‹ Etude sur l'origine des Vierges NoiresChapitre 27 sur 45 · ARE · texte numérisé non relu

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| voyons encore mentionnée . couleur te du teint de l'Épouse : pe.

« Tes lèvres sont comme un fil de pourpre

« Ta joue est comme une moitié de grenade » (108).

Et, plus loin, l’auteur ne dit-il pas : |

« Ton ventre est comme un monceau de ponee parmi les lis » (109).

Le fil de pourpre se retrouve sur les images peintes DA Nes de même du reste que les yeux sombres sur une sclérotique, éclatante de blancheur. L'auteur royal avait insisté sur la beauté des yeux et leur éclat. « Oculi ejus sicut columbae super rivulos aquarum quae lactae sunt lotae (110) ». Nos Vierges sculptées ne peuvent, du moins en leur état actuel, montrer les additions picturales correspondant à ce texte, sauf peut-être en ce qui concerne celle qui existait au Puy.

Les joues comparables à la moitié de grenade peuvent être comprises de deux manières suivant que le fruit est supposé vu par l’intérieur ou par l’extérieur. Dans le premier cas, le visage correspondant à l’image poétique serait d’une couleur rosée ou jaunâtre, mais les joues seraient plates, tandis que dans le second cas, le relief serait arrondi et le ton fortement ambré.

Enfin, il nous semble que la teinte dorée est explicitement indiqué au verset 4 du chapitre vri car, si l’auteur avait envisagé la fleur du froment, c’est-à-dire une matière blanche, il n’aurait pas éprouvé le besoin de l’opposer à la liliale blancheur :

« Venter tuus sicut acervus tritici vallatus liliis (111) ».

Le texte du Cantique des Cantiques, comme les écrits de Jean Damascène ou de Nicéphore, sans doute inspirés par le chant de Salomon, auraient donc pu contribuer à l’image d’une Vierge brune, mais, seul, le verset « Nigra sum sed formosa » aurait pu inciter les artistes à une représentation totalement noire.

(103) Canticum Canticorum, IV, 3. Nous revenons à la fin du chapitre sur le sens symbolique ne nous occupant ici que de la description formelle de l'épouse et de son influence possible.

(109) Canticum Cant., VII, 2.

(110) Canticum Cant., V, 12.

(311) Canticum Cant., VII, 2.

Dans la première interprétation le teint de froment

(également attribué au Christ), les sourcils noirs et arqués, la . taille élancée caractérisent les Vierges dites de saint Luc et

permettraient de supposer une recherche ethnique de type local. N’avons-nous pas vu de nos jours, James Tissot, Joseph Aubert ou Bida aller en Palestine pour en rapporter des documents aptes à donner un accent de vérité aux représentations de la vie du Christ?

Les peintres des rve et ve eo ont pu péleriner en Palestine ; et en rapporter des impressions, des croquis ou même l’un de ces livres de technique qui circulaient dans les ateliers monastiques. Le rapprochement toutefois ne peut se faire qu'avec une œuvre peinte et l’origine de la statue est plus difficile à établir si ce n’est par une interprétation sculptée et colorée après coup de ce type initial inspiré du caractère individuel et local. |

D’autres artistes, tentés par le premier verset du Cantique, auraient pu supposer que la Vierge était de race noire, mais ce souci de représenter la Vierge comme une femme de couleur s’explique difficilement si ce n’est par un rapprochement entre le mot d’éthiopienne, de sa forme grecque ou latine signifiant la qualité de noir, et l’origine de la dynastie du pays.

D’après la généalogie du Christ (112), Marie serait la descendante de David, elle serait donc susceptible d’appartenir à la race éthiopienne ce qui aurait entraîné une représentation noire puisque, autant au moyen âge que dans l’antiquité, ce mot était synonyme de nègre, noir ou brûlé par le soleil (113).

Les « livres ‘de clergie » (114) fournissaient des images littéraires ou picturales de ce peuple dont la connaissance avait été puisée dans les auteurs anciens comme Hérodote ou Diodore. De plus, l’Éthiopie, si souvent citée dans les pages de l’Ancien Testament, passait au moyen âge pour être sous la domination

(x12) Evangile de saint Luc, IT, 23-38. — Evangile de saint Matthieu, 1, 1-17. La Sainte Bible, traduction Crampon, note, page 333.

