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(118) Breviarum Romanum (1884, édition de la Société Saint-Jean, Tournai), page 305.
(119) Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, au mot Mage (article de M. Lesêtre).
(120) Genèse, IX, 25.
(121) Cité par Fabre, Art chrétien, page 88.
PA 17e est plus tardive en France (122). Il est vrai que Cologne abritait les corps des Rois de l'Orient dans sa cathédrale construite au xrie siècle (123) et que les Allemands aimèrent à donner des caractères ethniques aux héros du cortège de l’Épiphanie. Le tableau de Dürer, daté de 1504, conservé à Florence, en fait foi de même que celui de Wolgemut, de la fin du xve siècle, reproduit, sans doute, dans la tapisserie du Musée de Munich (124). Les Italiens adoptèrent une tradition semblable ainsi que nous pouvons le voir dans la grande peinture de Gozzoli conservée au Musée Ricardi de Florence (125). Molanus avait indiqué qu’un des Mages devait être noir : «Unum Magorum nigrum, aut potius subnigrum et fuscum (126). Sarah est surnommée la Noire, elle aurait accompagné les trois Marie à Marseille et le pèlerinage des Saintes-Mariesde-la-Mer la compte parmi ses saintes les plus vénérées. Marie l'Égyptienne, dans une œuvre toute moderne comme le vitrail nord-ouest de Saint-Merry de Paris, reproduit le type indiqué par la Légende Dorée lorsque Zozyme aperçut « une créature toute nue, le corps noir et brülé par le soleil (127). La Sibylle libique, celle qui aurait annoncé la venue du Christ, est représentée noire, de même que saint Maurice et les légionnaires thébains. À Riga et à Revel, la ligue anséatique possédait des lieux de réunion appelés « Maisons des téles noires », cette dénomination ne présenterait pour nous aucun intérêt si nous ne savions que ces têtes noires reproduisaient, antérieurement au xive siècle, les figures de saint Maurice et de ses compagnons (128).
Le bourreau de saint Jean-Baptiste est représenté noir dès le xrrre siècle et le monde infernal est souvent de même
(122) Art du x11° siècle, page 256 et L. Hourticq, Vie des images, page 164.
(123) A. Michel, Histoire de l’Art, IL, 1, 53. — Acta S. S. NI, janvier, tome I], page 323.
(124) Muntz, Tapisserie, page 174. :
(125) A. Michel, Histoire de l’ Art, III, 2, page 646, figure 375.
(126) Atlas marianus, lib. III, cap. I, 1, page 230.
(127) Légende dorée, Vie de sainte Marie l’Égyptienne (édition Garnier), II, page 64.
(128) Réau, Art russe, page 118.
de vérité à trie puisqu’ elles eo ee àc ( éthiopiens, thébains, c ’est-à-dire, dans J'imagine ee à des ne Parfois la teinte n est donnée q
la tristesse où Je Se po . une Mes Vienna ù nous avons vues ne présente de traces des caractères de la race noire et, si elle est bruné, les cheveux sont lisses, le visage allongé, le nez long et droit, elle ne saurait donc en aucun cas être rangée parmi les représentations de nègres. Cependant les artistes connaissaient ces traïts caractéristiques et savaient Ÿ les prêter à certains de leurs personnages, c’est donc que s'ils ont voulu donner cette couleur à la Vierge, ils n’ont pas songé à lidentifier avec une négresse. Se
Nous croyons néanmoins que la couleur noire n’est pas sans rapport avec un souci de caractère ethnique dû à une interprétation savante du Cantique des Cantiques ou à la copie d’une œuvre attribuée à saint Luc, œuvre qui aurait été un portrait : fait du vivant de la Vierge et d’après ses traits.
