‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 10 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

moine a évidemmtMit utilisé un récit antérieur ', qui racontait les événements ayant précédé le passage des Pyrénées par Charlemagne. Sa narration s'arrête, elle aussi, après la prise de Narbonne et la poursuite des Sarrasins jusqu'aux défilés des Pyrénées. C'est sans doute, parce que l'objet spécial, que se proposait l'auteur, est atteint, mais c'est aussi, parce que le texte, dont il s'inspirait, ne lui en apprenait pas davantage. Il déclare expressément, qu'il ignore les événements qui ont suivi et qu'il ne saurait rien rapporter de l'expédition d'Hspagne proprement dite -. Or, de fiiçon très curieuse, par une sorte d'anticipation, qui ne va pas sans quelque invraisemblance, alors que Narbonne n'est pas encore prise, il nous raconte deux expéditions, faites par certains compagnons de Charlemagne, et qui ont, plus ou moins, pour objectif Girone \ C'est, à n'en pas douter, une façon de faire prévoir, que, dès que les français auront franchi les Pyrénées, ils prendront Girone. Quelle que soit l'ignorance de l'auteur touchant l'expédition d'Espagne, et malgré le silence de sa source principale, il savait, que, d'après certaines traditions, Girone avait été prise par Charlemagne.

1. Son imposture consiste à attribuer la rédaction de ce récit à un secrétaire de Charlematrne et appeler celui-ci « Philonicua >.. Mais, quand il affirme, qu'il a eu sous les yeux un manuscrit trouvé dans la bibliothèque du couvent, qu'il s'en est inspiré et qu'il Ta traduit en latin, il n'y a aucune raison de douter, qu'il ait en etVet emprunté le fond de sa narration à un texte antérieur, écrit en langue vulgaire. Cf. Gestii Kiiroli Mai^rni ad Carcassomim et Niuhomnii, édition Schneegans, 22-30 et 2I54-3U8. L'on trouvera la confirmation de cette façon de voir dans une étude que nous publierons prochainement sur la composition du Pseiuh-

Phihvnena.

2. « Oualitcr aniein KiiroJiis Yspitiiiiiiii cl aliiis pnyn'nciiis acquisierit, prelia, tonieanienlii, cl omuia que jecil po^teiU nescircm tu scriplis ralii^ere uec veraciter vmrrarc ». Édition Schneegans, 3 1 50-3 132.

5. Une première fois, c'est Augier le Danois et le duc de Normandie, qui, au sortir de Carcassonne, s'aventurent en pays ennemi, traversent les Pyrénées et vont jusqu'à Girone, d'où ils reviennent avec un riche butin. Cf. édition Schneegans, 388-391. Plus tard, c'est Roland lui-même, que Charles envoie faire du butin, outre les monts, jusqu'à Barcelone et Ciirone. Cf. édition Schneegans, 505. Le succès de cette seconde expédition est en rapport avec l'importance de son chef. Quand Roland rejoint l'empereur, il a conquis toute la Cerdagne, la moitié de (iirone, Lérida et Balaguer. Cf. édition Schneegans, 594.

l'office liturgique et l'histoire POÉTiaUE DE GIRONE 9

Nous retrouvons, en effet, la mention de ce prétendu événement, accompagnée de certains détails poétiques, dans un texte d'un tout autre caractère, la Kaiscrchrouik, vaste compilation, qui s'est inspirée de la légende aussi bien que de l'histoire '. La prise de Girone aurait eu lieu, d'après elle, dans les mêmes circonstances, qu'indiquait le Psciido-Fhilomena, et lors de la même expédition de Charlemagne. Après avoir pris Arles, l'empereur aurait fliit le siège de la ville et Taurait réduite par la famine. Ses habitants auraient été forcés de se rendre et aussi de se faire chrétiens.

D'après une chronique du monastère de Ripoll, c'est en 786 que Charles aurait pris Girone, après avoir vaincu dans un combat son roi Mahomet. L'événement aurait comporté une intervention de la toute-puissance divine, car plusieurs miracles l'auraient accompagné, qui auraient vivement frappé l'imagination populaire '. Par ce dernier détail et aussi par ce qui est dit du choix par Charlemagne de l'emplacement de la cathédrale, ce passage de la Chronique de Ripoll se rapproche singulièrement, ainsi que nous le verrons, de la fin de l'Oflice liturgique, qui cependant raconte tout autrement

le fiiit lui-même.

Il y a donc eu une légende, qui attribuait à Charlemagne la prise

* I. Le passage relatif à la prise de Girone est traduit par Gaston Paris, Histoire poi'lique de Charleiihio^,te, p. 278. Il est reproduit textuellement, d'après l'édition de Massmann, par M. Schneegans, Dissertation de Strasbourg, 1891, p. 77.

