LES SOURCES DE L OTI-ICE LITURGIQUE I
Sentants. Au contraire, d'après la prétendue Chronique de Ripoll, l'empereur aurait été maître de Girone, non en 785, mais en 7S6, et c'est lui-même, qui serait venu l'assiéger et la prendre. Enfin, au moment de la prise de la ville, différents prodiges se seraient produits : une croix de feu, notamment, aurait apparu au-dessus de l'endroit, où fut bâtie la cathédrale ce qui aurait déterminé Charlemagne à transférer là la cathédrale, qui, jusqu'alors, avait été l'église de Saint-Félix.
Sur les deux premiers points, la date du prétendu éx'énement et la part personnelle que Charlemagne y aurait prise, ce témoignage est en contradiction formelle avec la vérité historique et cela suffit pour qu'on doive le rejeter absolument '. Mais, si l'histoire véritable n'a rien à retenir de ce récit certainement mensonger, l'on peut se demander, d'où sont venues au clerc, qui, à Ripoll, recopiait la Chronique de Moissac, des données aussi fausses, et pourquoi il les a préférées à la vérité plus simple, que relatait son modèle.
On a d'abord songé à expliquer le transfert à l'année 786 de la prise de Girone et la mention des prodiges, qui l'auraient accompagnée, comme provenant d'une erreur toute matérielle du scribe de la Ciironique de Ripoll. Si, en effet, la Cronique de Moissac relate de la façon que l'on sait, et à l'année 785, la reddition de Girone, par contre, à l'année 78e, elle notait, toujours d'accord avec la plupart des autres annales-, comme un fait considérable, l'apparition de phénomènes atmosphériques re.ssemblant singulièrement aux prodiges, qui, d'après la Chronique de Ripoll, auraient marqué la prise de Girone. De part et d'autre, ce sont des épées formidables, qui se montrent dans le ciel, des croix qui apparaissent sur les vêtements et une pluie de sani^ qui tombe. La Chronique de Moissac
1. Cf. siipiii, p. 6; Abcl iiiui .Simsoii, Jal^ihiubcr des fiâitkisclicii Rt'iclh-s uiiU-i Karl deui Grosscn, I, p. .ju;; Dcnsusianii, /..( />/«<• </(• Coidres rt de Sebille, p. xevi, note I.
2. « Ko ;iniu)(786) mcnsc Dccciiiliri app.iriicMiim .icics tcrribilcs in coclo, qiialcs luiiiiqiiam nostris teniporibus ncc antca apparucrunt, nccnon et simia crucis apparucrunt in vcstinicntis lioniinuni, et nonnulli sanguincm dixerunt se videre pluere : unde pavor ingens et nietus in populo innit, ac mortalilas magna postca seouta est. » Mou. Genii. hist. Script., I, p. 298.
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ii)outc, qu'à la suite de ces prodiges une panique se produisit parmi le peuple et aussi que la mortalité augmenta beaucoup '. Le manuscrit rédigé à Ripoll passe ces deux derniers faits sous silence, mais ajoute aux phénomènes généraux, notés parles chroniques, la mention du prodige local, qui aurait déterminé Charlemagne à transférer la cathédrale à l'endroit, où elle a été depuis.
Ne pourrait-on pas considérer, que le point de départ de cette variante aurait été une confusion involontaire de l'auteur de ce manuscrit ? La mention de la reddition de Girone, qui terminait le chapitre précédent, relatif aux événements de 785, aurait glissé à la fin du chapitre suivant. Où elle se serait rencontrée avec celle des prodiges qui termine en effet celui-ci. L'auteur aurait ensuite, de lui-même, établi un rapport entre œs deux faits, à l'origine complètement indépendants ^ Mais la cause de cette transformation, subie par le texte primitif de la Chronique de Moissac, serait une négligence ou une étourderie du moine de Ripoll 5.
Ce qui nous empêche d'admettre cette explication, c'est qu'en réalité la transformation est beaucoup plus importante, qu'on ne nous la donne. Elle porte, à la fois, sur la date, sur les circonstances et sur la nature même de l'événement, qui mit Girone au pouvoir des Français. Ce n'est plus le fait obscur de la reddition de Girone, mais sa conquête par Charlemagne lui-même, qui est marquée par les prodiges que l'on sait. Il ne s'agit donc pas simplement de deux passages, mis par hasard bout à bout, et ensuite soudés l'un à l'autre tant bien que mal. L'auteur de la Chronique de Ripoll a modifié toutes les données de sa source et s'est livré à un remaniement conscient. Dira-t-on, que c'est là, de sa part, une transformation tout arbitraire, et qu'il a, de toutes pièces, imaginé la venue de Charlemagne à Girone, sa victoire sur le roi de Girone et la prise d'assaut de la ville? Dira-t-on, que c'est pour relever un fait aussi glorieux,