(113) Hatzfi Id, Darmesteter et Thomas, Dictionnaire général de la langue française (Éthipie).

(114) Barthélemy l'Anglais, voir V. Langlois. Connaissance de la Nature lau moyen âge, page 159. — P. Meyer, Romania, XV, page 177.

ous io encore à octte hypothèse q que P en déj à citée par saint Bernard est de nouveau mise à la mode Li xvre siècle et que c’est, précisément, à ce moment que la langue ghez est étudiée. L'art de cette époque, ou plutôt celui du xvire siècle, représente la Reine de Saba noire (115), cela nous ramênerait donc à la conception des « Vierges Noires » issues de l’art de la contre-réforme et de l’entrée des nègres dans l’art et la littérature par les voyages, les missions et le commerce de ce moment. Un certain pédantisme aidant, les artistes auraient voulu indiquer l’origine lointaine de la Vierge, ils se seraient refusé à en faire l’une de ces robustes paysannes ou de ces grandes dames du terroir que l’art du moyen âge avait représentées et lui auraient prêté une couleur noire. Cette supposition serait séduisante si nous ne savions que, bien antérieurement au xvi® siècle, la Vierge était représentée noire et si nous ne connaissions que nos plus anciens pêlerinages renfermaient des images noires de la Vierge.

Ceci nous amène à nous demander si dans l’art du moyen âge, d’autres personnages ont été représentés avec cette couleur. Sainte Anne, au xrr1e siècle, dans les vitraux de Chartres a reçu cette teinte (116) ce qui nous paraît particulièrement intéresants, puisque sainte Anne est la Mère de Marie et que, d’autre part, dans cette église, deux statues noires de la Vierge étaient l’objet du pèlerinage.

Un des Mages est de couleur sombre, mais d’ailleurs assez

(xx5) Musée de Cluny, tapisserie N° 6369.

(116) Houvet, Vitraux de la Cathédrale de Chartres.

tardivement. Aucune mention n’est faite de cette particularité physique tant dans l’évangile de saint Matthieu (117) que dans l'office de l’Épiphanie. Cependant, dans ce dernier, les hymnes sont terminées par ce répons « Reges Tharsis et insulae munera offerent. Reges Arabum et Saba dona adducent (118) ». Les rois de Tarse et des Iles offrent des présents, les rois d’Arabie et de Saba apportent des dons. Ceci implique des hommes de couleur sombre, peut-être même des nègres, mais sans qu'aucune certitude à ce sujet soit donnée. Les Mages ont été considérés comme des rois par les Apocryphes, l'office répète cette qualité et, il a été remarqué qu'ils furent identifiés aux parties du monde connu au moyen âge (119). Melchior serait le descendant de Cham, ce qui, suivant la croyance populaire, en ferait un homme de race noire, mais Noé, en maudissant son fils, ne dit qu’une chose : il sera le serviteur des serviteurs parmi ses frères. « Maledicitur Chanaan, servus servorum erit fratribus suis (120) ».

Bède le Vénérable a supposé un sens mystique aux trois rois mages, ils représenteraient les trois parties du monde « Mystice tres magi tres parties mundi significant : Asiam, Africam, Europam ». L'Afrique étant nommée, la race noire pourrait donc avoir été représentée par Melchior. Le Codex d’Ingelbert (x° siècle) indique que le roi qui apporta la myrrhe était noir. (Tertius Padissa (Padisha) niger erat qui mirrum obtulit) (121). Nous pourrons sans doute établir une relation entre la myrrhe, image de l’embaumement du Christ, la représentation noire du mage, la même couleur donnée à la Vierge, en rapprochant le sens mystique.

M. Mâle reconnaît le plus ancien exemple de mage noir à Thann, il est daté de 1355 et l’archéologue ajoute que ce n’est qu’au xive siècle et surtout au xv®e que le roi nègre apparaît parmi les Mages, surtout en Allemagne alors que cette apparition

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