« Danuen schiel der gotis dienîstwan

(/() er da^ liut iinsereni hèncii i^^waii,

:;iio einir hnrc, die heiiit Gerundo :

die tivanc er mit huntrer^

uni sic iiii die hnrc inrdben.

Sicb tonffen iille die du luaren. n . -v.,.

2. Nous verrons plus loin comment l'auteur a été amené à dater ainsi la prétendue

prise de Girone.

3. « Hic Ciirolus dictns Magnns luiuo Domini yS6cepit civitatem Gerundae, vincens in praelio Machoweluni, reo^eni ipsins civitatis. Et duni cepit islam civitatem, multi viderunt samruinem plnere et apparuernnt acies in coelo, in veslimentis hominum et sii^na crncis. Et apparuit crux ignea in aère supra locum uhi nuncest aJlare B. Virginis. Et propler hoc mutavit Sedem quae eial ineccJesia S. Eelicis in locoubi nunc est. » Mon. Germ. hist. Script., I, 297, en note. ♦ • .

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Je Girone, et c'est cette légende, qui, en raison Je sa popularité, a réussi très souvent à passer pour une réalité. A l'exemple Je la Chronique Je Ripoll, Jes textes à prétentions historiques n'ont pas hésité à l'aJopter. De façon très curieuse, la Cnmica i^cncral Ju roi Alphonse Je Castille, qui met en si^arJe ses lecteurs contre les récits poétiques relatifs aux conquêtes Je Charlemagne en Espagne, atteste la réalité Je la prise Je Girone '. Un autre texte, qui paraît avoir puisé Jirectement à la Chronique Je Ripoll % la rapporte à peu près Jans les mêmes termes et comme un tait certain. C'est une relation, fliite par un moine Ju monastère Je Saint-Félix Je Guixols pour autoriser la légenJe Je la fonJation Je ce monastère par Charlemagne \ La même mention se retrouve Jans un martyrologe Je l'église Je Girone S sans que l'on puisse Jiscerner, s'il l'a empruntée spécialement à la Chronique Je Ripoll ou à l'Office liturgique.

1 . Le passage se trouve dans l'édition de la Primera Crotiicu Generul, publiée par M. Menendez'Pidal, tome I, pp. 3 5)-3)^- Il «-'^t ^ï^^' ^^ traduit par Gaston Paris dans son Histoire poétique de Charlemagne, pp. 2<S4-28) : « Ht ores sachez, vous qui cette histoire oyez, que, quoique les jongleurs chantent en leurs chansons et disent en leurs labiés que Charles Tenipereur conquit en p:spagne maints châteaux

et maintes cités et qu'il y eut maintes batailles avec les Mores cela ne

peut être, si ce n'est qu'il conquit quelque chose en Cantabrie. Il y conquit Barcelone et Girone et Ausone et L'rgel ; mais le reste qu'ils racontent n'est pas à croire et, comme vous entendez, cet empereur ne conquit en Espagne aucune autre ville,

sinon celles-là que nous avons dites On doit certainement plutôt croire

ce qui semble naturel et raisonnable, et ce qu'on trouve en livres et en écrit, que les fables de ceux qui content ce qu'ils ne savent pas. »

2. Ll-spana Sa^rada qui le cite croit qu'il s'est inspiré de l'OtTice de saint Charlemagne et des traditions populaires. Mais le rapport avec la chronique de Ripoll est beaucoup plus évident. Cf. EspanaSa^^rada, \L11I, p. «S9.

5. « De Carolo Mai^nio. (Jnde noveritis i/uod dominiis Pepiiuis rex Frauciae qui fuit pater Caroli recrnavit amiis j6 : qui fuit cousecratus iu reo^em per papam Stephanum anuo hicarnatiouis Domini j2o. Mater dicti Caroli iwahatur Berta. Curolus Mai^uus Imperator filius dicti Pepiui cepit reguare anuo Domini JSJ et reguavil annis 4j et meusiluis ;. /:/ anuo 2S sui regni cepit civitatem Gerundae et vider un t saui^ruinem pluere et apparuerunt acies in coeîo et sii^nium crucis in vestimentis hominum ; et etiam apparuit eis crux iguea iu aère super locum weiquitae ul^i uunc est altare Beatae Mariae et propter hoc ipse Curolus mutavit Sedem, quae tune erat in ecclesia S. Pelicis, in locum uhi nunc est, et tune currehat annus Domini jS) et dictus Curolus imperator obiit anno cVo;. » Cité par VEspana Sagrada, XLIII, p. 90.

4. « Post aliquod tempus Karolus magnus imperator et rex Fraiiciae, cepit civitatem

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