‹ Etude sur l'origine des Vierges NoiresChapitre 22 sur 45 · LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE

La littérature du moyen âge offre, outre les « Miracles », de ù nombreuses citations de pêlerinages où se trouvent des Vierges \ Noires renfermant des reliques, comme la Sainte Chemise. La * « Descriptio » qui serait antérieure à 1124 (10) montre Charle-

à magne délivrant Constantinople et en rapportant le suaire et la chemise de la Vierge qu’il dépose à Aix-la-Chapellé (11). Dans le « Pèlerinage de Charlemagne », œuvre postérieure à 1109,

(7) Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, III, page 19 (daté de 1150, publié par de Lépinoy).

(8) Rouillart, Parthénie, page 210.

(9) de Gissey, Discours historique de la très ancienne dévotion de Notre-Dame du Puy, IL, 2, 219.

(10) Castets, Revue des langues romanes, 1892, page 439 et J. Bédier, Légendes épiques, IV, 122.

(1x1) J. Bédier, Légendes épiques, IV, 142.

he là ou. Hoche dal prier | « A Notre-Dame qui en la roche siet (15) M

Un poème, dont l’écriture atteste la fin du xr® siècle, parlant à de l’Épouse du Cantique donne cette description : : « Elle est nercide (t), perdutz a sa beltez (16) ».

Et saint Bernard s’étend longuement sur cette particularité dans ses sermons : 7 « Nigredo est sed forma et similitudo Christi. Vade ad Sanctum Isaïam et describet tibi RÉTU in à Spiritu illum vide- ; rit (17) ».

Fee Hanc vos dicitis nigram ? Nigra est sed formosa filiae Jerusalem. Nigra vestro, formosa divino angelicoque judicio. Et si nigra forinsecus est, ut a vobis judicetur aut ab his qui secundum faciem judicant nigra foris sed intus formosa (18) ».

La Vierge elle-même est comparée à l’arche construite en bois de « sethim », c’est-à-dire de cèdre (19).

Vincent de Beauvais a raconté les principaux miracles que nous allons étudier, mais avant de le faire, après avoir dit que toute la littérature entre le xve et le xvire siècles rapporte la

(12) D. Leclercq, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, TITI, x, page 760. (13) Ph. Mouske, Voyage de Charlemagne, vers 10022 et suivants,

(14) Ami et Amile, vers 5887.

{xs) Moniage Guillaume, vers 6560.

(16) Meyer, Recueil d’anciens textes, page 208.

(x7) Migne, Patrologie latine, CLXXXIII, page 202.

(18) Migne, Parrologie latine, CLXXXIII, sermo XXWV.

(19) Migne, Patrologie latine, CLXXXIV, page 1020.

couleur noire de nos Vierges des principaux pèlerinages (20), nous remarquerons que certains Noëls populaires du xvi® siècle attestent le teint sombre de la Mère et de l'Enfant :

« O louke one gote, Liz’bet

« L’hbinamé p'tit efant |!

« Ta l’pe Ô pô burnète

S’a-t-i les ouys riyants.

« I a l’même visedje qu s’mère (21) ».

Les miracles de Notre-Dame. — La littérature du moyen âge crée un genre spécial pour raconter en langage courant les faits merveilleux qui se sont produits dans les pèlerinages célèbres. Les « Miracles » étaient transcrits pour être prêchés, ou plutôt lus, ainsi que l’atteste le Manuscrit Cambrai N° 834 cité par Morawski (22) : Incipiunt miracula Beatissime Marie quae dicuntur ad-Matutinas.

Les « Miracles » ont été l’objet de tentatives de classification (23) : exaltation des simples, justification des innocents, salut des pécheurs.

Nous pouvons, à notre tour, essayer de diviser ces miracles en séries :

D Les guérisons.

{ statues refusant d'avancer ou s’enfuyant.

| statues pleurant, suant ou saignant.

Les conversions.

Les inventions

les villes.

la mer et les eaux.

la guerre.

les ennemis, les voleurs et les démons.

