‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 85 sur 114 · I. Cf. supni, p · texte numérisé non relu

I. Cf. supni, p

LES SOURCES DE l'oFFICE LITURGiaUE

la croyance à la réalité du fait s'établit vite parmi le peuple. Il y eut des traditions, qui en transmirent le souvenir aux générations successives, et c'est cette légende locale, qui dut s'imposer au rédacteur de l'Office liturgique, plus que les traditions poétiques, qu'en sa qualité de clerc il pouvait ignorer. En ce sens, Gaston Paris a eu parfaitement raison d'indiquer les traditions et les souvenirs populaires comme une des principales sources de l'Office liturgique \ Mais, si c'est bien, en effet, cette légende locale, que l'auteur devait d'abord utiliser, il importe de rechercher, en quoi elle consistait, à la date de 1345, quelle forme particulière elle avait revêtue, et si, en particulier, elle n'avait pas subi l'influence de traditions littéraires, qui s'étaient développées ailleurs.

Il est, au moins, une de ces traditions, qui est restée étrangère à la léoende locale et que l'auteur de l'Office lui-même a complètement ignorée, c'est celle, à laquelle fait allusion le passage déjà cité de la KaiscrchyQnik. De toutes, c'est celle qui apparaît comme la plus littéraire et la plus poétique. Charks se serait rendu maître de Girone, après l'avoir étroitement bloquée et il l'aurait réduite par la flimine^ C'est là, peut-être, le trait constitutif de la légende poétique de Girone, et le fait, qu'on le retrouve très reconnaissable dans les traditions particulières à Ernaut, l'autre sauveur de la ville, pourrait établir un curieux rapport entre les deux légendes, celle de Charlemagne et celle d'Ernaut, qui constituent l'histoire poétique de Girone'.

I. Cf. Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, pp. 65 et 279-281.

l Les 'Illusions '^dc YAimeri de Wirlnmiie nous représentent Ernaut comme assiccrc dans sa ville et comme réduit, à son tour, à la lamine par les douze hls de Borrel « le desf^ié ». Cf. supra, p. 3. N^' serait-ce pas là, purement et smiplemem, une réplique du siè-e de la ville par Charlemagne ? C'est sans en donner de raison que M. Schneegans (op. cit., p. 79) nie tout rapport entre ces deux sièges de Uirone et semble considérer leur ressemblance certaine comme une pure coïncidence. Le moven, dont celui-ci s'était servi pour la réduire, aurait été retourné contre les chrétiens et contre Hrnaut leur chef. Dès lors, ne serait-on pas en droit de supposer, que la légende d'Hrnaut, pour laquelle il est si malaisé de retrouver un germe historique, n'est qu'un développemem tout littéraire, une suite quelconque, donnée à la légende primitive de Girone, laquelle avait pour seul héros Charlemagne ?

Page 1