* * D. — L'ORIGINE ORIENTALE DES « VIERGES Noires ». : Apport direct et apport indirect. — Les Papes syriens. — Charlemagne È el ses rapports avec l'Orient. — Les pèlerinages et les croisades. —. ; Les légendes de nos « Vierges Noires » nous conduisent en Orient. — S La liturgie copte. — Le commerce. — La Kaabah. — L'Afrique. |
La plupart des légendes qui entourent les Vierges Noires nous conduisent vers l'Orient, soit directement : apport d’une : statue ou d’une peinture par des Orientaux venus à Rome (129), |
(129) Au moment de la querelle des iconoclastes, ou à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 ou même par les prêtres et moines orientaux venus à Rome entre le vire et le xrr° siècle. “è
par des Croisés ou des pèlerins (130), soit indirectement : Disciples du Christ ou envoyés des Apôtres œuvrant un portrait de Marie (131), image abordée miraculeusement sur le littoral (132), imitations de peintures coptes ou syriennes (133). I1 ne faut donc pas s'étonner si, de nombreux archéologues ont recherché, en Orient, l’origine de ces images (134) car, outre les légendes qui guidaient les savants vers l'Afrique ou l’Asie, la culture classique répugnant à l’idée d’une statue noire ne permettait pas de rechercher l'apparition de ce thème en Grèce ou à Rome. Nous verrons cependant. que l’antiquité réservait cette couleur à ses dieux les plus anciennement vénérés, que Dionysos, Héra, Cybèle, Isis, Diane font leur apparition sur la terre grecque, miraculeusement apportés par les flots. L'art hellénistique, influencé par la Lybie (135), celui de Rome, à l’époque de Domitien et d’Hadrien (136) eurent des figures taillées dans le basalte noir importé d'Égypte et, par cette voie classique, nous sommes encore conduits vers l'Orient.
Puisque les légendes chrétiennes, comme l'hypothèse d’une imitation antique, nous amènent en Orient, nous pouvons nous demander quel a été l’apport de ce pays, de quel Orient ïl est question, comment cette contrée fut en rapport avec FOccident chrétien et à quelle époque.
Deux sources sont à envisager : un apport direct, à des époques différentes et une transmission indirecte. Cette dernière serait constituée par l’imitation d’œuvres antiques telles que Cybèle, Isis, la Diane d’Ephèse, etc., reproduites à l’époque impériale d’après des modèles perses et égyptiens. Deux centres
(130) En France, Rocamadour, Le Puy, Bourganeuf, Liesse, etc.
(x31) Saint-Potentien, à Ferrières, Saint-Eusèbe, à Verceil, Zachée, à Rocamadour, etc.
(132) Images abordées à Boulogne-sur-Mer, à Lorette, à Cagliari, etc.
(133) lnitation de peintures orientales : Cambrai, MS, B. M. de la ville, N° 658, page 2.
(134) Le dernier en date est M. L. Bréhier qui conclut ainsi sa communication à l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres (1935, page 379). « La diffusion des Vierges noires nous paraît donc comme un nouveau chapitre de l’histoire des rapports religieux et artistiques entre Byzance, la Syrie et POccident. »
(135) C. Picard, Sculpture antique, page 294.
(136) Cagnat et Chapot, Manuel d’ Archéologie romaine, page 428.
différents sont donc les promoteurs de ces représentations noires : l'Asie et l’Afrique.
Non seulement l’art antique peut être invoqué mais aussi celui des chrétientés d'Orient et il put y avoir copie d'œuvres appartenant aux centres syriens ou coptes et de nouveau, l'Asie se trouve en contact avec l’Afrique.
L'apport direct s'explique aisément par la venue des Orientaux en Europe, les croisades, les pèlerinages et le commerce.
Papes syriens. — Des faits précis nous font connaître, à Rome, la présence de papes grecs ou orientaux entre le vie et le 1x siècle. De nombreux moines, de même origine, se fixèrent près de la chaire de Saint-Pierre et fondèrent des églises dont Santa Maria Antica et Santa Maria in Cosmedin renfermaient des Vierges Noires attribuées à saint Luc. Ces moines et ces Papes apportèrent certaines traditions iconographiques (137) d’où il peut résulter, surtout en ce qui concerne les vierges italiennes, qu'elles furent apportées ou simplement conçues par des Orientaux.
Nous rapprochons de cette immigration asiatique en Occident les relations entretenues à la même époque entre Haroun-al- Raschid et Charlemagne, relations d'autant plus intéressantes pour notre étude qu’elles aboutirent à un protectorat des Lieux Saints par les Francs ce qui implique des échanges, des missions, des voyages et un commerce entre les deux pays (138). La légitimité de l'hypothèse des Vierges Noires apparaissant à l’époque carolingienne est confirmée par toute la littérature médiévale, qui fait du grand empereur un pêlerin de Terre Sainte, un fervent amateur de reliques, un constructeur d’églises et, plus spécialement, de celles qui renferment une de ces statues mariales.