La protection

La délivrance Le « tumbeor ».

(20) V. de Beauvais, Speculum Historiale. — Odo de Gissey, Discours historique (1620). — Rocamadour (1666). — Branche, Saincts d’ Auvergne (1652), etc.

(21) Doutrepont, Revue des patois gallo-romans, 1888, page 10 (Stavelot).

(22) Morawski, Mélange de littérature pieuse, page 152. (Avril 1935, Romania.)

(23) Servois, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1856. — Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française, TX, page 30. Meyer, Notices et extraits des Manuscrits de la B. N., tome XXXIV, 2, page 31.

Annalecta bollandina, XXI (1902), pages 241 à 360.

Les guérisons représentent les miracles les plus nombreux

ee ét les plus fréquents.

Les miracles de Notre-Dame de Chartres rédigés au xiie siècle par Jean le Marchant, ou ceux d’'Hugues Farsit, à Soissons, ou ceux d'Hermann, à Rocamadour, répètent inlassablement les mêmes faits : la parole est rendue aux muets (4e et 20e de Chartres, 33° de Rocamadour); l’usage des membres revient à des paralytiques (5e et 11° de Chartres, 15e, 26e et 37e de Rocamadour); les sourds entendent (39e de Rocamadour); les aveugles voient (16° et 23e de Rocamadour); des morts ressuscitent (7°, 8°, 16°, 19e et 29e de Chartres et 1er et 13e de Rocamadour).

Les miracles accompagnant les inventions se retrouvent dans toutes les légendes que nous examinerons par la suite, elles illustrent tous les lieux de pèlerinage.

Les conversions. — Le plus célèbre de ces miracles est, assurément, le « miracle Théophile » mis en vers par Rutebœuf, mais qui figure dans l’œuvre d’Hugues Farsit. Nous trouvons d’autres exemples de conversion spontanée dans le 35€ miracle de Rocamadour.

La délivrance vient par l’intercession de la Vierge qui protège, combat, ou même recoit les armes meurtrières (flèche à Chartres et à Orléans, boulets à Halle).

Les Normands, assiégeant Chartres, à la vue de la Sainte Chemise, sont frappés de cécité (28e miracle), de même cette relique rend invulnérable celui qui la porte (21° miracle).

Notre-Dame de Rocamadour triomphe à Las Navas de Tolosa en 1212 (24), les prisonniers sont miraculeusement délivrés à Liesse (25), à Chartres (242 miracle), à Rocamadour (11e, 18e, 50e et 512 miracles). La Vierge, courroucée, frappe de paralysie un paysan (26€ miracle de Chartres), une femme ayant filé un samedi (25° miracle de Chartres), une autre qui n’avait pas accompli son vœu (2° miracle de Chartres et 3e et 30€ de

(24) Albéric des Trois Fontaines. Hist., XVIII, page 779. (25) Claude Doulezon, Miracle de Notre-Dame de Liesse (XV°).

Rocamadour), un homme qui n’avait pas donné toutes offrandes qui lui avaient été confiées pour les remettre sur les autels (6° miracle de Rocamadour); elle frappe de mort l'homme qui passe trop près de son église (25° miracle de Rocamadour) : ou le maçon qui entame sans respect la pierre de l’oratoire (27e miracle de Rocamadour), mais elle protège ceux qui Qui. apportent des offrandes ou qui s’emploient à orner ses autels (19e miracle de Rocamadour, 10€, 11e, 17°, 23e et 27e miracles de Chartres). es ee te

Un miracle un peu particulier et que nous ne saurions ranger dans aucune catégorie représente la Vierge réconfortant un

dévot en lui donnant quelques gouttes de son lait, ce que nous de

voyons se produire à Chartres en faveur de Fulbert (26), Châtillon-sur-Seine pour saint Bernard (27) et M. Perdrizet a cité le miracle du Jacobin Alain de la Roche auquel la Vierge apparut « lui présentant ses tetins pour les manier et les têter (28) ». Enfin, la Vierge qui récompense la prière du trouvère est une fiction littéraire très répandue, on la trouve à Cologne, à Rocamadour, au Puy et à Vézelay.

