CHAPITRE III
pédition de Charlemagne. Celle-ci, en effet, dans la pensée de l'ai teur, avait pour seul objet de reconquérir la ville sur les Sarrasinj et, comme symbole permanent de la conquête, de transformer ei cathédrale leur mosquée. C'est le programme, que la \'ierge Mari( elle-même avait tracé à l'empereur, et ses paroles servent d'une préparation naïve, qui nous fait pressentir la suite des événements. La] véritable conclusion du récit et de l'expédition, c'est la prise de lai ville et c'est l'établissement de la cathédrale. En dehors de ces deux faits, tous les traits, qui se trouvent dans l'autre récit, et la men-| tion elle-même des fondations pieuses faites par Charlemagne, pourraient bien n'être que des additions postérieures. Leur absence ne] révèle pas forcément l'existence d'une lacune, et le récit forme urj tout complet, s'il mentionne la prise de la ville et l'établissement de] la cathédrale.
Or, quoique d'une façon en apparence assez indirecte, ce dernier fixit est suffisamment exprimé dans le texte de l'Office, par cela seul, qu'à propos de la croix apparue dans les airs au-dessus de la mosquée sarrasine, l'auteur prend soin de préciser, que, de son temps, c'est là que s'élève la cathédrale. Il était inutile d'en dire plus long à des lecteurs ou à des auditeurs qui étaient au courant. Ht à voir la concision, dont use l'auteur dans tout le reste du récit, on ne doit même pas supposer, qu'il ait pu revenir, une seconde fois, sur le même tait ni surtout pour donner plus de détails. Il faut donc résolument rejeter l'hypothèse, qu'il ait pu être question dans un fragment perdu de l'établissement de la cathédrale.
Mais, par contre, dans l'état actuel du texte, il est impossible de découvrir dans l'Office la mention expresse du tait, qui est la conclusion de tout le récit, à savoir de la prise de Girone. C'est là une lacune, qu'avait signalée dès longtemps Gaston Paris ', et c'est, à vrai dire, la seule, dont l'existence soit certaine. On devrait s'étonner, que M. Schneegans ne l'ait pas spécialement signalée, si l'on ne pouvait, avec raison, supposer, que, dans sa pensée, le fliit
I. « Ce récit, pour être complet, devrait raconter la prise de la ville ». Gaston Paris, Histoire povt'ujue de Chdrlcniiii^iu\ p. 281.
LK TEXTE DE L OIT ICE LITURGIQ.UE
de la prise de Girone, comme ses diverses circonstances, dont il notait l'absence, formaient la matière de la leçon perdue, qui était la dernière de l'Office.
Quoi qu'il en soit, la lacune n'en est pas moins réelle. Si l'on accepte le texte du manuscrit, tel que l'ont reproduit Florez et Villanueva, la dernière phrase mentionne seulement les miracles survenus pendant le siège, et on ignore si la ville fut prise ou non. Nous croyons cependant, que l'Office primitif contenait bien la mention de la victoire de Charlemagne, mais au lieu de supposer la perte d'une leçon tout entière, nous croyons que le silence du texte actuel tient uniquement à une altération partielle de la IX*" leçon, imputable au seul auteur du Bréviaire dit de 1339. Un membre de phrase assez court a dû être omis par lui après les mots, par lesquels commence la dernière phrase du texte de Florez et de Villanueva.
Ce qui, à notre avis révèle l'existence de la lacune, c'est la difticulté d'entendre d'une façon entièrement satisfltisante les mots : « coiiligit tamen ». La construction de contigit avec une proposition infinitive, pour n'être pas conforme à l'usage classique, n'en est pas moins très admissible dans un texte tel que l'Office, et l'on en trouverait d'autres exemples dans la basse latinité aussi bien que dans le latin du moyen âge. Mais, au point de vue de la suite des idées, il est difficile d'entendre le mot lamcn, qui accompagne contigit, si on ne le rapporte pas directement à ce qui précède. Auparavant l'auteur vient de dire, que, malgré plusieurs assauts répétés, Charlemagne n'avait pas pu prendre Girone. On reconnaîtra qu'il aurait assez mal écrit s'il eût continué en disant : « Il se produisit cependant différents prodiges )>. Combien la suite des idées paraîtrait plus naturelle, si, au contraire, après avoir indiqué l'impossibilité pour Charlemagne de prendre la ville, le récit ajoutait : « Cela arriva cependant. » L'opposition très forte marquée par tamen paraît se rapporter directement à ce qui vient d'être dit en dernier lieu. C'est là surtout ce qui autorise notre façon d'entendre le texte. En l'adoptant, on retrouve dans l'Office la mention de la prise de la ville, qu'il était surprenant de n'y pas relever. Sans doute, la construction de contigit avec un pronom sujet serait plus satisfaisante et
CouLi.T. — OjJ'iccdc Ginvw. S