‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 47 sur 114 · Cf. supra, p · texte numérisé non relu

Cf. supra, p

LE TEXTE DE L OFFICE LITURGiaUE

l'hypothèse de leçons ou de fragments de leçons perdus. Nous n'avons pas afi^aire à un texte tronqué. Le récit, auquel nous avons restitué sa forme liturgique traditionnelle, forme un tout suffisamment explicite et parfaitement complet.

La prétendue prise de Girone nous y est présentée comme la suite naturelle de la campagne, qui a mis au pouvoir de Charlemagne Carcassonne et Narbonne. Celle-ci ayant pour but de préparer son entrée en. Espagne, la prise de Girone est le premier acte de la conquête de ce pays. C'est saint Jacques, qui a poussé l'empereur à délivrer son pays du joug sarrasin et, au lendemain de la prise de Narbonne, la Vierge Marie apparaissant à Charles pour lui promettre son concours, lui fixe, comme sa première tâche, la conquête de Girone et l'établissement dans la ville conquise d'une cathédrale en son honneur.

Il se met donc, sans plus tarder, à la poursuite des Sarrasins, les bat une fois encore dans une plaine, en souvenir de quoi il élève un cloître, qu'il place sous l'invocation de saint André. Traversant ensuite le Roussillon en vainqueur, il arrive à un passage des Pyrénées, où le roi Marsile s'est fortifié pour essayer de lui barrer la route. Mais bientôt les Sarrasins, craignant de voir leur position tournée par les Français, reprennent leur fuite en se dirigeant sur Girone. Et Charlemagne les poursuit toujours avec l'intention d'aller faire le siège de la ville, qu'il lui est ordonné de prendre.

Ici seulement, commence, à proprement parler, le récit de la prise de Girone. Dans sa marche sur Girone, Charlemagne s'empare d'abord d'une position, que l'auteur appelle le Mont des Rameaux et que l'on n'a pas identifiée avec certitude '.Là, pour marquer son passage, l'empereur élève une église en l'honneur de saint Julien et, à son exemple, Roland bâtit une chapelle à sainte Tècle, tandis que l'archevêque de Reims, Turpin, dédie un autel à saint Vincent. On est un

I . D'après Rocher, elle serait située au nord-ouest de Girone et sur les bords du Ter, d'après d'autres, elle serait au nord même de la ville, sur la route qui va de Girone à Ampurias. Cf. Schneegans, c>/). cit., p. 70, note 1.

LE TEXTE DE l'oFFTCE LITURGIQUE

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peu surpris Je voir ensuite Charles, oubliant, semble-t-il, son dessein, s'engager à l'ouest dans le val d'Astoll '. Sans doute, c'est toujours pour y battre les Sarrasins, rnnis comme on ne sait d'où sortent les ennemis qu'il combat, il est naturel de penser, qu'il ne fait ce crochet que pour authentiquer les prétentions d'un couvent voisin, qui affirmait avoir été fondé par Charlemagne. En effet, après avoir traversé San Medi % il remporte un peu plus loin une victoire sur les Sarrasins, en souvenir de quoi il fait construire le couvent de Sainte-Marie de An-ier. Il revient alors sur Girone et, s'établissant sur une des collines avoisinantes, le mont de l^arufa, commence le siège de la ville, qui, pendant longtemps, reste vain. I^nfm, il réussit à la prendre, grâce à l'intervention de la toute-puissance divine. Et le récit s'achève par une allusion à la fondation de la cathédrale sur l'emplacement de la mosquée sarrasine et par la mention des prodiges, opérés par Dieu, pour manifester la part prise par lui à ce succès des armes de Charlemagne.

Ce qui caractérise ce récit, c'est l'importance considérable accordée aux détails et aux motifs cléricaux. Xon seulement c'est une pensée de piété, qui conduit Charlemagne en Espagne, mais encore saint Jacques et la Vierge Marie elle-même interviennent pour le ,uideret pour lui indiquer le but à atteindre. Surtout, l'auteur n'a Jirde d'omettre aucune des fondations pieuses faites par l'empereur Tur sa route d'abord et ensuite à Girone même. Aussi bien, s'agissait-il pour le rédacteur del'Ofhce démettre en lumière les mérites pieux du saint, de l'associer à l'histoire du diocèse de Girone et de montrer, comme l'affirmait l'évèque Arnaud de Montredon dans l'acte d'institution de sa fête, qu'outre la cathédrale même de Girone, il avait fondé et richement doté la plupart des églises et couvents de la région. Le-souci de l'auteur est de rattacher à la venue de Charlema^Mieen Catalogne le plus grand nombre des fondations pieuses.

qui, de son temps, existent à Girone, et c'est lui qui, explique la légère invraisemblafice, que nous avons signalée plus haut dans Titinéraire de l'empereur, lors de sa marche sur la ville. On en relève bien d'autres et dé bien plus fortes dans le récit du Pseudo- Philomeua, quand l'auteur veut, de gré ou de force, rattacher à la prise de Carcassonne et au siège de Narbonne par Charlemagne la fondation, non seulement du monastère de La Grasse, mais de toutes les églises et chapelles de la région.

Un second trait caractéristique de ce récit est la part relativement restreinte, qu'il accorde à la prise de Girone proprement dite, laquelle est pourtant son véritable sujet. Trois leçons seulement s'ont consacrées à rapporter les événements, qui suivent le passage des Pyrénées : encore ne contiennent-elles surtout que la mention des fondations pieuses, dont l'empereur jalonne sa route; quant^à l'élément guerrier, aux combats livrés contre les Sarrasins, il n'y est foit que de vagues allusions. La prise elle-même de la ville n'y est mentionnée qu'avec la plus grande concision Si l'auteur, pour cette partie de son récit, utilisait des traditions quelconques, il fliut, ou que celles-ci aient été très pauvres ou que, consciemment ou non, il ait supprimé tous les traits particuliers ou poétiques, qu'elles pouvaient offrir. Au contraire, toute la première partie du récit, celle qui concerne la marche de Charlemagne depuis Narbonne jusqu'aux Pyrénées, paraît plus largement traitée, et avec plus de détails précis et dramatiques.

Comment expliquer cette disproportion et cette différence? Comment se peut-il, que l'auteur paraisse plus renseigné sur les événements ayant précédé l'entrée en Espagne et qu'il ait, en quelque sorte, sacrifié le récit de la prise de Girone ? Nous ne pourrons répondre à ces questions, que lorsque nous aurons déterminé les traditions utilisées par lui. Nous n'apprécierons bien son récit, tel qu'il est, qu'après que nous aurons reconnu ses sources.

1. C'est, dit Roclicr, le chemin le plus court pour aller soit d'Uri^el soit de Vich à Girone. Cf. Schneegans, op. cil., p. 7^^-

2. Cette localité est située à 6 kilomètres environ à l'ouest de Girone.

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