Les Français ne sont du reste pas seuls à avoir rédigé des « miracles », Berceo au xxx siècle, publie : « Los milagros de Nuestra Senora et nous y voyons, par exemple, figurer le don de la chasuble au profit de saint Ildéfonse (Il leal coronado) ; Césaire d'Heisterbach, à la même époque, écrit le « Dialogue miraculorum » où nous voyons le saint moine réconforté par le lait; Guillaume de Malmesbury, de même que de nombreux auteurs anglais, se sont complu à retracer les faits miraculeux dus à l’intercession de la Vierge.

Le Calendrier historial indique, à chaque date, les pèlerinages de la Vierge ainsi que des miracles qui s'y sont produits (29).

(26) S. Rouillard, Parthénie, page 230.

(27) Rohault de Fleury, Sainte Vierge, 1, page 223 et Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 20 janvier 1897, page 66. — Triple couronne, N° 43.

(28) Perdrizet, La Vierge de miséricorde, page 971, d’après Henri Estienne. (29) Il en existait un grand nombre, nous avons consulté celui de Saints Père. Les sources y sont citées avec une grande précision.

Légendes. — Nous avons cru pouvoir tn les .

en un certain nombre de cycles, mais nous devons remarquer, au préalable, la pluralité des histoires illustrant chaque Vierge,

surtout dans les pêlerinages les plus vénérés. Ainsi Notre-Dame de Chartres accumule l’ensemble de tout ce qui a été écrit sur l'origine de ces statues, il en est de même de celles du Puy et de Rocamadour, alors que celle de Liesse atteste une origine, un

apport et un miracle. Les Vierges peintes diffèrent un peu, ne mais il s’y retrouve des ne e ARR les Vierges

ie nee | RUE D Nic la classification que nous avons be touchant ces 6. récits : ,

| 49 Le cycle angélique (Férrières, a M. etc.);

29 Le cycle pré-chrétien (Chartres, Aracoeli, etc.);

3° Le cycle apostolique (Le Puy, Pilar de Saragosse, etc.); 49 Le cycle carolingien (Aurillac);

50 Le cycle des Croisades (Liesse);

6° Le cycle des éléments de la nature et des miracles (Myans).

19 Le cycle angélique.

La Vierge portant l'Enfant apparaît, entourée d’anges et va se poser dans l’église consacrée par ces esprits célestes. Les

(30) G. de Tours, De gloria confessorum, XXIII. (31) G. de Tours, De gloria confessorum, LVII. (32) G. de Tours, De gloria confessorum, XXII. (33) G. de Tours, De gloria confessorum, XI.

(34) D’après Paulin de Périgueux.

Son

saints Savinien et Potentien, étant témoins de ce miracle, s’écrient : « C’est vraiment ici Bethléem. » (Intrusion du cycle apostolique et de l’Orient) (35).

Une Vierge miraculeuse faite par saint Luc (intrusion du cycle apostolique) est apportée par une barque mystérieuse conduite par des anges à Boulogne-sur-Mer (36). Une statue vénérée à la Cathédrale de Metz est faite sur l’ordre de la Vierge par Tuotilo (37). Notre-Dame de Jessé, près de Grœninghe, est sculptée par les anges dans un cèdre du Liban (38). L'église d'Einsiedeln est consacrée par les anges (il en est de même au Puy) (39).

29 Cycle pré-chrétien.

Deux Vierges très célèbres dans la chrétienté appartiennent à ce cycle : celle de l’Ara Cœli et celle de Chartres. Cent ans avant la naissance du Christ, Priscus fait tailler dans un chêne de la forêt une image de la Vierge qui devait enfanter (40). La pythonisse annonce à César qu’un enfant serait adoré dans le temple de Junon, qu’il serait l’ennemi des dieux romains et serait engendré par une Vierge sans tache. César érigea alors l’autel du dieu inconnu y inscrivant :

« Hæc ara filii Dei est (41) ».

