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des couleurs sombres ait altéré les parties claires, soit, comme
Va supposé M. Réau, détruisant ainsi la légende de la « tristesse
des icones » (96), que l’accumulation des couches de vernis huileux auxquelles se seraient incorporées les fumées des cierges et des lampes ait noirci la tonalité générale des œuvres. La couleur ne serait donc pas voulue mais accidentelle et dans l'idée d’un nettoyage qui leur « rend 1eur fraîcheur et leur gaieté » (97) il y a une rencontre avec l’ hypothèse Le M. Bréhier exposée récemment (98). |
Nous avons cru devoir donner une place à à l'étude des « Vierges de saint Luc » à cause des points communs qu’elles présentent avec les « Vierges Noires » et nous pensons que, si les secondes ne sont pas la réplique exacte des premières, certains traits ont pu néanmoins, parfois, s’y conserver. Certaines de nos œuvres ont pu être apportées de Jérusalem ou de Grèce et le Miracle de Sainte-Nonne, rapporté par Gauthier de Coincy, établit la présence d’un véritable marché de portraits de saint Luc à Jérusalem. Ces images importées ont pu servir de modèles aux tailleurs de pierre, déjà peut-être unis en Ccorporations, mais nous: croyons que la « Vierge de Majesté » des premières Basiliques chrétiennes n’est pas semblable aux « Vierges de saint Luc » généralement arrêtées à mi-corps et tenant l'Enfant sur le bras. Qu'il y ait eu confusion entre les figures des mosaïques de Santa Maria Antiqua et l'icône vénérée dans la même église et qu’un pêlerin aït indiqué comme portrait de la Vierge celui qui était visible, c’est-à-dire celui des mosaïques, cela est probable, mais nous sommes certaine, étant donnés l'attitude et le geste des figures considérées comme contemporaines de Marie, que les Vierges Noires, comme les « Majestés » des mosaïques, ne sont pas inspirées des tableaux de saint Luc. Le seul rapprochement intéressant, c’est que ces derniers participent aux mêmes légendes que les Vierges que
(96) L. Réau, Art russe, page 138.
(97) L. Réau, Art russe, page 138.
(98) L. Bréhier, Revue d’ Auvergne, 1933, page 195 et Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1935, page 379.
étre pas tout à fait indifférent de citer puisque, d une part,
le moine donne des recettes techniques servant dans les ateliers k monastiques, et que, d’autre part, le même nom de Théophile
se trouve cité par saint Luc (100) et uni à un portrait peint par saint Luc (101) — ne rappellent que d’une manière bien lointaine les icones byzantines dites de «saint Luc». Ilest certain que nous ne connaissons aucune œuvre ‘contemporaine de l’Évangéliste, mais seulement des images du re siècle aux Catacombes (102) ou celles plus tardives. de Carthage et de Saint-Maximin (103) dans lesquelles le caractère individuel n’a pas été recherché. Le portrait de Marie exécuté de son vivant n’est, dans l’état actuel de nos connaissances, qu’une représentation légendaire tout comme celui du Christ. Nous connaissons un certain nombre d'images qui passent pour telles et, si les cheveux et les yeux sont noirs, le teint est brun, les traits sont ceux de la race blanche et aucun caractère négroïde ne peut y être discerné. Le texte de Théodore le Lecteur indique les cheveux du Christ comme rares et crépus ce qui pourrait impliquer un Christ de race noire et, en poussant la supposition à l’extrême, des parents de même souche. La description de Lentulus (sans doute faite au ve siècle) (104) comme celles de saint Jean Damascène et de Nicéphore Calliste n’indiquent qu’un physique aux beaux et nobles traits et un visage brun. Le texte de saint Jean Damascène est particulièrement intéressant, puisqu'il affirme que sous Constantin, on représenta le Christ comme l'avaient dépeint les anciens historiens avec un teint de la couleur du blé ainsi que sa Mère (105).
(99) Traduction Lescalopier, page 299 et note.
(100 Evangile de saint Luc, 1, 3.
(xor) Revue de l’ Art chrétien, 1894, page 487.
(102) À. Michel, Histoire de l’Art, I, 2, page 77 date les images du 1v° siècle. (xo3) D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, X, 2, colonne 1982. (104) D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, X, 2, colonne 1991. (xos) D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, X, 2, colonne 2395.
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Considérons les textes relatifs à la Vierge, ils sont muets sur son aspect, les Évangiles canoniques comme les Apocryphes ne donnent aucun détail sur son apparence physique. Seul, l’Apocryphe arabe parle du visage de Marie qui s’assombrissait et s’illuminait tour à tour et, par conséquent, aurait pu inspirer une représentation noire encore que cette hypothèse soit bien improbable. Le sens symbolique de toute la phrase étant très net et, d’autre part, cet épisode ayant trait à Marie n'ayant pas encore enfanté (106) ne peut s'appliquer aux Vierges que nous étudions qui, toutes, sont Mères. *
Le teint de froment, signalé par Jean Damascène, provient sans doute d’une imitation de la description de Lentulus, mais si le ton de la peau est brun, les traits ne sont certainement pas ceux d’une femme de couleur. Le texte de Nicéphore Callixte reproduit les caractéristiques de Jean Damascène, il s'inspire d’'Épiphane, qu'il cite, et de saint Ambroise, qu’il ne mentionne pas. « Elle était en toute chose honnête et grave, parlant peu, sauf dans les cas nécessaires. De taille moyenne (comme le Christ dépeint par Lentulus), son visage était peu large, mais d’une belle grandeur, sa couleur était celle du froment, ses cheveux clairs, ses yeux vifs et les pupilles de la couleur de l’olive; ses sourcils étaient infléchis et noirs, le nez long, les lèvres fleuries et pleines de paroles suaves, sa figure n’était pas ronde mais plutôt longue, les mains de même que les doigts étaient longs » (107). Le texte de Nicéphore, qui n’est qu’une compilation des Histoires d’Eusèbe et de Socrate, atteste donc la couleur bistrée du teint de Marie et l’ensemble évoqué est conforme aux représentations byzantines.
La comparaison du ton épidermique avec la couleur du froment peut, du reste, provenir non seulement d’une observation toute directe du type palestinien, mais encore avoir pour origine le Cantique des Cantiques.
Si nous retranchons le célèbre verset du « Nigra sum », nous
(106) Peeters, Evangiles apocryphes, page 2.
(107) Cité par Molanus, De Historia S. S. Imaginum (1771), IL, LVI, page 165.