CHAPITRE III
LE TEXTE DE L OFFICE LITURGIQUE
nuent directement la leçon W. Quelque bizarre que paraisse unî pareil usage, il n'en est pas moins certain. Il nous est attesté par le bréviaire de la cathédrale de Girone, où nous avons découvert le texte inédit d'un autre office de saint Charlemagne. Dans celui-ci, ^ la leçon VII est omise complètement, sans doute parce que la men-[ tion de l'évangile à réciter avait été jugée inutile, l'indication devant se trouver ailleurs. La leçon Wll fait suite à la leçon VL sans qu'il y ait d'interruption pour le sens, dans le texte de la; légende.
Il semble, du reste, que les scribes, auteurs de bréviaires, aient' varié dans la notation de cette VIL" leçon, si particulière. Celui auquel nous devons le texte de notre Office de Charlemagne s'est borné à indiquer les trois premiers mots de l'évangile du jour. Le bréviaire, trouvé par nous, omet purement et simplement la leçon. Dans un autre bréviaire, appartenant au diocèse de Béziers, imprimé en 1534, ^^ C)ù tous les offices de neuf leçons sont constitués de même, la ML leçon contient les premiers mots de l'évangile, avec ou sans la référence au texte d'où ils sont tirés. Parfois, mais rarement, ils sont suivis de l'indication de l'homélie '. Ce que nous atteste surtout ce dernier bréviaire, c'est que la disposition si curieuse qui nous occupe est la disposition normale des offices de neuf leçons. Nous avons atLiire là à une pratique très ancienne, et qui, dans un certain nombre de diocèses, a dû se maintenir très longtemps, même après que le concile de Trente eût prescrit, à toute l'Lglise, l'observance du bréviaire romain -.
1. Cf. Brevlarium Bitlerense, 1584. L'exemplaire que nous avons pu consulter appartient à la bibliothèque particulière de l'évêque de Montpellier. F» 287. Office de saint Thomas archevêque. Lfxtio VII. Secundum Johannem. /;/ iUo tenipore dixit Jésus dLcipulis suis : Atneii, iiiuen, dico vûhis. — F^> 289. Office de S. Silvestre. Lkctio VII. Secundum Mattheum : Honu^ quidam percgriiius. — F» 289. Office de S. Macaire. Lkctio VIL De evangelio : //tv//o quidam nohilis. — F" 290. Office de S^»-^ Geneviève. Lkctio VIL De evangelio : Decem virgiuibus. — F^' 471. Office de S. Clément. Lectio VIL Secundum Mattheum : In illo tempore loqueule Ji'su ad lurbas, et à la suite « Omelia lectionis ejusdem ».
2. Une note manuscrite placée en tète de ce lireviarium Bitterense dit expressément : « Il a été en usage jusqu'en 1609, date du concile provincial de Narbonne, qui enjoignit à toute la province narbonnaise de suivre le Romain.
On peut donc s'étonner, que Florez n'ait pas reconnu cette forme particulière dans l'Office de saint Charlemagne, tel que le lui présentait le Bréviaire de 1339. Villanueva, en effet, n'aurait pas, de lui-même, restitué à cet Office sa constitution archaïque. Des / deux, c'est évidemment l'auteur de VEspana Sagrada, qui, volontairement, s'est écarté du texte qu'il recopiait. Il a supprimé la leçon VII, sans doute parce qu'il n'a pas compris ce que faisait à cette place l'indication de l'évangile. Cette phrase, qui venait interrompre le récit de la légende, lui a semblé n'être qu'une interpolation, due ci l'ignorance ou à la négligence de l'auteur du Bréviaire. Il a voulu réuiblir la suite du récit, mais, ce foisant, il a fliit de TOffice de saint Charlemagne, un office en huit leçons, et comme il^ n'en a jamais existé. Cela seul suffirait à nous faire suspecter sa fidélité à reproduire son modèle, et devrait nous faire douter de la valeur de
sa copie.
D'autres difierences encore entre les deux textes tendent à nous foire préférer celui de Villanueva. Un certain nombre de mots figurent dans celui-ci, qui ne sont pas représentés dans l'autre. Dans Uril^' leçon, \'illanueva a lu lihciahimiis te ciun Victoria et sainte et cependant, dans le texte de Florez, et sainte manque. ^ A la IV^ leçon, les mots confortatns in Domino sont dans la copie de Villanueva, et pas dans l'autre, et de môme les mots ex tnnc ^ Ala IX% la leçon correcte lictt eam mnltis vicibns debellasset, est donnée par Villanueva, tandis que Florez ne donne pas eam. De même encore, au lieu de la leçon très peu satisfaisante crncem magnam et rnheam undiqneadornatam, publiée par ce dernier, l'autre copie porte correctement nndiqne In mine adornatam. Comme toutes les variantes de Villanueva contribuent à rétablir partout le sens, à moins de supposer que le texte du Bréviaire était, sur ces points, incorrect et fautif, il faut bien considérer, que nous avons affaire à de pures omissions, imputables à la seule négligence de Florez.
Ailleurs encore, nous avons la preuve que celui-ci lisait mal le manuscrit. A la leçon VI, il lit Rotnlando au lieu de Rotnlandus, et
I. Cf. Lkctio VIII : ideo... ex twic fuit ah incolis nominatus.