Enfin, Jérémie est nommé comme ayant sculpté une statue de la Vierge qui devait enfanter (42). Ce serait le prophète qui aurait façonné la Vierge du Puy (43). Cette légende rapportée par Comestor (44) et répétée par J. David et par Gissey (45) associe la « Virgo Pariturae », César étant remplacé par Ptolémée, (35) Bréviaire de Ferrières, VI leçon. — Loup abbé de Ferrières en 850 raconte le

miracle répété par Dom. Morin, Histoire du Gâtinais, page 655. — Hamon,

Sainte Vierge, I, page 352.

(36) Triple couronne, N° 53. — Belleforest, Annales de France. — Calendrier historial, 2 février. — Migne, Dictionnaire des Pèlerinages (par L. de Sivry et

M. Champagnac), tome I, page 341.

(37) Hamon, Sainte Vierge, page 119, tome VI.

(38) César d’Heisterbach, Miracula, lib. VII, cap. XLVII. (39) Gissey, Discours historique, page 68.

(40) Rouïillard, Parthénie, IV, 4.

(41) Comestor, Historia scholastica, CXCII.

(42) Notre-Dame du Puy, Notre-Dame de Rocamadour. (43) de Gissey, Discours historique, IL, 2, page 189.

(44) Comestor, Historia scholastica, LXXXVIIT. (45) de Gissey, Discours historique, II, 2, 220.

à la présence des contemporains du Christ. Elle figure dans | saint Épiphane (46) et dans Pierre Canisius (47); elle a, du reste, été examinée par H. Leclercq, qui y a vu une légende relati- vement récente (48). ï

30 Cycle apostolique et des contemporains du Christ.

Ce cycle montre la fondation des sanctuaires par les Apôtres et les contemporains du Christ, ou encore, la taille ou la peinture d’une œuvre par saint Luc. Telles sont : Notre-Dame d’Orcival qui passait pour avoir été faite par saint Luc (49), celle d'Oropa (50), de Malaucène (51), de Lorette, etc. Le même saint peint les Vierges de Sainte-Marie Majeure de Rome (52), de Czestochowa, d’Edesse (53), de Cracovie (54), etc.

Saint Martial apporte, de Rome au Puy, le soulier de la Vierge qu’il fait mettre dans la chapelle consacrée par les Anges et deux vieillards vêtus de blanc (55). Zachée, époux de Véronique, façonne une Vierge qu'il place dans une église que vient consacrer saint Martial (56); saint Pierre élève un premier temple à la Mère de Dieu à Tortossa, alors qu’il se rend à Antioche (57); saint Jacques voit la Vierge vivante lui ordonner de construire une église et d’y placer son effigie sur un pilier de jaspe (58); saint Trophime expose dans la chapelle des Alyscamps une statue qu’il a sculptée lui-même (59), tandis que saint Lazare érige à Marseille, le premier autel de Marie (60) et sainte Nymphe, nièce de saint Maximin, bâtit l’oratoire des Pignans (61).

(46) Saint-Épiphane, Vie des prophètes.

(47) Mariale, II.

(48) S. Morin, Dissertation sur la légende Virgini parituræ, pages 2, 10et 41.—Leclercq,

Dictionnatre d’ Archéologie chrétienne, publié par D. Cabrol, III, 1, 1019-1043. (49) Branche, Saints d’ Auvergne, page 69.

(s0) I Santuari d'Italia, mars 1929.

(51) Hamon, Sainte Vierge, VI, 402.

(52) Saints Père, Calendrier Historial, 27 mai.

(s3) Saints Père, Calendrier Historial, 2 juin.

(54) Saints Père, Calendrier Historial, 29 août.

(55) de Gissey, Discours historique, page 39.

(56) Rohault de Fleury, Sainte Vierge, page 19.

(57) Saints Père, Calendrier Historial, 5 février, d’après Volateranus. (58) Saints Père, Calendrier Historial, 4 février, d’après Beuter. (59) Hamon, Sainte Vierge, VI, 195.

