi les textes, où l'on retrouve les traces des traditions relatives à la prise de Girone par Charlemagne, il en est un, qui rapporte l'événement en le faisant, lui aussi, coïncider avec toute une série de prodiges, et qui pourrait bien avoir été influencé par la légende, qui s'était développée à Girone même. Ce texte, auquel on donne assez improprement le nom de Chronique de Ripoll, n'est, en réalité, qu'une copie, faite dans le monastère catalan de Ripoll, de l'ancienne et célèbre Chronique de Moissac ^. Elle n'en difl'ère guère que par un certain nombre de variantes, imputables au clerc de Ripoll qui l'écrivit, et dont, précisément, le passage relatif à la prise de Girone est l'une des plus importantes.
Nous avons vu, en effet, que la Chronique de Moissac, comme toutes les autres annales et chroniques carolingiennes, se bornait à noter, qu'en 785 une partie de la population de Girone avait livré la ville à Charlemagne, sans doute en la personne d'un de ses repré-