Pèlerinages. — Les pèlerins se sont succédé en Palestine dès les premiers temps chrétiens, mais leur affluence fut surtout
(137) P. Jerphanion, Rôle de la Syrie, page 369. (138) L. Bréhier, l’Eglise et l'Orient au moyen âge, page 24 et tout le chapitre 11.
grande à partir du 1rv° siècle (139). Non seulement ces pèlerins rapportaient en Occident des reliques et des objets d'Orient (140), mais ils durent aussi enregistrer, dans leur mémoire, des images correspondant aux lieux visités et aux anecdotes entendues. Peut-être, même, y eut-il des croquis d'œuvres marquantes et, parmi celles-ci, des figures noires identifiées, sans contrôle, à des images de la Mère de Dieu. De plus, les reliques jouent un rôle considérable dans ces pieuses expéditions et la chanson du voyage de Charlemagne initie à la coutume qu'avaient les dévots de rapporter de Terre sainte les objets qu’ils supposaient avoir appartenu au Christ ou aux Saints :
Et un des clous avrez que il out en son piet E la Sainte corune que Deus out en son chef ; Et avrez le calice que il beneisquiet L’escuele d'argent vus durrai volentiers A pieres préciuses, entaillé à or mier Et avrez le cultel que Deus tint al mangier, De la barbe Saint Piere, des chevolz de sun chief…. Durrai vus tels relique hi ferunt granz vertuz : Del leyt Sainte Marie dunt alaitat Jesu Cum fut primes en tere entre nuz des cenduz, De la sainte chemise que ele out revestut, etc. (141).
Que le poème soit du xre siècle comme le prouvent M. Bédier et Raynaud (142) ou issu de récits contemporains de Charlemagne, comme l’a établi Gauthier (143), il montre l'importance accordée aux reliques et leur transport en Occident.
Les reliques n'étaient pas seulement données aux grands du siècle et la légende de sainte Nonne, rapportée par Gauthier de Coincy, retrace les épisodes de l’achat d’un portrait de la Vierge,
(139) D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie, VII, 2, colonne 2312 et L. Bréhier, ouvrage cité pages 10 et suivantes.
(x40) D. Cabrol, le Pèlerinage d’une dame gauloise du 1v° siècle aux lieux saints, page 43.
(141) H. Michelant et G. Raynaud, Itinéraires à érusalem, page 4 d’après le texte de Kofchwtz revu par G. Paris.
(x42) Michelant et Raynaud, Itinéraires, XI.
(143) Epopées Françaises, III, page 271.
pèlerin en fit à la sainte. None qui de Ne avait demandé :
Et pour Dieu ou pour votre âme, Une image de Notre-Dame, De Jérusalem m “apportez (49.
Croisades. — Enfin, les croisades ont hr en Égypte et en Syrie un flot de soldats dont l’ardeur belliqueuse était doublée d’une foi aussi ardente que naïve. Il est intéressant
de noter que les contrées conservant ‘des Vierges Noires sont
précisément celles dont les seigneurs furent les chefs de la première croisade (Robert Courte-Heuse et Tancrède pour les Normands, le comte de Flandres, Raymond de Saint-Gilles,
comte de Toulouse, de Nîmes et de Narbonne, accompagnés des
seigneurs d'Orange, de Roussillon, de Montpellier et des évêques
du Puy et de Chartres). Nous ajouterons à cette remarque la fondation de royaumes en Syrie par les Francs. C’étaient de véritables centres d’art en relation avec les Arabes, d’une part, et la patrie d’origine, d’autre part (145). Nous pouvons donc supposer, la transmission d'objets orientaux, de reliques et d'images saintes par cette voie.
Les croisés, comme les pèlerins, trouvaient, qu'ils faisaient en Terre sainte, une chapelle ou un vestige leur rappelant un épisode de la vie terrestre du Christ ou de sa Mère; des moines leur racontaient les pieuses anecdotes puisées dans les Apocryphes ou dans leur imagination orientale, Les récits des croisés, comme ceux des pèlerins, fourmillent de faits miraculeux : lors de la première croisade, le courage défaillant des hommes d'armes enfermés dans Antioche est ranimé par la découverte de la Sainte Lance (146) que l’évêque du Puy fait porter à la tête des armées (147); l’Ange Gabriel porte une lettre
(x44) Cité par L. Hourticq, Wie des images, page 10.
(145) L. Bréhier, l° Eglise et l’Orient au M. À., chapitre V, pages 88 à 100.
(146) Hatern, Poèmes épiques des Croisades, page 219 (références).
(147) Poèmes épiques des Croisades, page 295 (sans doute une réminiscence de la lettre d’Edesse).
à chaque pas