(60) Hamon, Sainte Vierge, VI, page 210.

(6r) Rohault de Fleury, Sainte Vierge, page 229. — Hamon, Sainte Vierge, VI, 376.

Nt

40 Cycle carolingien. ur

Le cycle caroligien est le plus pauvre bien que or

d'illustres Vierges aient été attribuées à un don de Charlemagne. |

Si l’empereur fait don d’une statue, l'origine de cette dernière

est toujours très mystérieuse, elle est apportée d'Orient avec. les reliques. Charlemagne est surtout un fondateur d’églises et de

monastères et ce sont principalement des reliques qu’il donne à

ces fondations; son fils fait, après lui, la distribution de. FAIRE

provenant généralement d’Aix-la-Chapelle.

Notre-Dame de Nantilly est donnée par Charles le Chauve (62)

ainsi que la Vierge de Tournus (63).

5° Cycle des Croisades.

Ce cycle groupe un certain nombre de nos « Vierges Noires »,

mais non les plus célèbres. Nous devons cependant remarquer

que les Croisades sont évoquées au sujet des Vierges de Rocamadour, du Puy, de Chartres. Elles sont l’objet de dons de la part de croisés reconnaissants. Saint Louis rapporte la Vierge de Murat (64), de Laval près de Roanne (65); celle de Mende est donnée par des Croisés du Gévaudan vers 1253 (66), de même que celle de Remonot (67). Notre-Dame de Moulins est apportée par le seigneur de Bourbon (68) et nous rattachons à ce cycle celle de Dijon rendue célèbre par le miracle de Philippe Pot, mais qui existait antérieurement puisqu'il l'invoque (69). Le plus célèbre de ces récits est assurément celui de Notre-Dame de Liesse : vers 1234, le sire d'Eppes et ses compagnons, prisonniers du sultan du Caire, loin de renoncer à leur foi, convertissent Ismérie, la fille du chef oriental, venue pour les faire abjurer. Dans leur cachot, ils veulent reproduire l’image de la Vierge; mais, trop maladroits, ils y renoncent et s’endorment. (62) D. Mabillon, Annal. bénéd., ILE, 505.

(63) Rohault de Fleury, Sainte Vierge, page 243.

(64) Hamon, Sainte Vierge, II, 340.

(65) Hamon, Sainte Vierge, VI, 555.

(66) Hamon, Sainte Vierge, III, 66.

(67) Collin de Plancy, Saintes images, page et

(63) Hamon, Sante Vierge, V, 490.

(69) Gaudrillet, Histoire de Notre-Dame de Bon Espoir.

oser re ces ou se ne ‘une époque done | à la fondation du culte primitif et qu ‘ils ajoutent un nouveau miracle à ceux existant antérieurement. Les éléments asservis sont l’eau, la neige, le feu, la foudre ou la lumière; la terre se

| couvre d’une végétation spontanée ou merveilleuse; les animaux

parlent ou s’agenouillent, enfin les Vierges suent, pleurent, saignent, se refusent à avancer.

Notre-Dame du Puy, ainsi que Notre-Dame des Neiges, à

Rome sont vénérées dans des édifices dont les contours tracés par des animaux blancs limitent une aire couverte de neige un matin d'août (71). Une lumière brillant dans la nuit indique “ Théodechilde, fille de Clovis, la statue d’ Aurillac (72). Douze étoiles et des flammes apparaissent sur le lieu où se trouvait cachée Notre-Dame des Tables apportée d’Espagne par des réfugiés fuyant devant les Sarrazins (73).

Un taureau mugissant près d’une fontaine met à jour la statue de Font-Romeu (74); un autre, découvre près d’une source, Notre-Dame de Thudet (75), et il en est de même pour Notre-Dame de Sarrance (76).

Une mule s’arrête, enfonce l’un de ses sabots et en imprime l'empreinte sur une pierre qui recouvre la Vierge Noire de

(70) Villette, Histoire de Notre-Dame de Liesse, Bosio, Melchior Bandini.

(72) Acta S. S.,.5 août. — O. de Gissey, Discours historique, page 34.

(72) Hamon, Culte de la Vierge, IL, 346. — Rohault de Fleury, Sairte Vierge,

(73) Gariel, Histoire de l’Eghse et des miracles de Notre-Dame des Tables.

(74) Hamon, Culte de la Vierge, III, 139. 6

(75) Hamon, Culte de la Vierge, III, 386.

(76) Hamon, Culte de la Vierge, IIX, 436.

Verdelais. Cachée pour échapper aux guerres de religion, la statue est retrouvée par un bœuf en 1605 (77).

En 850, des bœufs s’agenouillent sur la terre où est enfoui

un sarcophage antique recélant une statue de Marie (78);

en 1845, des bœufs se refusent à avancer dans le sillon, le laboureur creuse le sol et aperçoit une statue de la Vierge qui, transportée à l’église paroissiale, revient d'elle-même à sa place primitive (79). Un sanglier, furieux, est vaincu par la seule invocation de Marie à laquelle le seigneur de Langins érige une chapelle au sommet du Voiron, lieu du miracle (80). Une vache lèche une pierre, délaissant toute autre nourriture, indiquant ainsi la présence d’une statue inconnue (81) et des brebis paissant sur le Mont-Serrat, découvrent une Vierge enfouie (82).

La tempête est soudainement apaisée à l’invocation de Robert le Magnifique, père de Guillaume le Conquérant, et les églises de Fécamp, d'Ecquauville et d’Honfleur sont construites en reconnaissance de ce miracle. Il est, du reste, peu de nos églises de pèlerinages qui n’entendent sonner la cloche lorsque, dans la tempête, un marin invoque l’une des célèbres Vierges (83). Enfin, le Mont-Grenier, respecte la chapelle de Notre-Dame de Myans et ne fait aucun mal aux dévots de cette Vierge (84).

Les images mariales manifestent encore leur puissance par des phénomènes qui indiquent une souffrance, un désir ou une volonté. Les statues qui reviennent d’elles-mêmes au lieu de leur invention (85), celles qui pleurent (86), qui suent (87) ou qui saignent (88) sont très nombreuses; enfin, plus spécialement en Orient, elles suintent une huile odoriférante (89) ou se trans-

(77) P. Gobillot, Notre-Dame de Verdelais. — Hamon, op. cit, V, page 235.

(78) Colombi, Virgo Romigeria seu Manuascencis.

(79) Branche, Saints d’ Auvergne, page 78.

(80) Hamon, Culte de la Vierge, VI, 125.

(81) Branche, Saints d’ Auvergne, 34.

(82) Saints Pères, Calendrier Historial, 8 septembre.

(83) Triple couronne, N° 28. — Miracles de Rocamadour, N° 31.

(84) Hamon, Culte de la Vierge, VII, 568.

(85) Orcival, Liesse, Nantilly, etc.

(86) Grimm, Vesllées allemandes, 1, 539. — Sébillot, Revue des traditions populaires, 1887, II, page 233.

(87) Sébillot, Revue des Traditions populaires, 1887, I, page 369.

(88) Sébillot, Revue des Traditions populaires, 1887, IL, page 223.

(89) Notre-Dame Transtévérine, Notre-Dame de Sozopolie.

muent en des images de chair dont le miracle de Saidnaya, raconté par Coincy, est l'illustration la plus éclatante (90).

Comme on peut le voir par ce rapide exposé, les légendes ne peuvent être réparties suivant une aire déterminée, elles se superposent et s’interpénètrent attestant seulement l’antiquité, la sainteté ou la puissance des Vierges que l’on veut révérer. Comme beaucoup de ces traditions se répêtent, nous pensons qu'il y en eut quelques-unes de plus typiques ou de plus anciennes qui se sont transmises de monastère en monastère, d'église en église. L’explication en est, du reste, simple si l’on pense que chaque couvent est fondé par un autre couvent et que le fondateur portait avec lui les dévotions, les traditions, les manuscrits et les images de la Maison Mère (91).

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